La Dépêche

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
La Dépêche
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne régionale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_D_E_041103.html
Texte:
Plans de paix En désespoir de cause , il y a ces visages aperçus l' autre jour sur la place Rabin de Tel-Aviv , qui chantaient des chants de paix . Ils sont les visages réconfortants non seulement d' Israël mais aussi de l' humanité . Ils expriment une résistance contre la résignation , un défi contre toutes les haines , ils sont la réponse la plus poignante , la plus universelle et , en conséquence , la plus cinglante à tous ceux qui , en posant leurs bombes , revendiquent la destruction de l' Etat juif . Précisément , si le souvenir d' Yitzhak Rabin est chargé d' émotions , il est d' abord riche d' enseignements politiques , comme le rappel obsédant que , voici huit ans , la paix était possible . Politiquement possible . Elle ne le serait plus . Pourquoi ? Inutile , vu d' ici , de donner des leçons à ceux qui , là-bas , vivent dans la tourmente de tous les jours . Inutile et injuste , dans notre confort français , de fourbir une posture morale . C' est aux Israéliens et aux Palestiniens de mesurer si leurs actes sont en accord avec l' avenir dont ils rêvent pour leurs enfants . Pourtant , comment ne pas être tenté de rapprocher inlassablement l' espoir aujourd'hui lacéré de la paix d' Oslo avec la logique monstrueuse des militants terroristes et la politique de fer du gouvernement Sharon ? Il ne s' agit pas pour autant d' être naïf . Israël est un pays cerné . Plus que toute autre nation du Proche-Orient , son seul intérêt est de vivre en paix , car , au-delà du prix humain , l' effort militaire coûte cher à une société qui connaît le chômage , parfois la précarité , qui subit une politique antisociale féroce et dont l' économie s' essouffle dangereusement ( après tout , jamais Israël n' a connu une période aussi prospère que dans l' euphorie d' Oslo ) . À ses côtés , tout un peuple sans Etat ni territoire viable , hommes , femmes et innombrables gamins , est placé sous contrôle , parqué dans des recoins , empêché de vivre dignement donc librement , pris sous les feux de deux camps comme en otage face à des intérêts qui le dépassent . Là encore , misère , chômage , corruption , et le sentiment amer de ne pas exister vraiment . Si on admet que la guerre à perpétuité , même avec ses trêves aléatoires , est une impasse qui chaque jour laisse davantage exsangue ces deux peuples , alors comment rompre le cercle sinistre qui prévaut aujourd'hui ? À cette question , des voix ( re ) commencent à répondre . Non seulement le chef d' état-major de l' armée israélienne reproche ouvertement à Sharon son " intransigeance " , mais des initiatives pour la paix , encore balbutiantes , émergent de la société civile . Une pétition israélo-palestinienne a recueilli pour l' heure 160 000 signatures . Des négociations , forcément officieuses , se tiennent depuis près de trois ans , avec pour ambition , non pas des petits arrangements , mais un règlement définitif du conflit . Toutes ces initiatives affirment comme un postulat qu' il faut changer de stratégie ( et , peut-être , de dirigeants ) . Est -ce cette pression populaire , pour minoritaire qu' elle soit encore , qui a conduit Ariel Sharon à accepter de rencontrer " bientôt " Ahmad Qoreï , le nouveau chef du gouvernement palestinien ? Il est vain d' en conclure que , dès demain , la paix serait en marche . On peut sans doute imaginer que certaines forces travaillent à de nouveaux crimes . Depuis huit ans , l' actualité nous dit et redit que Rabin est bien mort . Mais ce désir de paix , ouvertement exprimé l' autre jour par la foule de Tel-Aviv , c' est aussi la voix d' Israël , celle de l' avenir pour les enfants de Rabin . La voix qui compte .