L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Filename:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Annotation tiers:
Annotation automatique
Annotation status:
automatique
Type:
presse écrite
Text type:
presse quotidienne nationale
Modality:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_C_040903.html
Text:
Livre . Fête de l' Humanité Du ciel des idées à l' océan des romans Idéologie en débats , rentrée littéraire en questions et auteurs à l' honneur , le village du livre accueille les dévoreurs de mots . Le village du livre sera cette année encore un rendez -vous de passionnés . Passionnés de littérature , et aussi de tout ce que le livre peut transporter d' informations , d' idées , d' arguments . Les débats sur le monde et la société contemporains y trouveront une place à la mesure des attentes nées des mutations explosives de ces derniers temps . Le retour en force du débat d' idées , déjà perceptible depuis quelque temps , est manifeste . La contemporanéité de Marx , par exemple , et ce n' est pas un hasard , inaugurera le programme de débats , en partenariat avec Espaces Marx et le Nouvel Observateur . La question même du rôle des idées est un enjeu que l' on retrouve dans la ritournelle de " la fin des idéologies " , avec la tentative de disqualifier tout ce qui n' est pas positivisme et pragmatisme à courte vue . Arnaud Spire et Jérôme-Alexandre Nielsberg ont consacré un ouvrage au piège de la fin des idéologies , et montreront les dangers de l' évacuation de ce champ qui n' a jamais été aussi crucial , ainsi que les richesses qu' il recèle . La culture communiste même , après presque un siècle de révolutions , de guerres et de paix , est là encore , et les débats qui ont traversé les communistes l' ont montré , d' une actualité brûlante . Enfin , c' est aux bruits du monde que s' ouvre le village avec la question de l' hégémonisme américain , ses forces et ses faiblesses . Même pertinence dans le dialogue islam-judaïsme , repris à nouveaux frais par des responsables religieux épris de tolérance et d' écoute . Et la littérature ? Le village du livre est depuis des années le premier grand rendez -vous public de la rentrée littéraire , et cette année encore tout porte à croire qu' il le restera . La notion même de rentrée littéraire , cependant , reste à interroger . Quand il n' y a pratiquement pas de " sortie " , peut -il y avoir une rentrée ? Lorsque les dernières nouveautés du roman paraissent à la toute fin du printemps , et les premiers livres de l' automne s' empilent dès le 15 août , on peut se demander quand cela s' arrête vraiment . De plus , l' abondance de la " seconde rentrée " , celle de janvier , ne le cède en rien à celle de septembre , qui n' est plus le moment unique , ou du moins privilégié , le petit Noël des amateurs de romans . Septembre n' apparaît plus alors que comme le signal de départ de la course aux prix , avec les dérives qu' on sait . Mais la question lancinante , parfois lassante , mais qu' on ne peut s' empêcher de se poser à chaque fois , c' est bien évidemment celle de l' évidente surproduction éditoriale . Au moment où la lecture plafonne , voire régresse dans certaines classes d' âge , dans un secteur où seuls le livre de jeunesse et la BD tirent leur épingle du jeu , le nombre de romans mis sur le marché ne cesse d' augmenter . Cet automne , ce seront , aux derniers pointages , 490 romans français et environ 200 étrangers qui se déverseront sur les tables des libraires , plus encore que l' an dernier . Pourquoi , se demande -t-on à chaque fois ? À quelle logique obéit cette tendance ? Le monde de l' édition , dont on a vu récemment , et à quel prix , le réalisme capitalistique et le souci de rentabilité , perd -il toute mesure ? Y a -t-il course à l' abîme ? Il serait trop simple de répondre unilatéralement " oui " . Le secteur littéraire prend de plus en plus le caractère d' une économie de casino , où la mise est peu coûteuse , les chances de gagner faibles et les gains importants . C' est aussi un pari sur la capacité des libraires , qui font aux éditeurs l' avance des nouveautés mises en rayon , de tenir le choc . Côté critique , la masse écrasante des ouvrages favorise le repli sur le connu , auteur ou éditeur , le suivisme des leaders de la " critique " médiatique , et donc toutes les opérations plus ou moins claires visant à faire émerger tel ou tel , sans compter les intox pures et simples . Pourtant , le rôle de ces lecteurs professionnels dans l' aide au lecteur - qui aura toujours le dernier mot - reste essentiel dans le repérage de ce qui aurait pu rester ignorer , l' analyse des grandes tendances , des thématiques récurrentes . Les rencontres que le village du livre consacre au roman de septembre font chaque année la preuve de leur utilité . La présence de critiques de différents médias , et d' animateurs de rencontres analogues , permet d' ailleurs de confronter points de vue et de noter les convergences . Surtout , elle donne la parole aux auteurs , confirmés ou débutants , et ces " micros ouverts " restent des moments privilégiés de dialogue , comme des coups de sonde dans l' océan livresque qui remonteraient des trésors . Les mots " auteurs " , " lecteurs " ont été employés au masculin . Pourtant , la littérature est , de plus en plus , lue , écrite , éditée , enseignée , critiquée par des femmes . L' ambition du village du livre 2003 est d' explorer les présences féminines en littérature , avec l' aide de Geneviève Brisac , dont le livre la Marche du cavalier attaque , de côté comme le veut son titre , cette question , sur laquelle on reviendra . Les passionnés peuvent aiguiser leur impatience , leur village , peuplé de livres avec la complicité éprouvée de la librairie de La Renaissance à Toulouse , les attend .