_: Législatives . La Russie est saisie par l' apathie électorale Une très forte abstention aux législatives du 7 décembre constituerait un revers pour le parti au pouvoir , trois mois avant la présidentielle . Y a -t-il une pénurie de colle à Moscou ? La campagne électorale pour le scrutin législatif de dimanche prochain est en effet plus que discrète . Les murs de la ville n' ont pas été pris d' assaut par les colleurs d' affiches des vingt-trois partis en compétition . À première vue , rien n' indique que les habitants de la capitale s' apprêtent à renouveler les 450 députés de la Douma . Seul un oeil averti pourra distinguer entre deux panneaux publicitaires : la tête de Grigori Yavlinski , le dirigeant de la formation libérale Iabloko ; les slogans de l' Union des forces de droite ( SPS ) de Boris Nemtsov , ou bien le plus souvent l' ours brun de Russie unie , le parti qui soutient le régime du président Vladimir Poutine . À la sortie des bouches de métro , les distributeurs de billets de loterie sont plus nombreux que les quelques militants , quand il ne s' agit pas d' étudiants payés , qui proposent sans enthousiasme des tracts électoraux . Seules les stations de métro semblent faire exception . Impossible de ne pas remarquer les nombreuses enseignes lumineuses qui appellent à voter pour Russie unie ou bien la bouille joufflue coiffée d' une casquette en cuir de Iouri Loujkov , le populaire maire de Moscou , membre du parti pro-présidentiel . Principal rival de Russie unie , le Parti communiste emmené par Guennadi Ziouganov a choisi de faire du porte-à-porte discret dans les quartiers populaires de la capitale . Les caissières de supermarchés réquisitionnées par Poutine En fait , c' est en faisant ses courses dans l' une des deux chaînes de supermarchés russes qui ont signé un accord commercial avec le parti pro-Poutine que l' on remarque un changement . Les caissières y sont affublées de casquettes et de tenues jaunes qui portent le logo de Russie unie . Un badge accroché sur leur poitrine indique : " Moi , je suis pour Russie unie . Il n' y a que des volontaires qui portent ces tenues " , essaye de nous faire croire Vasilina Dianova , une des responsables du supermarché Sedmoi Kontinent , proche de la gare de Kourskaïa . " Nous ne les obligeons pas à mettre ces habits mais nous leur interdisons de faire de la publicité pour un autre parti politique " , ajoute -t-elle . La discrétion de cette campagne est à la mesure de l' apathie ambiante . L' évocation de ces élections ne suscite que l' indifférence des passants que nous interrogeons . Selon les derniers sondages , la participation pourrait n' être que de 53 % . Et le " vote contre tous " , une case est prévue à cet effet sur les listes , pourrait frôler les 10 % au lieu des 5 % habituels . Cela serait une véritable gifle pour le Kremlin qui a besoin d' un soutien populaire pour légitimer sa politique . Sortant de sa réserve , le président Vladimir Poutine a appelé les Russes à voter lors d' une intervention télévisée de dix minutes à quelques jours du scrutin . " Je demande aux citoyens de Russie de me croire : le futur développement de notre État dépend de leurs voix " , a -t-il dit . " Ne vous laissez pas guider par l' affirmation que la voix d' une seule personne ne change rien " , a -t-il tenu a préciser . Russie unie en tête devant le PCFR " Il faut oublier ces élections car les résultats sont déjà connus " , lance Youli Nisnevitch , membre du petit parti Russie libérale , résumant ainsi le sentiment le plus partagé par la population selon lequel il ne sert à rien de voter car l' on sait déjà qui va gagner . Selon les chiffres publiés par les principaux instituts de sondages , le parti Russie unie devrait arriver en tête avec près de 30 % des voix , devançant le Parti communiste qui obtiendrait de 24 à 25 % des suffrages . Persuadés que l' État qui contrôle déjà toutes les télévisions utilisera au maximum les " ressources administratives " , c' est-à-dire la fonction publique pour faire pencher la balance en sa faveur , les électeurs n' ont pas envie de perdre du temps pour une institution complètement décrédibilisée . " À force de marteler que le seul pouvoir qui compte est celui du