La Dépêche

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
La Dépêche
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne régionale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_D_E_140102.html
Texte:
DESAVEU C' est un désaveu que le Conseil constitutionnel vient d' infliger au gouvernement en retoquant la disposition retardant la mise en oeuvre du licenciement économique , contenue dans la loi de modernisation sociale . Les Sages ont donc jugé contraires à la liberté d' entreprendre , droit imprescriptible , les mesures visant à retarder les réorganisations de nature à assurer , autant que faire se peut , la sauvegarde et la compétitivité de l' entreprise jusqu'à ce que l' existence même de celle -ci s' en trouve menacée . Une condamnation ferme , en somme , du principe « reculer pour mieux sauter » . Il n' est pas dit , pour autant , que cette décision indispose fortement le gouvernement Jospin . Certes , dans une majorité plurielle qui , en cette veillée d' armes , ferait volontiers l' économie de tensions , le refus du Conseil constitutionnel va raidir la posture contestataire du PC de Robert Hue Hue , inspirateur du durcissement de l' arsenal anti-licenciement . Mais , à toute chose malheur est bon . L' équipe Jospin s' économise un nouveau front avec un monde économique passablement exaspéré par la mise en place des 35 heures et les cafouillages sur les conditions de leur financement . La décision du Conseil constitutionnel atténue aussi les divergences qui s' étaient faites jour entre le chef du gouvernement et sa ministre des Affaires sociales d' un côté , et Laurent Fabius , les radicaux de gauche et plusieurs patrons proches du gouvernement qui avaient multiplié les mises en garde contre la tentation jacobiniste de légiférer à tout-va sur la vie des entreprises , en dépit des réalités et des contraintes auxquelles elles sont confrontées . Sauf à vouloir adresser un message de solidarité , par loi interposée , aux victimes des désolantes charrettes sociales de l' an passé , un renforcement du dispositif anti-licenciement ne s' imposait pas . Car la France n' est pas l' Amérique où le sort des salariés se joue moins sur la santé de l' entreprise que sur ses performances boursières , comme on l' a vu il y a peu avec Boeing et Nortel . Dans notre vieille Europe adepte du modèle de capitalisme rhénan , à quelques rares et malheureuses exceptions , les licenciements économiques ne sont appréhendés que comme un ultime recours de nature à préserver l' existence de l' entreprise fragilisée . La loi fait d' ailleurs écho à cette approche avec un chapelet de contraintes déjà jugé très contraignant par des Etats-Unis et une Grande-Bretagne moins regardants sur les intérêts des salariés . Rendre plus difficile encore la mise en oeuvre des licenciements économiques , comme la loi se proposait de le faire , contenait bien des effets pervers pour la France au travail . Le risque était grand de voir se développer les délocalisations - engagées , faut -il le rappeler bien longtemps avant l' arrivée de Lionel Jospin aux affaires- et les milliards d' euros d' investissements étrangers se détourner vers des cieux plus accueillants . Les Sages de la rue de Montpensier auraient voulu placer l' entreprise au coeur du débat de la présidentielle qu' ils ne s' y seraient pas pris autrement ...