La Dépêche

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
La Dépêche
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne régionale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_D_E_120602.html
Texte:
Le coup de sifflet final La fin d' une époque . Celle des « Bleus » , celle des slogans unanimes , celle des victoires . La fin d' une France où le football gommait toutes les différences , et nous faisait croire , dans le consensus des supporters , en l' unité fraternelle de la nation . Ce n' était pas un rêve bien sûr - et , pour se consoler , les belles fêtes de juillet 98 nous restent en mémoire , comme ces coupes d' autrefois qu' on aligne sur des étagères . Mais le football a pour loi celle des tragédies anciennes , où les dieux finissent toujours par punir les simples mortels qui commettent le pêché de démesure . Et , précisément , dieu sait sur quel pavois nous avions hissé ces Bleus . Des idoles comme rarement le sport en a commis . Des idoles surprotégées , médiatisées à outrance , vues et revues en boucle parce que la publicité adore les vainqueurs . Sans doute est -ce sévère pour tous les gamins de France qui rêvaient d' impossible . Mais le football français redescend dans une division qui lui était , depuis quatre ans , inconnue . Celle des bonnes équipes qui ne gagnent pas forcément . La France « d' en haut » a été humiliée par des footballeurs « d' en bas » . Les spécialistes diront que nos Bleus étaient émoussés , qu' il leur manquait les forces et les tripes , la « faim » et la foi des amateurs , cette fraîcheur morale et physique indispensable , cette vitesse au centième de seconde qui font les grands buteurs . Ils ajouteront que tous ces joueurs professionnels se sont usés durant la saison dans des clubs prestigieux , multipliant les matchs , les efforts et les exploits - mais ce régime d' enfer fut aussi le lot des joueurs danois ou sénéglais . En reconnaissant que ses stars n' ont pas été « à la hauteur » , le sélectionneur Roger Lemerre admet implicitement son propre échec , sans en tirer pour l' heure les mêmes conclusions qu' un ancien premier ministre qui , dans la défaite , a su raccrocher les crampons . Lui aussi , Lemerre , doit partir , comme ces cadres supérieurs coupables de mauvais choix . Il est bien sûr injuste de brûler dorénavant ceux -là mêmes que nous adorions avant-hier . Zidane demeure le soleil du monde , et Barthez l' un des meilleurs gardiens . Nos buteurs , malgré leur terrifiante impuissance , sont faits du bois dont on fait les buteurs . Et pourtant , ce football bleu , qui nous a tant de fois mis le feu , ne peut désormais échapper au feu des critiques . La défaite libère les « non-dits » . Nous savions qu' à la malchance d' avoir perdu Pirès , puis Zidane ( sacrifié six jours avant le Mondial lors d' un inutile match amical ) , s' ajoutaient des mauvais choix tactiques . Nous savions , depuis quelques matchs déjà , que cette « génération Jacquet / Lemerre » arrivait à épuisement - mais qui pouvait le dire haut et fort sans aussitôt être fusillé pour défaitisme ? Le sport n' échappe pas à cette loi naturelle qui frappe toutes les activités humaines - et sape les meilleures constitutions physiques . L' avoir à ce point ignorer est une faute grave . Ainsi , nos « Bleus » vivaient dans une bulle , intouchables , parce qu' ils étaient le symbole de ce que nous aimons : la France qui gagne . Aujourd'hui , la France doit savoir perdre . Comme le Brésil de 98 . C' est d' ailleurs , dans cette posture d' humilité , qu' elle retrouvera ses couleurs de football ( les nouveaux talents ne manquent pas dans l' équipe Espoirs qui est parvenue , voici un mois , en finale de sa Coupe d' Europe ) . Enfin , ce n' est qu' un jeu . Et cet enterrement n' est pas vraiment très grave . Comme dans les tournois d' antan , choisissons -nous un autre favori . Tiens ! Parce que ses joueurs fréquentent notre championnat et parce que le chauvinisme n' est jamais très loin des terrains de sports , vive le Sénégal !