L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_C_201203.html
Texte:
Manifestes pour un cinéma " sans auteur " En conclusion de son cycle consacré au bonheur , l' association Documentaire sur grand écran revient en quatre films sur l' oeuvre essentielle et méconnue du québécois Pierre Perrault . " L' acte finalement , c' est la parole " , avait dit Jean Rouch à propos de l' un films angulaires du cinéma direct , Chronique d' un été , tourné avec Edgar Morin à l' orée des années soixante en expérimentant les possibilités offertes par les caméras portées à son synchrone . Toute l' oeuvre du documentariste québécois Pierre Perrault ( 1927 - 1999 ) qui fut , avec son compatriote Michel Brault - participant de l' aventure rouchienne précitée - une figure essentielle du cinéma direct , pourrait tenir entre les deux termes de cette formule , lui qui a su inventer un langage filmique qui épouse le rythme et la structure du verbe . Celui de ces Canadiens français , dont la culture lui apparaissait comme assiégée par " l' impérialisme anglo-américain " qui avait condamné l' identité québécoise à " un silence séculaire " qu' il lui fallait " défricher " . Le cinéma de Pierre Perrault , infatigable arpenteur , " caméra-mage " de l' identité québécoise venu au cinéma après des études de droit et un séjour radiophonique prolongé en tant qu' auteur à Radio-Canada , est donc né d' une rencontre entre des personnages et leur médiateur . Comme le cinéaste l' écrit lui-même à propos de son premier film en forme de coup de maître , Pour la suite du monde ( 1962 ) , " l' un est venu à l' image par le verbe . L' autre , au verbe par l' image " . Dans cet opus , le premier du cycle consacré aux habitants de l' île aux Coudres vivant à l' embouchure du fleuve Saint-Laurent , c' est la relance , lors d' une conversation , du sujet de la pêche légendaire au marsouin qui provoque sa reprise , trente ans après son abandon par les insulaires . Déjà , tout l' art de Perrault se déploie : captation in situ de la parole , de cette " viande crue , ce langage en haillons " , comme il aimait le répéter , et mise en images de son pouvoir performatif , complexité du montage où alternent des plans de durée très diverses , va-et-vient de la caméra qui colle à la peau des protagonistes ... L' important pour Perrault , en définitive , étant de travailler à l' image , l' écart entre le mythe d' une communauté et la réalité de son existence au présent , et ce faisant de croiser les temps , comme le suggère la récurrence des plans où les générations d' insulaires se succèdent au cours de la préparation / résurrection de la pêche oubliée . Et les " harts " que les hommes fichent dans le sol vaseux pour piéger le poisson deviennent devant l' objectif du cinéaste autant de signes tangibles qu' une communauté dresse pour rejouer son histoire , les soubassements d' une scène " primitive " où elle se refonde dans l' espace du film . Vingt ans plus tard , Perrault réalise la Bête lumineuse ( 1982 ) . Le dispositif n' a pas changé . Les plans séquences épousent les joutes verbales des personnages , partis chasser l' orignal une semaine durant , au coeur de la forêt . Mais au lieu de les saisir dans la traque de l' animal - rituel immémorial , Perrault choisit de capter les chasseurs dans le huis clos de leurs longues beuveries nocturnes , qui deviennent le vrai rituel , celui où le langage permet le partage du monde , sa mise en commun comme sa représentation . Si la Bête lumineuse constitue l' ultime accomplissement de la vision de Perrault , l' horizon indépassable de son goût inaltéré pour cette " viande crue " qu' il recherchait , ce film est également un psychodrame quasi clinique où se jouerait l' imaginaire québécois à travers la chasse , la forêt ou la convivialité paroxystique . On y atteint , en outre , un point limite : à la réalité qu' il montre , aux images sans séduction d' une communauté virile et ivre , le cinéma , en définitive , ne peut rien arracher ni imposer , c' est au spectateur de se frayer un chemin dans la convulsion filmique . C' est peut-être en définitive , ce que Pierre Perrault entendait en soutenant qu' il avait toujours tourné des films " sans auteur " . Une position à laquelle il serait souhaitable de réfléchir à l' aune de la polémique récente déclenchée par un instituteur que son apparition à l' écran a fait brusquement passer à la postérité . Rétrospective Pierre Perrault . Dimanche 21 décembre à partir de 11 heures au Cinéma des cinéastes , 7 avenue de Clichy , 75017 Paris ( métro Place-de-Clichy ) Renseignements : 01 53 42 40 20 .