L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_E_280703.html
Texte:
L' " effet centenaire " L' exceptionnel intérêt sportif a été à la hauteur de l' anniversaire du Tour de France . Sans oublier le reste . Du point de vue cycliste , posons la question : la classe et le talent ont -ils un sens ? Tous les spécialistes répondent catégoriquement oui . Du point de vue philosophique , poussons la question : " Le meilleur gagne -t-il toujours en sport ? " Même les néophytes peuvent répondre tout aussi catégoriquement : non . Alors , osons la seule question qui hante tout le monde après ce Tour de France du centenaire : Lance Armstrong est -il un grand vainqueur ? La réponse la plus entendue ces derniers jours , un rien désenchantée dans certaines bouches , parfois sur un ton plus énervé , s' impose : " Oui , puisqu' il en a gagné cinq ! " Quoi qu' on fasse désormais , qu' on y croie ou pas , qu' on s' interroge sur la légitimité ou non de ses performances ( et celles de quelques autres ) , qu' on ne croit pas en la résurrection d' un malade du cancer que les médecins avaient condamné , qu' on aille jusqu'à se demander si le sport cycliste en général ne s' est pas transformé en un théâtre désarmé , en une page blanche froissée d' une humanité de contrebande , rien n' y fait et rien n' y fera : l' Américain est devenu depuis hier un héros légendaire entré plus ou moins par effraction au panthéon du sport cycliste . Il a rejoint Jacques Anquetil , Eddy Merckx , Bernard Hinault et Miguel Indurain . Comme le dit le Cannibale : " L' an prochain , il pourrait bien mettre tout le monde d' accord ! " Et pourtant vous savez quoi : Armstrong ne sera jamais ni Fausto Coppi , ni Gino Bartali . Et il ne le sait pas . Malgré l' immense succès populaire du Tour cette année et un intérêt sportif assez exceptionnel , digne en tous les cas des Tours 1989 ( LeMond-Fignon ) ou 1964 ( Anquetil-Poulidor ) , le cyclisme continue de traverser une crise latente que , cette année au moins , nous avons plus ressentie que vue les yeux en face . L' " effet centenaire " , sans doute , et tant mieux : trois semaines de compétition haute fréquence , de rebondissements fabuleux , de défaillances , de renversement , de chutes , d' abandons et de batailles de chronomètre . Magnifique assurément . Au fond , que nous dit ce Tour 2003 ? Une chose assez simple : si l' épopée n' est plus la même , et pour cause , l' histoire reste grande quand les hommes le décident . Et eux seuls . Cette Grande Boucle nous aura presque fait oublier que le mythe vit plus par ses souvenirs que par ce qu' il est devenu . C' est dire ! Henri Desgrange , " père " du Tour de France , voyant s' élancer ses gaillards le 1er juillet 1903 de Montgeron , devant le très célèbre Réveil Matin , n' imaginait pas que sa prophétie se réaliserait - cent ans plus tard . Il avait pourtant vu juste . Le Tour est devenu une " grande chose qui nous dépasse " et souvent dépasse le peloton lui-même . Une course étrange et folle qui imprime à la mémoire , non sans turbulences , autre chose qu' une simple épopée de champions , une histoire à part entière qui substitue à nos regards un monde qui s' accorde à nos désirs d' exploits humains . Même si , avec le temps et la commercialisation à outrance , le Tour lui-même s' est défait de son caractère onirique et poétique , pour devenir une machine à spectacle où , chaque jour à la télévision , on peut lire l' essence générale du sport : un modèle réduit du capitalisme qu' incarne à merveille Lance Armstrong . N' est -il pas le " produit " du processus complexe de la " spectacularisation " mondialisée du sport ? Une image magnifiée de l' homme-champion revenu de la mort par on ne sait quelle super-médication ? Une icône connue par 72 % des Américains , alors que seulement 1 , 5 % d' entre eux l' ont " réellement " vu en course sur leur petit écran ? Voilà sans doute une partie de l' envers du décor . Sans parler du reste . Ces préparations scientifiques dont on suit quasi quotidiennement ( par le milieu ) les " progrès " . Ces traficotages de sang , aussi , hétérotransfusion et autotransfusion , qui feraient fureur dans les équipes les plus riches et qui tendraient à se généraliser chez les leaders . D' ailleurs , certains se demandent pourquoi et comment le record de la moyenne générale a été pulvérisé cette année alors que , " officiellement " , depuis 1998 , le dopage régresse . Est -ce seulement l' " effet centenaire " ?