L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_E_040403.html
Texte:
L' Équité , oui , mais par le haut ! ( L' entreprise de séduction savamment orchestrée depuis de longs mois sur le " chantier prioritaire " des retraites trébuche ) Les opérations de déminage du gouvernement font de moins en moins illusion . La réussite de cette deuxième journée interprofessionnelle de mobilisation pour défendre le droit à la retraite en est une flagrante démonstration . L' ampleur des cortèges a dépassé toutes les estimations , en dépit de l' absence de la CFDT . Jean-Pierre Raffarin a eu beau hier soir s' échiner à regarder " la France d' en bas " dans les yeux , l' entreprise de séduction savamment orchestrée depuis de long mois sur le " chantier prioritaire " des retraites trébuche . À se frotter à " l' art de mentir à propos " , selon la formule de Voltaire , la politique s' y pique . Les manifestants ont dénoncé tout haut ce que Raffarin , Fillon et le MEDEF espèrent tout bas : décocher une flèche empoisonnée dans la solidarité entre les générations et individualiser au maximum les couvertures sociales , la retraite , comme la santé du reste . Le gouvernement devrait avoir l' honnêteté de dire la vérité sur son projet . La retraite à 60 ans ? Finie . Pour bénéficier d' une retraite à taux plein , il faudra s' user au boulot jusqu'à 65 ou 70 ans , cotiser 40 années dans un premier temps , puis 42 ou 43 ans , probablement dès 2008 . Un pouvoir d' achat qui permet de profiter de ses vieux jours ? Fini . Ce que les tenants de la réforme libérale imaginent pouvoir mettre en place , peut-être au beau milieu de l' été , c' est , ni plus ni moins , un mécanisme nouveau de calcul des droits . Pour s' assurer un revenu décent , il faudra avoir épargné durant sa vie active , c' est-à-dire capitaliser , donc financer sa propre retraite , ce qui compromet sérieusement le système par répartition . Et cette pilule amère devra s' appliquer au secteur public comme au secteur privé . Cette " égalité " promet à tous les salariés d' être les perdants de la réforme . C' est cela qui se cache derrière la doucereuse formule " d' équité " chère au gouvernement . Voilà , peut-être , qui explique une opinion publique largement solidaire de cette nouvelle journée d' action . Un sondage , publié hier par le Parisien , révèle que les Français sont 72 % à soutenir ou éprouver de la sympathie pour le mouvement . Les libéraux ont tout fait pour diviser , pour mettre en concurrence les " désavantagés " du secteur privé contre les " privilégiés " du secteur public et faire avaler que la seule option qui vaille s' appelle 40 années de cotisation pour tous . Les salariés du public sont les premiers ciblés . Pas étonnant qu' ils soient les plus nombreux à être descendus dans les rues . L' équité oui , mais par le haut , clament -ils . Plus les jours passent , plus les desseins du gouvernement pour les salariés de la fonction publique pourraient se résumer en une formule : tout ce qui est arrivé au privé avec la " réforme Balladur " va leur tomber dessus . Les clameurs d' hier , celles encore nombreuses à venir rappellent avec fracas combien les inquiétudes sociales restent sur le devant de la scène . Le sondage du Parisien révèle aussi que 53 % des Français considèrent que le premier ministre ne les écoute pas assez . Le vernis " Raffarin , porte-parole de la de la France d' en bas " , commence à craquer .