L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_I_040803.html
Texte:
Israël . La Knesset vote une loi discriminatoire La Knesset a voté une loi empêchant les Palestiniens mariés à des Israéliens d' obtenir la citoyenneté israélienne . Israël , qui vient d' annoncer que la première phase du mur visant à séparer les Israéliens et les Palestiniens est maintenant terminée ( selon la presse , la deuxième phase devrait être achevée à la fin de l' année ) , a trouvé le moyen de dresser une nouvelle barrière : la Knesset , le parlement , a approuvé jeudi à une forte majorité en dernière lecture un projet de loi empêchant les Palestiniens mariés à des Israéliens d' obtenir la citoyenneté israélienne . La loi a été votée par 53 voix pour , 25 contre et une abstention , à l' issue d' un débat houleux . Des députés arabes israéliens , ainsi que du Hadash ( communiste ) , du Parti travailliste et du Meretz ( gauche sioniste ) , ont qualifié cette loi , passée précédemment en première et deuxième lectures , de " discriminatoire et raciste " . Le député du Hadash , Ahmad Tibi , a dénoncé ce texte " inhumain " . La parlementaire Zeeva Galon a déclaré à la tribune du parlement que " la Knesset va souiller son recueil de lois par cette honte et cette injustice ( ... ) . C' est une loi raciste qui porte atteinte aux droits de l' homme " . Elle a cité l' exemple de " deux frères arabes israéliens de Nazareth dont l' un a épousé une Italienne , qui pourra devenir israélienne , alors que la Palestinienne qui a épousé le deuxième frère ne pourra pas , comme ses enfants , obtenir ce statut " . Le ministre chargé de relations avec le parlement , Gidéon Ezra , a justifié la nouvelle loi en expliquant à la radio publique israélienne que " trente Israéliens ont été tués par des Palestiniens ayant obtenu par mariage la citoyenneté israélienne . Le phénomène a pris des allures incontrôlables , avec plus de 100 000 Palestiniens de Judée-Samarie [ Cisjordanie- NDLR ] et de la bande de Gaza qui ont obtenu une carte d' identité israélienne depuis les accords d' Oslo en 1993 " . Le chef du Shin Beth ( service de sécurité intérieure ) , Avi Dichter , a également plaidé en faveur de ce texte devant le parlement en affirmant que le projet de loi était " vital pour la sécurité d' Israël " . Le ministre de l' Intérieur Avraham Poraz , considéré comme un libéral du parti centriste laïc Shinouï , gêné , a également approuvé la nouvelle législation , mais a voulu se justifier . " J' aurais préféré qu' un tel texte ne soit pas nécessaire , mais il y a des considérations de sécurité dont il faut tenir compte " , a -t-il affirmé . Jusqu'à présent , la loi prévoyait qu' un Palestinien qui épouse une Israélienne , ou vice versa ( qu' il s' agisse de juifs , de musulmans ou de chrétiens ) , pouvait d' abord demander le statut de résident permanent . Ce n' est qu' une fois ce statut obtenu que la citoyenneté israélienne pouvait être réclamée , ainsi que tous les droits sociaux accordés aux Israéliens . Dans la pratique , il en est tout autrement . Bien avant le vote de cette loi , l' administration israélienne a toujours retardé les démarches . Ainsi , contrairement à ce que l' on pourrait penser , le statut de résident permanent était octroyé pour des durées limitées . La situation de Michel , trente-sept ans , un chrétien palestinien de Jérusalem témoigne des multiples situations qui existent , résultante de l' occupation . Michel est né en 1966 , à Jérusalem-Est . Un an plus tard , la ville était entièrement annexée par Israël . Michel est devenu israélien en 1994 . Il avoue honnêtement que " les démarches n' ont pas été compliquées et j' ai eu la nationalité rapidement " . Israël , qui veut faire reconnaître Jérusalem comme sa capitale , veut ainsi montrer que tous les citoyens de Jérusalem sont des Israéliens . Mais en 1995 , Michel se marie à Jérusalem avec Sarah , qui est née et vit à Bethléem . Un simple laissez-passer est accordé à la jeune femme , dont la durée varie arbitrairement . Tout dépend de l' administration militaire de Gush Ezion ( un centre militaire près de Bethléem ) . Une fois il est valable quatre mois puis , au moment du renouvellement on lui accorde seulement un mois . " En 1998 , ils nous ont assuré que cette fois était la bonne . Mais ils n' ont pas tenu leur promesse " , explique Michel . Il se résout alors à faire appel à un avocat pour plaider sa cause , et surtout celle de son épouse , devant la cour . En 2002 , après avoir dépensé 2 000 dollars , les époux obtiennent gain de cause . Sarah est résidente permanente pour un an . Ils sont actuellement en attente d' une prorogation ou , mais ils n' osent l' espérer , un statut permanent de résident permanent ! Mais sans la nationalité israélienne , Sarah ne peut sortir du pays . " La nationalité , on ne va même pas la demander , on connaît déjà la réponse " , précise Michel . Le couple a deux enfants , âgés de quatre et un an . Ils sont inscrits sur la carte d' identité de Michel . Mais il ne sait pas quel sera leur statut à leur majorité . L' avocate Orna Cohen , du Comité pour les droits de la minorité arabe en Israël ( Adalah ) , s' est élevée contre " cette punition collective " . Elle s' étonne : " Vous avez un citoyen israélien qui est Arabe et vous ne lui permettez pas de vivre avec son épouse ? Si ce n' est pas du racisme , alors peut-être faut -il une nouvelle définition . " .