L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_E_281002.html
Texte:
Moscou croit aux larmes ( La stratégie de Vladimir Poutine , si elle lui assure toujours une cote record de popularité en flattant son image d' homme à poigne résistant au chaos , s' avère un échec sanglant . ) " Nous avons prouvé qu' il est impossible de mettre la Russie à genoux . " Telle était peut-être la phrase qu' il fallait retenir de l' adresse télévisée de Vladimir Poutine à ses concitoyens , samedi , après l' assaut du théâtre . Certes , le président russe , les larmes aux yeux , n' avait pas oublié les paroles compatissantes à l' égard des familles de victimes . " Nous n' avons pu sauver tout le monde . Pardonnez -nous " , a -t-il déclaré . Et le bilan de cette effroyable opération terroriste fait froid dans le dos . Autour de 120 morts parmi les otages , entrés dans ce théâtre tout au plaisir de découvrir une comédie musicale en vogue . Sans doute n' y avait -il aucune autre issue que cet assaut des " spetsnaz " au petit matin , alors que des membres du commando tchétchène , la main sur les détonateurs , s' étaient ceinturés de pains d' explosifs . Peut-être des otages avaient -ils commencé à être exécutés ... Peut-être . Même si personne n' échappe au sentiment d' une mise en scène devant les premières images du dénouement et à un doute sur la résolution de Vladimir Poutine à obtenir une solution moins meurtrière . Le président s' était hissé sur le pavois de toutes les Russies en affichant sa fermeté face aux Tchétchènes . Fermeté et brutalité , avec un cortège d' exactions à Groznyï et ailleurs , de laisser-faire du racisme à l' encontre des Caucasiens , de refus d' entendre l' aspiration séculaire de ce peuple à disposer de lui-même . Hier , " force est restée à la force " semblent proclamer les autorités moscovites qui ont enclenché de nouvelles opérations contre les camps de réfugiés tchétchènes en Ingouchie , resserrent encore l' étau qui broie Groznyï et affichent l' intention de mettre au pas la presse qui s' inquiète de l' enlisement dans le Caucase . Reste que la stratégie de Vladimir Poutine , si elle lui assure toujours une cote record de popularité en flattant son image d' homme à poigne résistant au chaos , s' avère un échec sanglant . L' ordre russe ne règne toujours pas sans partage en Tchétchénie , les horreurs qui jalonnent le passage de ses troupes ont jeté des jeunes gens désespérés dans les filets d' un islamisme radical qui , lançant un " viva la muerte " rappelant d' autres fascismes , promet de nouveaux attentats sanglants . La spirale de la terreur tourne et tourne . Russes et Tchétchènes en seront les victimes . Moscou avait négocié ses mains libres dans cette république pour prix de son adhésion à l' opération afghane des États-Unis . C' est ce même climat de crainte du terrorisme sur lequel joue son président en tentant hier d' interdire la tenue au Danemark d' une réunion européenne sur la Tchétchénie . Les bénédictions américaines ne lui manqueront pas pour peu qu' il s' accommode des velléités guerrières de George Bush à l' encontre de l' Irak . Les larmes de la population moscovite pleurant ses morts brouilleront -elles les voix de la raison ? Si tel est le cas , d' autres carnages sont à craindre .