La Dépêche

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
La Dépêche
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne régionale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_D_E_281002.html
Texte:
La porte de la mort Au fur et à mesure que le bilan des victimes s' alourdit , que les ex-otages et les ex-terroristes deviennent des morts vivants , c' est-à-dire des morts qui troublent le sommeil des braves gens à défaut de troubler le sommeil des politiques , oui au fur et à mesure que les heures s' écoulent , que les fumées des gaz inconnus et mortels s' évanouissent , on comprend mieux mieux que le théâtre de la rue Melnikov a été le lieu d' un véritable carnage . Il ne doit pas cacher que si les Tchéchènes avaient eu le temps de mettre leurs menaces à exécution , le résultat eût été pire . Mais quoique les Russes aient eu l' initiative de l' attaque , on éprouve quelque stupéfaction à voir qu' ils ont fait bon marché de la vie des leurs . Oui , ces morts étaient prévisibles puisque la raison d' Etat est un char aveugle qui écrase tout sur son passage et que si le commando tchétchène n' avait d' autre issue que de vaincre ou de mourir , les Russes , eux , étaient condamnés à leur tour à ne pas faire de quartier pour réussir . Voilà qui est fait . Le temps va passer et l' oubli ensevelira ceux qui sont des terroristes pour les Moscovites et des héros pour les leurs . Eternel débat . C' est l' histoire qui tranchera , mais d' ores et déjà on sait qu' une sauvagerie a répondu à une autre sauvagerie . Et que ce sont les otages , c' est-à-dire des civils , qui ont fait les frais d' un affrontement dans lequel ils ne sont pour rien . Il existe à Saint-Pétersbourg une porte de la Mort par laquelle on a la plus belle vue qui soit sur le palais d' Hiver ... Il faudra désormais donner ce nom à la porte du théâtre de Moscou ... Nul ne contestera que Vladimir Poutine Poutine a été l' homme de la situation . En ordonnant l' assaut , et ensuite en demandant pardon aux proches des victimes . Le voilà , dans la plus pure tradition slave , qui asseoit sa couronne dans un bain de sang . Pouvait -il faire autrement ? La question reste posée . Ce qu' on peut dire de ce côté -ci de l' Europe , c' est qu' il y a des latitudes où il ne fait pas bon vivre , parce que c' est s' exposer à des tourmentes sans pitié . Les convulsions de l' ex-empire stalinien épouseraient -elles les convulsions de l' ex-empire des tsars ? Cette éternelle et sainte Russie « imprévisible , irrationnelle » quand donc connaîtra -t-elle la paix et quand donc l' accordera -t-elle à ses voisins ? On a peine à croire que c' est un homme de ce pays forcené qui a écrit : « La vérité doit s' imposer sans violence. » ( Tolstoï ) .