L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_E_120202.html
Texte:
Le passé et le pouvoir Évidemment personne n' est tombé de l' armoire , et la nouvelle n' a pas provoqué le moindre drame cardiaque dans le bocal politique : il y a un bon moment déjà que l' on pouvait lire à l' avance comme dans un livre l' intention de Jacques Chirac de se succéder à lui-même à la tête de l' État . En se déclarant hier à Avignon , le président sortant comme on dit accélère le mouvement : est -ce le signe que quelques sombres nuées s' accumulent ici et là qui pourraient constituer une menace pour son ambition ? On a comme le sentiment que le candidat Chirac et ses amis marchent sur des oufs , et ne s' estiment guère assurés du comportement de leurs propres électeurs . Quoi qu' il en soit , la campagne va enfin entrer dans le vif du sujet , et certains vont devoir renoncer à l' idée saugrenue que l' élection présidentielle n' a qu' un tour , le second ! Jacques Chirac a trois handicaps : le passé , qui lui colle à la peau comme une tunique de Nessus ; le pouvoir , le pouvoir pour lui-même , dont il est hanté et qui le hante ; la droite enfin , son propre camp , dont les personnages , les idées et les déchirements à répétition détournent en partie l' opinion publique de la vie politique . Il faut en effet avoir la foi du charbonnier pour avaler les couleuvres du passé de Jacques Chirac : on ne retiendra en passant de cette si riche chronique que le désastre politique de la dissolution de l' Assemblée nationale le 21 avril 1997 qui entraîna la déconfiture de la droite ; ou le bruit que font les " casseroles " de toutes sortes accrochées aux basques d' une si longue carrière ; ou , et c' est plus grave encore , la véritable escroquerie à " la fracture sociale " dont le candidat Chirac fit ses choux gras en 1995 avant que , en un tournemain , le président Chirac ne retourne sa veste et n' abandonne les victimes de " la fracture " à leur propre sort . On se permet d' ailleurs à ce sujet d' attirer l' attention trop négligente de certains candidats : un observatoire national a révélé qu' en 5 ans ( les années de croissance ! ) l' étiage de la pauvreté n' a pas reculé d' un pouce et que plus de 4 millions de personnes vivent avec moins de 538 euros ( 3 500 francs ) par mois , alors que les revenus des grands patrons ont progressé de 36 % en 2001 et atteignent de 400 à 500 fois le SMIC ! Beau sujet de méditation dans les semaines à venir pour ceux qui ont tenu les commandes ... Et puis Jacques Chirac hante les allées ou les temples du pouvoir politique depuis plus de 40 ans . Au fond son programme - et il n' en a pas l' exclusivité - est simple : le pouvoir ! Et il l' a exercé , l' exerce et l' exercerait du point de vue de ceux qui sont les maîtres de l' autre pouvoir : le pouvoir des grands brasseurs d' affaires . Il n' a rien retenu du mot cruel du général de Gaulle - mais ce n' est pas une découverte : " Les possédants sont possédés parce qu' ils possèdent . " Il n' est d' ailleurs pas le seul : d' autres , à gauche , sont sensibles à ces sirènes -là ... qui n' ont qu' une bible : le libéralisme . En définitive , Jacques Chirac pourrait incarner à la fois la République de Rastignac , de Machiavel et de Crésus . " Vous voulez un maître ? Vous l' aurez " : cette apostrophe pourrait ramasser l' esprit de l' élection présidentielle depuis qu' elle existe . Pour les communistes , l' apostrophe qu' ils adressent aux citoyens est aussi simple : " Vous êtes les maîtres , affirmez -le ! " .