L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_E_280203.html
Texte:
La mèche ( L' ambassadeur américain à Paris somme à la France de choisir son camp . Une arrogance qui en dit long sur les objectifs de la guerre en Irak . ) Après un double échec cinglant , essuyé mi-février au Conseil de sécurité et dans les opinions publiques mondiales , les États-Unis sont passés à la contre-offensive . Elle tourne depuis hier à plein régime . Le président américain a changé de terrain de manoeuvres . Plus question de désarmement de l' Irak , George W. Bush vend la mèche , et ce qui était un secret de polichinelle devient l' objectif clairement affirmé . Il s' agit ni plus ni moins de renverser le régime irakien , pour installer à sa place un dirigeant ayant l' aval de la Maison-Blanche . Mais c' est plus encore que cela . Ce changement de régime poursuit un second objectif : l' installation durable des troupes et des intérêts américains en Irak et dans toute la région . " Nous resterons en Irak aussi longtemps que nécessaire " , les mots de George W. Bush lèvent toute ambiguïté . Dénonçant la dictature irakienne , les États-Unis brandissent le drapeau de la démocratie . Ils se présentent en " libérateurs " . Mais quel crédit accorder en la matière à ces dirigeants américains qui imposent en ce moment à leur pays le retour d' un maccarthysme féroce ? Comment oublier leur conception démocratique à géométrie variable , selon que les régimes en place se montrent dociles ou résistants à leur hégémonie ? Comment croire un seul instant leur promesse de liberté , quand , un an après la " libération " de Kaboul , l' Afghanistan souffre encore et toujours sous le joug des seigneurs de guerre ? La démocratisation , ô combien nécessaire , de l' Irak n' est sûrement pas au bout de cette politique de la canonnière . Pour donner le change , George W. Bush tente bien aussi de ressortir des oubliettes , où il l' avait lui-même jetée , la perspective d' un État palestinien . Mais là encore , comment le croire ? Le monde entier sait fort bien que la politique criminelle de Sharon est menée avec l' assentiment du président américain . George W. Bush aura tout de même beaucoup de mal à nous convaincre que l' envahissement de l' Irak soit une des conditions de l' apaisement des tensions en Palestine . Ne s' embarrassant plus des prétextes de désarmement jusque -là avancés , Washington frappe donc de plus en plus dur pour justifier son expédition militaire . Pour pouvoir déclencher la déferlante des B52 et des GI sur l' Irak , la Maison-Blanche organise un véritable bombardement politique de tous les membres du Conseil de sécurité qui s' opposent à la guerre . Pour obtenir le vote de la seconde résolution , les États-Unis menacent tous les opposants à la guerre de rétorsions . Le Pakistan , le Mexique , le Chili ... sont dans le collimateur . L' ambassadeur américain en France , Howard H. Leach , décrète dans un point de vue à la une du Monde que " l' heure du choix sonne pour Paris " et fait du chantage : " La prise de position de la France pourrait avoir des répercussions pour longtemps . " Au même moment , Condoleeza Rice , conseillère à la sécurité du président américain , parle de " conséquences durables sur l' organisation des Nations unies " en cas de refus de la résolution américano-britannique . Cette arrogance inacceptable en dit long sur les objectifs de la guerre en Irak . Elle invite non pas à fléchir , mais à résister jusqu'au bout aux pressions exercées . La France ne devra pas reculer devant l' utilisation du droit de veto si son usage s' avère nécessaire . Mais tant qu' il est possible de maintenir une majorité de paix au Conseil de sécurité , la priorité est là . La Russie et la Chine ont réaffirmé hier dans une déclaration commune que la guerre " pouvait être évitée " . Le meilleur antidote aux pressions américaines reste la mobilisation permanente et internationale des peuples . Quoi qu' il cherche à en laisser paraître , Bush n' a toujours pas toutes les cartes en main .