L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_C_120303.html
Texte:
Caméras aux poings Les films les plus marquants de l' édition 2003 du " Cinéma du réel " questionnent la capacité du documentaire à agir sur la réalité . Créé en 1979 , le " Réel " fête vingt-cinq ans de défrichage d' un territoire mal-aimé , qui a pourtant donné au cinéma quelques-uns de ses plus beaux fruits . Certains commençant même à rencontrer en salles un succès inespéré . Cette consécration tardive laisse à la déléguée générale du " Réel " , Suzette Glénadel , un sentiment mitigé de satisfaction et d' amertume . Car dans un contexte national et international de plus en plus concurrentiel , " les festivals ont tendance à rechercher voire , dans le pire des cas , à s' approprier les mêmes films et les mêmes auteurs " . Ainsi , les festivaliers du Centre Pompidou se verront privés d' un film aussi important que dérangeant , S 21 , la machine de mort khmère rouge , dans lequel Rithy Panh a confronté les victimes rescapées du génocide cambodgien et leurs anciens bourreaux , et dont on devrait en bonne logique reparler en mai sur la Croisette . Les aficionados du documentaire trouveront néanmoins largement de quoi nourrir leur cinéphilie dans la programmation 2003 . Premier constat , et non des moindres : la source des films à la première personne semble se tarir . Les documentaristes ont repris le chemin du " collectif " pour entamer une radiographie de l' Hexagone , dont on retiendra , entre autres , le " triptyque " sur la condition ouvrière , présenté en compétition française . Avec les Sucriers de Colleville , Ariane Doublet a filmé le quotidien des ouvriers d' une petite sucrerie normande , bénéficiaire mais sacrifiée sur l' autel des " nécessaires " restructurations . La caméra capte minutieusement l' attente et l' angoisse des " écraseurs de betterave " , eux-mêmes destinés à être broyés par des enjeux qui les dépassent , avant de se mettre en marche , dans la dernière séquence , pour rappeler au monde leur ( in ) existence . Plus sociologique , la caméra de Patrick Jan se déplace dans Ouvrier , c' est pas la classe , sur les lignes d' assemblage des usines Peugeot , pour confronter les discours managériaux préformatés des " DRH " , avec la réalité du travail à la chaîne et la pérennité de ce qu' il faut bien continuer à appeler la lutte des classes . C' est le Belge Patric Jan qui la décrit le plus impitoyablement . La Raison du plus fort est une chronique de la misère ordinaire et de l' enfermement entre Amiens , Lyon , Marseille et Bruxelles , qui glace d' autant plus qu' elle parvient à filmer frontalement l' incarnation d' une idéologie sécuritaire ( un procureur au cours d' une comparution immédiate , ou encore cette " smicarde , bonne catholique " qui fait brusquement irruption dans le champ pour donner sa vision de l' identité française ) . Dommage que le film soit plombé par un commentaire qui nuit parfois à la force de la démonstration visuelle . Du côté de la compétition internationale , les films chinois sélectionnés cette année confirment un renouveau des formes d' écritures documentaires venues d' Asie . Mine nø 8 , premier film sans paroles de Xiaopeng , impressionne par sa capacité à faire ressentir une journée - qu' on devine indéfiniment identique - des mineurs d' une vallée isolée au bout du monde , qui s' étire entre la descente hallucinée dans les galeries ténébreuses et le délassement des corps las dans le grand bain de la fin du travail . Le Taïwanais Huang Ting-Fu a , quant à lui signé avec Nail le film le plus radical de la sélection - dans sa forme du moins - , expérience visuelle de l' étrangeté de la croyance qui transforme un temple asiatique en un chaos où défile une galerie de personnages " sculptés par le temps , en route pour la fin " et dignes d' un Jérôme Bosch Bosch . À l' Est encore , deux bonnes surprises venues de Russie , Au bord de la vie de Victor Asliouk et À la limite de l' existence , de Dimitri Zavilgelskï , films méditatifs et intemporels sur la destinée de communautés paysannes . Les trois films les plus marquants de l' édition 2003 se rapprochent d' une réflexion formulée par Yves Bonnefoy à propos du regard , " ce qui , distinguant , assumant , aimant , est déjà ce qui donne l' être ( ... ) . Dans le choix à faire au seuil de toute parole , entre penser conceptuellement , dans la fragmentation et l' énigme , ou attester la présence , le regard est du côté de cette dernière " Dans Remarques sur le regard , Calmann-Lévy , 2002 . Et si dans ce que l' on peut nommer le réel , ce sont des " existences " dont le regard porté peut en modifier le cours . Ainsi du film de Didier Nion , qui avec Dix-sept ans renoue avec Jean-Benoît , un adolescent " à problèmes " qui était déjà le héros de Juillet ( réalisé en 1999 ) , tête à claque et véritable personnage de fiction qui semble utiliser le film comme un instrument de sa propre transformation . Passage de l' absence à la présence , cette fois , dans la Trace vermillon de Delphine de Blic , qui se sert de sa caméra comme d' un bélier pour forcer les raisons qui ont poussé sa mère à partager sa vie entre l' Europe et l' Inde , avant de " perdre " le combat et de filmer le mystère de cette figure maternelle rendue un peu moins inaccessible . Mais c' est sans nul doute Jennifer Dworkin qui a signé l' oeuvre la plus forte qu' il nous ait été donné de voir . Tournage au long cours ( douze ans ) pour un premier film , un coup de maître qui retrace l' histoire d' une famille noire américaine frappée par la drogue et la répétition du malheur sur trois générations . Si par certains côtés , Love and Diane ressemble à un travail analytique " wisemanien " , dont l' objet serait l' institution familiale , le film de Jennifer Dworkin montre avant tout la trajectoire d' une mère et d' une fille qui cherchent à se déprendre d' une relation fusionnelle et destructrice . Et nous assistons à ce miracle : la mise au monde de deux individualités . " Cinéma du réel " , jusqu'au 16 mars inclus . Tél. : 01 44 78 44 21 et 45 16 . Signalons également qu' en hommage aux vingt-cinq ans du " Réel " , " Les Rencontres du cinéma documentaire de périphérie " , en Seine-Saint-Denis proposent de revoir les films qui ont le plus marqué le festival depuis sa création en 1978 . Renseignements sur les dates de projection au : 01 41 50 01 93 .