L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_C_210102.html
Texte:
ÉTEIGNEZ VOS PORTABLES LA CHRONIQUE THÉATRALE DE JEAN-PIERRE LÉONARDINI Entre tragique et comique on peut faire ses contes D' August Strindberg ( 1849 - 1912 ) , titan frénétique des lettres suédoises , père nourricier du théâtre moderne , Kafka écrivait ceci : " Je me sens mieux parce que je l' ai lu , je le lis pour me blottir contre sa poitrine ( ... ) L' énorme Strindberg . Cette rage , ces pages gagnées à la force du poing . " Comment mieux dire ? Ils traversent ensemble la " forêt défendue " et rencontrent Fabienne Luchetti , aussi épatante en fille d' ogre nommée Boustifaille qu' en fée déguisée en grenouille . Parfait connaisseur de Strindberg , Jean-Pierre Rossfelder a mis en scène la Danse de mort Jusqu'au 23 janvier au Studio-Théâtre de la Comédie de Béthune , tél . rés. : 0826 802 600 .. Jusqu'à la servante ( Maïa Commère ) qui les quitte . Il leur faut un témoin , un faire-valoir , un arbitre impliqué de force . Ce sera Kurt ( Denis-Léger-Milhau ) , ami commun perdu de vue . Le plus grand dépouillement est à l' oeuvre sur la scène . Une chaise , un fauteuil . Si Alice est censée être au piano , Agathe Alexis fait simplement mine d' en jouer en agitant ses doigts . Toute graisse naturaliste ôtée , il ne reste que les nerfs et les muscles du dispositif pervers qui constitue l' intrigue . Rossfelder met à nu le terrifiant squelette de la Danse de mort . Mise en péril de tout l' être Cela suppose , pour les interprètes , une mise en péril de tout l' être à chaque instant . Aucun point d' appui , aucun répit , la tension s' avère constante . Quelque chose de l' ordre d' une chorégraphie corporelle , pour un duo d' âmes noires inscrites a giorno sur fond gris ( décor de Muriel Trembleau , qui signe aussi les costumes ) . Si Durand est admirable dans le registre grave , décomposant chaque geste , modulant chaque intonation , devenant à lui-même sa propre marionnette humaine , Agathe Alexis brille dans l' aigu , l' arête vive , la perfidie dansée et comme sifflée , enjôleuse , serpentine . Une telle harmonie entre acteurs dans la peinture de la détestation , c' est très rare . Tant d' excellence dans l' art devrait alerter les négociants du théâtre public , si enclins à rester dans l' entre soi confortable , mais peut -on encore les atteindre ? Ce serait pitié qu' un acte théâtral aussi accompli achève son cours à Béthune et n' aille pas plus loin . C' est pétant , même à l' oral Du tragique au comique , il n' y a qu' une distance focale . S' attaquant à la Marmite , de Plaute ( 254 - 184 avant J . - C. ) , Brigitte Jaques-Wajeman en fait gicler toutes les sèves , avec le concours de la latiniste Florence Dupont , qui en fournit une traduction neuve , pétante , apte à l' oralité , bref , carnavalesque à l' usage actuel Au Théâtre de la Tempête , jusqu'au 17 février , tél . loc. : 01 43 28 36 36 .. La pièce inspira Molière pour l' Avare . Euclion garde son or dans une marmite . Il redoute tellement qu' on le vole que ça arrive . Un esclave la lui chauffe , tandis qu' échoue le mariage de la fille du ladre avec un riche voisin , laquelle a été violée , et engrossée , par le neveu de ce dernier ... L' interprétation des neuf comédiens ( ils tiennent aussi les rôles de femmes , comme dans la Rome antique ) , trépidante , farcesque , histrionique ( rappelez -vous , dans le Satiricon de Fellini , d' après Pétrone , l' histrion à queue fourchue qui , juché sur une table , cultive l' obscénité en orfèvre ) emporte le morceau haut la main , dans une adresse perpétuelle au public . Marc-Olivier Dupin a composé une partition frappante qui ponctue en direct ( grâce au percussionniste Gabriel Benlolo ) les saillies verbales et les scabreuses postures acrobatiques de tous . Cela s' approche au plus près , dans notre langue , de ce que pourraient produire , dans le genre , des Napolitains . Ce n' est pas un mince compliment . Pot-pourri de contes fameux Un théâtre qui rouvre , ça se fête . Désormais directrice artistique du TEP , Catherine Anne , avec Ah là là ! quelle histoire Jusqu'au 25 janvier , tél . rés. : 01 43 64 80 80 . , qu' elle a écrit et mis en scène , parie sur l' avenir , puisque cela s' adresse à " tout public à partir de six ans " . C' est un pot-pourri aménagé de contes fameux ( du Petit Poucet à Peau d' âne entre autres ) , dialogué en vers familiers , qui narre les aventures de Pouce-Pouce ( " tout petit , tout malin " , Thierry Belnet ) et de Petite-Peau ( " princesse enfant qui fuit le désir du roi son père " , Stéphanie Rongeot ) .