La Dépêche

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Filename:
La Dépêche
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Annotation tiers:
Annotation automatique
Annotation status:
automatique
Type:
presse écrite
Text type:
presse quotidienne régionale
Modality:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_D_E_040303.html
Text:
Liesse et désillusions Quarante et un an après la fin de la guerre d' Algérie , Jacques Chirac « tourne la page » des relations empoisonnées entre la France et son ancienne colonie . Pour autant , il ne s' agit pas « d' oublier ou de se renier » . l' Histoire est là , terrible et imprescriptible . Chirac est bien placé pour le savoir , lui qui , jeune sous-lieutenant en 1956 , a conduit des opérations de ratissage et monté des embuscades contre les combattants algériens . Comme tous les hommes de sa génération , il a été marqué par cette « sale guerre » . Il est même resté longtemps partisan de « l' Algérie française » ... Aujourd'hui , à travers cette visite historique , il se place en héritier de De Gaulle qui a accordé l' indépendance à l' Algérie . Il est celui qui aura bouclé la boucle . Et il n' aura pas lésiné sur les moyens et les gestes symboliques . Une « déclaration d' Alger » signée avec Bouteflika appelle à un « partenariat d' exception » entre les deux pays . Elle devrait être relayée par un traité d' amitié à l' image de celui paraphé par la France et l' Allemagne en 1963 pour sceller leur réconciliation . C' est dire à quel niveau Chirac place la relance des relations entre Paris et Alger ! Une fois de plus , le Président use de la scène internationale pour étoffer sa stature . Mais le triomphe obtenu par « Chirac l' Algérien » accueilli par une foule en liesse ne saurait masquer les ambiguités , voire les faux-semblants de cette visite d' Etat . Lorsque le président français parle d' un « partenariat d' exception » , le peuple algérien et notamment les jeunes , candidats à l' expatriation pour fuir le chômage et le terrorisme , entendent « visas » ou « libre circulation » entre les deux pays . Or ce n' est pas précisement la politique que mène Nicolas Sarkozy qui entend , au contraire , réduire les flux migratoires . Selon le ministre de l' Intérieur , l' augmentation du nombre des visas au cours des dernières années a provoqué le développement d' une immigration clandestine . Il n' est donc pas prêt à ouvrir les vannes . Une fois la liesse retombée , la jeunesse algérienne risque de sombrer dans de nouvelles désillusions . Car le voyage de Chirac ne lui ouvrira pas les portes de la France . Gare au malentendu ! Ces trois jours de réconciliation spectaculaire ne constituent pas uniquement un geste de portée historique . Ils recèlent également quelques préoccupations politiciennes et électoralistes de la part des deux chefs d' Etat . Bouteflika , qui n' a jamais été autant acclamé dans son pays qu' en défilant au côté de Jacques Chirac , y gagne un peu de popularité et surtout un soutien étranger de poids , alors qu' il envisage de briguer un second mandat . Quant à Jacques Chirac , qui a déjà habilement intégré à son gouvernement un membre de la communauté harkie , Hamlaoui Mekachera ( Anciens combattants ) et une femme issue de la deuxième génération de l' immigration ( Tokia Saïfi ) , il poursuit son opération de séduction en direction des jeunes beurs . La droite s' efforce ainsi de conquérir une clientèle électorale longtemps favorable à la gauche mais que celle -ci n' a pas su fidéliser en raison de sa politique frileuse en matière d' immigration . Chirac travaille à élargir la faille .