L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_C_120402.html
Texte:
MUSIQUE . Les orpailleurs de la bande FM Des tubes en stock et des jeunes pousses à la porte : la bande FM est trop souvent synonyme de conformisme musical . Quid du service public ? Enquête . La radio , pépinière ou pot-pourri ? Pas simple . En tout cas , moins simple que pour la télé : car , à part quelques thématiques , sur le hertzien - pour peu que l' on ne se satisfasse point des clips dont nous gratifie nuitamment M6 - pas grand-chose à se mettre sous le tympan . En radio , d' après l' enquête Yacast 2001 , alors que le nombre de titres diffusés a doublé - plus de 47 000 - avec 47 % d' oeuvres francophones ( en progression ) , la répartition entre Gold ( grosses pointures ) , récurrents et nouveautés ( moins d' un an ) indique une progression des premiers au détriment des derniers . En cause : le poids de Nostalgie , RFM , MFM et ... France Bleu ! Qui paye les conséquences du très contesté " plan Bleu " de Jean-Marie Cavada qui a réattribué l' an dernier des fréquences entre les différents réseaux au détriment de Fip , une des radios les plus diversifiées , s' est vu amputer des deux tiers de ses antennes au profit des locales . Mais aussi du Mouv'. La dernière -née des radios du service public joue à Paris sur les terres de Ouï FM et a suscité quelque inquiétude du côté du CSA . Car , " le service public n' est pas soumis à la loi sur les quotas d' oeuvres francophones même s' il existe une disposition analogue dans son cahier des charges " , précise -t-on . De fait , le Mouv'diffuse 37 % de chansons françaises et 27 % de nouveaux talents . D' après Yacast , le Mouv' , dont la programmation se veut assez similaire à Ouï FM , laisse un peu plus de place à la nouveauté que son clone privé : 66 % des titres diffusés contre 53 % . " Nous avons certes une playlist d' une quarantaine de titres . Mais là où NRJ va diffuser un titre dix fois par semaine , nous , ce sera six fois . Grand maximum " , explique Matthieu Beauval , responsable de l' info et des programmes . La radio " jeune " du service public se veut offensive : " Nous avons une tranche 100 % français et multiplions les partenariats . Pour le Printemps de Bourges , nous allons suivre les découvertes . Par ailleurs , nous avons une personne qui bosse à plein temps sur les auto-productions . " Auto-productions qui ont droit à leur chronique et à leur tranche hebdomadaire , le mercredi à minuit trente : " C' est tard mais cela tient au public visé . Nos auditeurs mais aussi les producteurs . " Malgré la disparition de deux tiers de ses antennes , Fip reste LA radio la plus diversifiée : " Ici , " playlist " est un gros mot . On diffuse 300 titres par jour . Pas de rotation : entendre plusieurs fois le même titre , nos auditeurs ne le supporteraient pas " , affirme Jean-Luc Leray , responsable d' antenne . " On s' ouvre à toutes les musiques . Notamment à l' instrumental , un titre sur trois à l' antenne . " Le responsable d' antenne estime à 60 % le taux de nouveautés avec près de 40 % de petits labels . La nouveauté se trouve parfois là où on ne l' attend pas . Prenez RFI : une radio d' info . Et pourtant ... " Notre public , ce n' est pas le " branché " parisien . C' est l' auditeur francophone de l' autre bout du monde . Or , la chanson française , ce n' est pas que Florent Pagny ou Dominique A. C' est à la fois et Florent Pagny et Dominique A " , explique Gilles Seydoux . " A travers les magazines , nous donnons de la place à la scène électronique , à la world , à la musique vivante . Parce que la musique , cela fait aussi partie de l' actualité " , ajoute -t-il . Idem à France-Inter : " On n' est pas une radio musicale mais une radio généraliste où la musique constitue une valeur ajoutée " , confie Bernard Chereze , responsable de la programmation musicale . " Sur 600 titres en huit jours , il y en 400 de différents . C' est de l' artisanal . Chaque semaine , on se réunit à sept pour une conférence de rédaction , chacun défendant ses coups de cour avec un souci subjectif de qualité et de nouveauté . " Pas de place pour l' auto-production : " On a eu quelques expériences malheureuses . Qualité de l' enregistrement , difficulté pour se procurer le disque . Sans compter qu' il arrive qu' une jeune pousse soit signée . Résultat : six mois plus tard , on retrouve un morceau que nous avions déjà passé . Ou alors , le produit final n' a plus rien à voir avec l' oeuvre originelle . " Néanmoins , " dans l' émission le Fou du roi , Stéphane Bern reçoit chaque jour deux groupes en direct avec , une fois sur trois , des artistes qui débutent " . Quant aux partenariats , France-Inter va s' associer à la tournée de Noir Désir et , pour le Printemps de Bourges , Bernard Lenoir diffusera le concert des Cranberries , LA tête d' affiche , Rioka Traoré , une jeune chanteuse malienne et le concert de Christophe . Qui n' avait pas fait de scène depuis vingt-quatre ans : un vieux débutant , en quelque sorte . Les débouchés pour les jeunes artistes ne se situent donc pas forcément dans chaque radio - la plupart ayant opté pour le système de la playlist - mais dans la diversité du paysage . Côté privé , s' il n' y a pas grand-chose à attendre des diffuseurs de hits en boucle , certaines occupent de telles niches musicales - FG , Nova ou encore TSF - qu' elles peuvent encore se permettre de donner un peu d' air et de nouveauté à la soupe ambiante . Mais il ne faut guère se faire d' illusion : " Une radio privée , c' est une entreprise qui recherche la rentabilité et l' audience la plus forte , avoue un " repenti " du privé . Mais , quand on entend des maisons de disques se plaindre du peu de place accordée aux artistes français ou aux nouveaux talents qu' elles peuvent promouvoir , elles ne récoltent que ce qu' elles ont semé à coup de marketing . " Au CSA , on garde une certaine attention à la diversité . En témoigne l' attribution de fréquence il y a quelques mois sur Paris à " Radio Néo " ( 95.2 FM ) , une radio associative 100 % nouveautés francophones : " On s' est lancé pour offrir une place importante à une production francophone sous-représentée dans un paysage radiophonique sclérosé " , explique le président de l' association , Stéphane Paris . Souvent comparée à Fip , Radio Néo diffuse " des productions françaises en n' importe quelle langue , des groupes étrangers qui chantent en français et des artistes francophones . On a environ 450 titres par semaine , avec 250 artistes différents . L' autre critère , c' est le disque d' or . Quand Saez et Sergent Garcia ont reçu le leur , on les a retirés de la playlist " . Quant aux autopro , " on en diffuse entre 10 et 15 % . Au point que certaines radios privées recevant nombre de maquettes conseillent aux artistes de s' adresser à nous ! " Au-delà des partenariats et autres tremplins ( Le Printemps , les Chorus des Hauts-de-Seine , le MCM Café ... ) , Radio Néo compte " mettre en place des petits-déjeuners professionnels afin que jeunes artistes et maisons de disques se rencontrent " . Alors cessez de fredonner inlassablement comme un Mick Jagger rayé " I can't get no satisfaction " . La diversité musicale , c' est comme La lettre volée d' Edgar Allan Poe : elle est sous nos yeux et nous ne l' avons pas vu . Il suffit de tourner le bouton . Et de tendre l' oreille .