L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_E_040702.html
Texte:
Le marchand de sable La nouvelle équipe au pouvoir , qui dispose sans partage de tous les instruments de l' État , marche sur des oeufs . " Les peuples ça existe , et ça résiste " , avait confié un jour le général de Gaulle . la déclaration de politique générale du premier ministre , prononcée hier à la tribune de l' Assemblée nationale . Elle avait d' ailleurs été auparavant lue à haute voix à ses proches , par Jean-Pierre Raffarin lui-même , comme un débutant en art dramatique , et l' élève avait soumis sa copie à son maître Jacques Chirac , on ne sait jamais ... Ce luxe d' attention , de précautions et de prudence en dit long : la nouvelle équipe au pouvoir , qui dispose pourtant sans partage de tous les instruments de l' État , marche sur des oeufs . Elle est politiquement craintive . En témoigne la longue dissertation liminaire consacrée par le chef du gouvernement au " nouvel humanisme français " , que ne renierait aucune des familles de pensée de notre pays : ces considérations générales et abstraites relèvent de ce que Karl Marx appelait ironiquement " les grues métaphysiques " . Bref , on pouvait se demander , au terme de son exercice , si M. Raffarin ne relevait pas de la catégorie des premiers ministres marchands de sable : " Bonne nuit les petits ! " , c' est leur devise . Il est vrai que le style botté à la hussarde de M. Juppé a laissé des souvenirs cruels , encore vifs dans ce camp -là . Mais " les petits " vont avoir à se réveiller rapidement , si tant est qu' ils dorment . Sous la pommade des mots , la droite : la droite est toujours la droite . Elle n' a rien à refuser à ces trois pouvoirs qui sont les vrais maîtres du jeu : la Bourse , le MEDEF et la Commission de Bruxelles . Il est tout à fait significatif que le propos , pourtant fort copieux de l' homme de Matignon , ait ignoré les oukases implacables et permanents des marchés financiers ( tiens , tiens , M. Messier , connais pas ? ) , l' orgie d' argent dans laquelle baigne " la France d' en haut " ( tiens , tiens , cette expression -là , déjà passée à la trappe ? ) , ou le garrot du pacte de stabilité : inconnus au bataillon ! Par contre , même assortis d' infinis ménagements de vocabulaire quelques projets montrent le bout de leur vilain nez : " La démocratie sociale " aussi , et , ça a mal commencé : les partenaires sociaux ont été mis devant le fait accompli à propos du SMIC , selon le bon vieux principe , " cause toujours " ... Notre pays est la proie d' un engrenage de crises qui , à la fois se succèdent et s' accumulent : il va mal économiquement , socialement et moralement . Il est à la recherche d' une espérance nouvelle : elle ne sera pas au rendez -vous de M. Raffarin . On s' en doutait : maintenant on le sait . Donc , une escouade d' experts , de penseurs et de rédacteurs en tous genres s' est épuisée jour et nuit , dit -on , à accoucher de cet immortel chef-d'oeuvre : M. Raffarin va certainement l' apprendre plus vite qu' il ne croit .