président , que le reste n' a aucune importance , la propagande de Vladimir Poutine a discrédité la Douma " , fait remarquer Ludmila Telen , chef du service politique de Moskovskie Novostieï , un journal indépendant fraîchement racheté par la compagnie pétrolière Ioukos . " Si ce scrutin législatif n' était pas couplé avec des élections locales dans vingt et une régions de Russie , la participation ne serait sans doute que de 40 % " , assure Alexeï Venediktov , rédacteur en chef de la radio Écho de Moscou . Voire encore plus faible comme à Saint-Pétersbourg . Seuls 28 % des électeurs se sont déplacés le mois dernier pour choisir le nouveau gouverneur de la ville . Selon des prévisions , le taux de participation pourrait être en dessous des 25 % requis pour valider une élection en Russie . " Le fait est que les gens ont appris à se passer des autorités pour survivre . S' il n' y a pas de policiers dans la rue , cela ne vous empêche pas de conduire . Mais s' il y en un , vous allez devoir payer ou prendre une autre route pour l' éviter " , explique Leonid Kesselman , sociologue à l' Académie des sciences de Saint-Pétersbourg . Le retentissement de l' affaire Ioukos " On s' attendait à avoir les élections les plus ennuyeuses que l' on n' ait jamais connues mais l' affaire Ioukos a animé cette campagne " , raconte Maxime Ioussine , chef du service étranger des Izvestia , un quotidien détenu par un oligarque proche du Kremlin . L' arrestation le 25 octobre de Mikhaïl Khodorkovski , l' homme le plus riche de Russie et potentiel rival de Vladimir Poutine , a occulté les thèmes de cette campagne . Le programme de Vladimir Poutine de doubler le PIB en dix ans et de lutter contre la pauvreté a été relégué au second plan . L' affaire Ioukos et la mise en détention du patron de la compagnie pétrolière a révélé en fait le poids des oligarques , leurs rivalités et leurs influences respectives au sein du système politique russe , sachant que toutes les grandes formations , y compris le PCFR , ont des liens avérés avec eux . L' affaire est destinée , en partie , à donner des gages aux électeurs les plus démunis de la Russie " d' en bas " ulcérés par la concentration des richesses dans les mains de ces oligarques , pendant qu' eux crient misère . " À travers l' affaire Ioukos , le Kremlin essaye d' attirer vers le parti de Poutine les électeurs les plus modérés du Parti communiste " , analyse un journaliste des Izvestia . Malgré le peu d' enthousiasme des électeurs , l' enjeu de ces élections est réel . Il s' agit pour le parti du pouvoir d' obtenir la majorité absolue à la Douma . Avec deux tiers des sièges , le parti Russie unie pourrait modifier la Constitution à sa guise . Mais les projections ne le créditent que de 40 % des sièges . Une majorité à la Douma permettrait aussi à Vladimir Poutine d' aborder l' élection présidentielle du mois de mars dans les meilleures conditions . Le président russe mène campagne en se présentant comme celui qui a restauré l' image de la Russie en se montrant intraitable en Tchétchénie . Il tente également de mettre à son compte le regain de croissance économique ( 6 , 6 % en 2003 ) , après le krach de 1998 , grâce à la manne pétrolière . Mais les inégalités restent extrêmes . Le revenu moyen est de 150 euros . Près d' un tiers des Russes vivent au-dessous du seuil de pauvreté et l' espérance de vie recule . Par ailleurs la reprise en main du pouvoir après le vide des années Eltsine s' est faite au détriment de l' indépendance de la justice , de la liberté de la presse , sans même parler du respect des droits de l' homme piétinés tous les jours en Tchétchénie . Cette élection constitue sans doute la dernière chance pour les autres partis du spectre politique russe d' éviter une mainmise totale d' une formation sur la vie politique . Iabloko et le SPS ( droite ) ont peu de chance d' y parvenir et pourraient ne pas franchir la barre fatidique des 5 % . Seul le PCFR pourrait encore concurrencer de manière crédible Russie unie . Quant aux ultra-nationalistes de Vladimir Jirinovski ils pourraient arriver en troisième position . " À l' issue de ces élections , nous saurons s' il existe une alternative à Poutine " , explique Ludmila Telen .