L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_C_041003.html
Texte:
Photographie . Les petits gestes politiques de l' art contemporain Au Printemps de septembre de Toulouse , deux générations d' artistes , de Renaud-Auguste Dormeuil à Jean-Luc Moulène , s' engagent . De Renaud Auguste-Dormeuil à Jean-Luc Moulène , deux générations d' artistes s' engagent , défendent un point de vue . Renaud Auguste-Dormeuil est né en 1968 . Lorsqu' il se prend pleine gueule les images de la guerre en ex-Yougoslavie , chez lui , devant sa TV , d' autant plus sensibilisé qu' avec sa femme , ils attendent leur premier enfant , il ne supporte pas de rester sans rien faire , s' empare d' une petite caméra et fonce . Résultat : " Cinq minutes pour rassembler l' essentiel " , première oeuvre qui sollicite les gens sur ce qu' ils emporteraient si brusquement , en cinq minutes , ils se retrouvaient en situation d' exode . Ce premier geste de résistance auto-produit , Renaud Auguste-Dormeuil , frais sorti des beaux-arts , l' accomplit caméra vidéo au poing , parce que ce médium , en plus d' être le plus regardé , colle naturellement à son propos , à son point de vue . Il ne choisit pas de mettre en scène des images de guerre , ne se positionne pas comme photojournaliste . Préfère partir d' un document , créer une mise en situation liée à une image de la guerre et , partant , faire oeuvre artistique . Le temps passe . Renaud Auguste-Dormeuil rame , produit seul , à l' écart , sans galerie . S' adresse directement au spectateur : êtes -vous pour ou contre la représentation de la réalité ? Il n' a qu' un but : arriver à dire ce qu' il a à dire . Et tout l' inspire : Ulrike Meinhoff , de la bande à Baader , escamotant ses photos d' enfance pour ne pas donner prise , dans sa fuite , à un portrait-robot . La police équipée de fusils à pointeurs laser , de plaques minéralogiques banalisées . La prolifération des caméras de vidéosurveillance dont il dresse la carte sur le parcours d' une manif ... Comme il faut manger , l' artiste fait du graphisme , accroche des expositions . Sa réflexion sur l' information dominante ne s' assagit pas . Le fait repérer dans les festivals , les institutions . Obtient petit à petit , lorsqu' on s' intéresse à l' une de ses oeuvres , qu' on lui passe commande de la suivante . Victoire ! Créer ne lui coûte plus d' argent ... À Toulouse , cette année , sa nouvelle oeuvre très remarquée , " Hôtel des transmissions / Jusqu'à un certain point ( Helsinki ) " , conçue sur trois ans , réalisée ces huit derniers mois la tête dans l' ordinateur , remarquablement mise en musique par Arrere , produite pour 15 000 euros par le Centre national des arts plastiques et l' Association française pour l' action artistique , jette un pavé dans la mare . L' artiste qui , pour en dénoncer les mécanismes de fabrication , a dépassé le stade du détournement des images , propose , via une installation de neuf moniteurs , une carte européenne des " meilleurs emplacements pour relayer l' information en cas de guerre ou d' attaque terroriste " . Le jeune vidéaste ne tiédit pas . Au contraire . Comme citoyen , il remet les pendules à l' heure : " Ce n' est pas parce qu' il existe un vide politique , que gauche et droite c' est pareil . Leurs valeurs sont très différentes . " " Le politique , c' est savoir que des gens se sont battus avant nous , qu' ils ont conquis la Sécurité sociale , les retraites , l' avortement , les congés payés . Mettre en pièces ainsi les valeurs qui ont fait la France , c' est aller droit dans le mur . " Comme artiste , il est soucieux d' adopter " une position plus claire quant à sa finalité " . Propose donc " une action de réquisition des moyens de production " en précisant que " cette posture de réquisition revient pour lui à considérer que toute connaissance ou savoir-faire est reproductible à des fins artistiques et politiques " . " Cela précise -t-il , nécessite de connaître les trois acteurs impliqués dans le processus de fabrication d' une image , c' est-à-dire : le commanditaire , le réalisateur et le diffuseur . C' est bien de ces trois acteurs dont il faut réquisitionner les moyens de production " ... Dans le lieu où expose Renaud Auguste-Dormeuil , deux autres oeuvres , qui tentent d' apporter une alternative à l' information conventionnelle , ont été choisies par la directrice artistique du Printemps de septembre , Marta Gili , pour cette troisième édition placée sous le signe des " gestes d' attention , de sollicitude , de responsabilité ou d' engagements présents dans de nombreuses productions d' artistes contemporains " . L' Israélien Omer Fast ( trente-deux ans ) présente ainsi , sur quatre écrans , une installation vidéo édifiante baptisée A Tank Translated à travers laquelle quatre occupants d' un tank de l' armée israélienne , aux sensibilités assez différentes , prennent la parole , expliquent leur rôle au sein du char décrivent leurs sensations lorsqu' ils sont pris dans le feu de l' action . L' Irlandais Paul Seawright ( trente-neuf ans ) nous fait réfléchir et nous plonge dans le malaise en nous mettant face à la série Hidden ( cachés ) faite de clichés de paysages afghans qui , minés ou pollués par les traces d' anciens combats , ne laissent que très peu apparaître du passé de lieux du crime ... Plus loin , l' Albanais de Milan Adrian Paci filme sa fille en train de raconter comme un conte les horreurs de la guerre ; le Palestinien de Ramallah Sobhi Al Zobaidi filme le journal intime de sa famille s' efforçant de mener une vie normal dans l' angoisse et la souffrance ; l' Algérienne de Londres Zineb Sedira braque sa caméra sur sa mère et sa fille empêchées de communiquer par leur absence de langue commune ; le Chinois Liu Wei révèle , par formidables superpositions , l' ambivalence entre la cité moderne , florissante de Pékin et la vision très dérangeante de décharges sur lesquelles s' approvisionne sans fin le petit peuple . Dans la génération des aînés , l' Anglaise Hannah Collins , reconnue internationalement pour une oeuvre photo qui explore les zones intermédiaires entre ce que l' être perçoit comme sien et ce qui lui demeure extérieur , prend le risque de se remettre en cause en orientant son travail , comme désormais beaucoup d' artistes , vers le cinéma documentaire . Son installation vidéo de cinq écrans permet de pénétrer dans l' organisation sociale d' une communauté de Gitans de Barcelone et de très bien les filmer même si la captation de leurs négociations avec les autres ne prend malheureusement pas toujours sens . La radicalité de Jean-Luc Moulène , elle , par contre , fait toujours choc . Présentée pour la première fois dans son ensemble , sa série des 24 Documents / Produits de Palestine - autant de canettes , cahiers , bouteilles d' huile ... qui n' ont pas le droit d' exister , bien que réalisés en Palestine , sont les traces concrètes d' une activité économique au sein d' un État qui n' existe pas . Ils ne sont donc , souvent , répertoriés nulle part , échappent aux filières normalisées de la distribution de masse , et fonctionnent comme un coup de poing à l' estomac . Objets-fiction , ils perturbent le flux d' images médiatiques , réintroduisent le temps de la pensée , questionnent le statut de l' image contemporaine - entre publicité , document , icône - et participent , comme les vidéos de Renaud Auguste-Dormeil , au mouvement de circulation des luttes dans l' art contemporain . Printemps de septembre / Rendez -vous des images contemporaines . Jusqu'au 19 octobre . École des beaux-arts , 5 , quai de la Dorade , Toulouse . Téléphone : 05 62 27 14 00 .