La Dépêche

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
La Dépêche
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne régionale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_D_E_120802.html
Texte:
Le temps des autres On sait , au fur et à mesure que le temps nous blesse , qu' on peut vivre l' hiver au milieu de l' été . Mais d' ici à ce que le climat se mette au diapason de notre coeur ! La nature du dehors n' est jamais en phase avec notre nature du dedans . Mais il y a des exceptions . Comme dit la chanson , « de la croix du sud au septentrion » le climat est en ce moment à contre saison . A croire qu' une main maligne a retourné le grand sablier . Il paraît que c' est la faute du Nino , un bien joli nom qui veut dire enfant , pour un phénomène atmosphérique qui l' est beaucoup moins , qui entraîne ici des crues , là des coulées de boues , bref des débordements insensés où l' homme pèse le poids d' un roseau . Au regard des tempêtes que traversent des pays déjà bien éprouvés comme la Chine et la Russien nos vacances qui vont à l' eau sont de peu d' importance . Ce n' est pas que les tourmentes nous épargnent . Mais inondations et même incendies pour aussi consternants qu' ils soient , atteignent rarement chez nous la dimension apocalyptique qu' ils prennent dans d' autres continents . La fureur du Nino n' explique pas tout , ne justifie pas tout . La déforestation massive pratiquée dans les pays dits en développement , est bien pour quelque chose dans les cas d' inondations massives . Les responsables économiques épris de rendements immédiats ne sont pas des futurologues . Ils ont parfois la vue courte et mettent en danger la terre même dont ils tirent leur profit . Les Gaulois avaient raison d' avoir peur du tonnerre . Aujourd'hui nous savons fabriquer des paratonnerres , ce qui n' empêche pas la foudre d' être . Si le temps qu' il fait , qu' il a fait et qu' il fera , constitue l' ossature de nos conversations mondaines , c' est sans doute que nous prenons tous les jours conscience de la faiblesse de nos moyens devant cette maîtresse terrible qu' est la nature . Il n' entre pas dans nos attributs , à moins d' être cinéastes , de faire pleuvoir à volonté ou d' inviter le soleil à notre terrasse . Nous sommes soumis au temps dans tous les sens du terme . Nous essayons d' oublier cette sujétion , en partant à la rencontre d' autres climats et d' autres tropiques . Nous oublions qu' en voyage on n' emporte que soi . C' est un bagage parfois lourd à porter . Mais qu' on grelotte à plusieurs sous le même soleil pâle , ou qu' on s' échauffe le sang au souffle du désert , les vacances qui nous font bouger et rêver ont une grande utilité : elles nous aident à nous persuader que le lieu où nous habitons n' est pas le centre du monde , que nous sommes solidaires des malveillances du temps . Que l' aile du papillon que nous chassons ici va provoquer un tremblement de terre là-bas ...