L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_F_041202.html
Texte:
France Télécom La stratégie suicidaire du groupe public à l' international Étouffé par une dette de près de 70 milliards d' euros , contraint de verser l' an dernier 5 milliards d' euros en remboursements aux banques et en versements aux marchés financiers , longtemps envié du monde entier comme vitrine des valeurs technologiques de communication , France Télécom se retrouve aujourd'hui dans une situation catastrophique . C' est la conséquence d' une politique dominée par les marchés financiers dans un contexte européen où , dans le secteur public des communications , la déréglementation a éliminé toute possibilité de coopération au profit d' une guerre économique sans merci . Ainsi , c' est à partir de 1997 que la question de l' endettement de France Télécom s' est posée , en liaison directe avec l' ouverture de son capital et son expansion internationale . En 1995 , l' activité internationale du groupe public français ne pesait que pour 2 % dans son chiffre d' affaires , six ans plus tard , en 2001 , elle était multipliée par 18 , pour atteindre 36 % . Cette part a encore augmenté au premier semestre 2002 . On peut donc estimer qu' en 2003 l' activité internationale du groupe représenterait plus de la moitié du chiffre d' affaires , avec notamment la consolidation de TPSA en Pologne . Énorme . C' est ainsi que depuis 1996 le chiffre d' affaires de France Télécom est passé de 23 milliards d' euros à 43 milliards , soit 88 % de plus . Pour mémoire , de 1998 à 2001 , France Télécom a racheté le cablo-opérateur britannique NTL pour 8 milliards d' euros , puis Equant , le réseau des multinationales pour 2 , 9 milliards d' euros , l' opérateur polonais TPSA pour 4 milliards d' euros , l' opérateur allemand Mobil Com , dont le groupe public français se désengage progressivement mais qui aura coûté à l' achat 3 , 7 milliards d' euros . Il y a eu également l' achat du britannique Orange , mais également une série de rachats dans de nombreux pays , comme l' acquisition de Wind en Italie ou Casema aux Pays-Bas . En menant ces opérations , France Télécom s' est comporté comme un prédateur , à cent lieux d' un processus de coopération qui aurait contribué à un aménagement des territoires cohérents ou au développement économique et social des pays où le groupe français s' implantait . En effet , chaque acquisition a donné lieu à des plans de rationalisation avec des investissements très ciblés pour générer du cash . France Télécom s' inscrivait essentiellement dans ces opérations pour conquérir des marchés avec une volonté d' expansionnisme financier . L' exemple de TPSA est flagrant , France Télécom s' est implanté en Pologne en imposant 20 000 suppressions d' emploi . Au total , des dizaines de milliers d' emplois auront été supprimés dans l' ensemble des pays où France Télécom a pris position . Ainsi la fusion de Global One et d' Equant a conduit à 3 000 suppressions d' emploi . Cette stratégie , liée à l' ouverture par deux fois du capital de la maison mère , à une reprise pour Orange et Wanadoo , a fragilisé le groupe , dès lors que toutes ces opérations se sont effectuées par endettement . En effet , on fera observer que les banques françaises ( mais pas seulement , en Pologne ce sont les banques polonaises qui ont mené les opérations ) , prêtaient facilement car , en accord avec les États concernés , elles y trouvaient un intérêt immédiat , d' autant qu' à l' époque les valeurs technologiques étaient portées haut . On était dans une période de soutien inconditionnel des marchés boursiers . Mais patatras ! La bulle Internet , dont on espérait des profits considérables , s' est dégonflée , et puis France Télécom a été confronté au fiasco technologique et politique de l' UMTS dont la technologie était fragile et dont les contenus n' existaient pas . Les investisseurs financiers se sont alors détournés . Le mal était déjà fait avec l' achat d' Orange qui représente aujourd'hui la moitié de la dette . On fera également remarquer qu' au cours de cette longue période d' acquisitions , à la tête de France Télécom , Michel Bon avait les coudées franches . Ni le premier ministre Lionel Jospin , ni le ministre de l' Économie Laurent Fabius , ni le secrétaire d' État à l' Industrie Christian Pierret ne sont intervenus pour modifier ses choix . En fait , pour un gouvernement qui acceptait l' économie de marché , dans un contexte où la spirale européenne était guidée par une déréglementation instaurant une mise en concurrence ravageuse ( confinée à la caricature avec les surenchères ruineuses de l' UMTS ) , à partir du moment où l' opérateur public risquait de perdre des parts de marché sur son propre territoire , le gouvernement l' encourageait de fait à aller chercher des parts de marché à l' étranger , chez des opérateurs déjà existants , d' où les acquisitions . Et ce sont les autorités de régulation mises en place en Europe qui ont organisé cette concurrence et qui étaient même chargées de sanctionner les opérateurs qui s' inscrivaient dans le cadre de la coopération . Cette situation catastrophique incite à réfléchir à des propositions alternatives . Certains s' y sont employés comme , par exemple , la coordination Antiprivatisation pour une alternative de progrès ( CAPAP ) , un groupe de travail mis en place par le PCF . Parmi les propositions de ce groupe on relève notamment non seulement une radicale refonte de l' autorité de régulation des télécoms ( ART ) pour veiller au développement du service public , mais aussi une " indispensable " maîtrise publique et sociale pour un plan de sauvetage permettant le redressement financier , la garantie de l' emploi , la recherche-développement . Tout cela faisant appel aux responsabilités de l' État mais aussi de l' Union européenne , et aux moyens de la Banque européenne d' investissement et de la de la Banque centrale européenne .