L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_E_201202.html
Texte:
Table rase ( Le gouvernement presse le pas des " réformes " pour accélérer la déstructuration du paysage social . Le plus vite possible . ) Ces temps -ci , une question plus ou moins non-dite taraude la plume de certains commentateurs politiques . Puisqu' elle n' est pas dénuée de perspicacité , livrons -la telle qu' elle se pose : les Français ont -ils vraiment pris conscience de l' ampleur régressive des réformes menées actuellement par le gouvernement ? Aussi incongrue ou dérangeante qu' elle puisse paraître , l' interrogation n' a rien d' une plaisanterie et l' on aurait tort de regarder avec candeur le travail législatif des députés , des sénateurs et du gouvernement réunis . L' avalanche de mauvais coups sociaux est au moins aussi comparable - sinon plus - à l' activité certes débordante du gesticulateur médiatique Nicolas Sarkozy ... et les Français semblent sinon endormis , du moins touchés d' une espèce d' apathie . Comme s' il fallait attendre d' en voir plus pour réagir vraiment . Sauf que le danger est quotidien . Pendant un temps , le gouvernement a nourri les nouveaux poussins-députés de l' UMP à la becquée de la sécurité , sommés de relayer le message . Mais , à l' approche de l' hiver , cela ne leur suffit plus . Alors , pendant qu' on attire les regards de nos concitoyens sur le ministre de l' Intérieur , les textes de lois défilent , les amendements s' additionnent , les décisions se prennent et , chaque jour un peu plus , le paysage social de la France bascule dans le chaos ultralibéral . Qu' on en juge ! En quelques mois à peine , Jean-Pierre Raffarin et son gouvernement , sans les concertations annoncées et aidés par des valets de sénateurs réacs ou des patrons-députés réunis en groupe de lobbyistes et d' actionnaires du braquage social , ont déclaré la guerre à l' emploi , aux services publics . Ils ont cassé la loi de modernisation sociale , les 35 heures , la durée légale du travail , les emplois-jeunes . Ils ont taillé dans les effectifs de l' Éducation nationale . Ils viennent d' abroger la loi Hue instaurant le contrôle de l' usage des fonds publics par les entreprises . Ils refusent que le peuple se prononce sur la décentralisation . Ils évoquent , au nom des " réformes " et de la " modernité " , une assurance maladie à deux vitesses , un service minimum , une libéralisation de l' énergie , de réforme de l' ISF . Ils donnent des coups de canif dans la CMU , dans l' APA . Ils lancent les privatisations du Crédit lyonnais , de France Télécom , d' Air France , préparent celles des Autoroutes de France , de Bull , de la Caisse nationale de prévoyance , de Dassault Systèmes , d' EADS , d' EDF , de GDF , de Renault , de Thomson multimédia , etc. Et ils semblent décidés à aborder le dossier qui a fait tomber Alain Juppé et que Lionel Jospin a refusé de traiter , les retraites , à propos desquelles desquelles le ministre des Affaires sociales , François Fillon , a parlé d' " espace du sacrifice " ! Un vrai catalogue des horreurs . À ce rythme , ce n' est plus de la frénésie , ni de l' emportement proche de l' overdose . Mais de la précipitation . Et elle n' est pas sans raison . Hanté par le spectre de l' hiver 1995 , Raffarin tente de s' appuyer sur un climat plutôt favorable pour jouer de rapidité , l' une de ses armes maîtresses . Avec le soutien inconditionnel du MEDEF , qui bataille depuis trois jours pour une UNEDIC au rabais , Raffarin s' emploie à la fois à reconstituer un ensemble de " valeurs idéologiques " pour servir de fil de plomb à son action , tout en pressant le pas pour accélérer la déstructuration du paysage social et franchir le plus rapidement possible ce que les hussards droitistes considèrent comme un " point de non retour " . Hégémonique , la droite éprouve ainsi un sentiment de toute-puissance dont elle devrait se méfier . Car le moral des Français est en baisse et huit personnes sur dix anticipent une recrudescence de conflits au cours des prochains mois . Dans des millions de têtes , l' inquiétude continue de grandir . La précarité s' étend . L' apparente tranquillité de cette fin d' année n' est peut-être qu' un leurre inconscient . Les Français laisseront -ils faire encore longtemps ? Voir .