L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_I_050802.html
Texte:
La crise financière et sociale s' étend en Amérique latine La fièvre argentine contamine l' UruguayLes banques sont toujours fermées à Montevideo ; les émeutes de la faim et de la colère se poursuivent . Le FMI tarde à intervenir et ses conditions sont draconiennes . Buenos Aires " La seule chose que l' Argentine peut exporter , c' est sa crise " , ce bon mot est de tous les " chistes " dont sont friands les Argentins , celui qui aujourd'hui prend le tour le plus réel . Longtemps niée par les experts économiques qui se penchent sur le chaos argentin , la " contagion " touche le Brésil et l' Uruguay , les principaux partenaires de Buenos Aires dans le cadre du Mercosur , le marché commun du sud des Amériques . L' Uruguay , que l' on qualifia longtemps de " petite Suisse " , vit depuis une semaine au rythme d' événements reproduisant dans les moindres détails le modèle argentin : sacs de supermarché , " feria bancaire " et mesures de rétention de liquidité par le biais du " corralito " , qui limite l' accès à leurs comptes des clients des banques , nationales et privées . A Montevideo , comme le firent les dirigeants argentins en décembre dernier , le gouvernement de Jorge Battle sert le même discours , fustigeant les " pillards qui veulent déstabiliser l' État " . Et , comme son homologue argentin Eduardo Duhalde , le président uruguayen implore l' aide extérieure . Il semble que , pas plus que les grands organismes prêteurs , FMI , Banque Mondiale , BID , les gouvernants argentins et uruguayens ne peuvent admettre l' échec de l' ultralibéralisme générateur de la pire crise économique et sociale que vivent les pays du sous-continent . L' explosion argentine , il y a sept mois , était prévisible . Mais , Fernando De la Rua , dont le mandat s' acheva le 20 décembre dans le sang d' une brutale répression pour laquelle il doit rendre compte devant la justice , ne voulut pas entendre la colère d' un peuple agressé par la misère , le chômage et l' insécurité . Son successeur , Adolfo Rodriguez Saa , crut pouvoir surfer , une semaine durant , sur la vague factice d' un péronisme démonétisé ; il démissionna , lâché par ses pairs du Parti justicialiste , assourdis par les concerts de casseroles , ces " cacerolazos " que les Portegnes , réinvestissant les rues de la capitale , ont élevé au rang d' institution . Et le 2 janvier , quand Eduardo Duhalde , désigné par le Congrès pour terminer le mandat inachevé , s' installa à la " Maison rose " , les Argentins savaient que la crise ne ferait que s' approfondir . En effet , l' homme , au-dessus duquel duquel sifflent de fortes rumeurs de corruption et d' implication dans différents délits allant de la prostitution à la drogue , en pur produit du " justicialisme " populiste , reste un serviteur zélé des intérêts des États-Unis et des grandes entreprises nationales ou étrangères . Ses génuflexions devant le FMI irritent la sphère politique , au-delà des mouvements de " piqueteros " , ces chômeurs qui coupent les routes , des couches moyennes qui tentent , casserole en main , de récupérer les fonds confisqués par le " corralito " ou des partis de gauche . Depuis plus d' un semestre , l' organisme de crédit , par la voix de son délégué pour l' Argentine , Anoop Sing , reporte la date du versement d' une aide de l' ordre de 8 milliards de dollars qui donnerait à Eduardo Duhalde un ballon d' oxygène mais alourdirait la dette de 132 , 5 milliards . Le FMI exige , à chaque rencontre de nouveaux abandons de souveraineté : ainsi , devant l' incapacité du gouvernement d' imposer aux 24 provinces le licenciement de 450 000 fonctionnaires et l' arrêt de l' émission de bons qui permettent de payer les salaires et de faire baisser la pression sociale , c' est Anoop Singh en personne qui a rencontré les gouverneurs . États-Unis et FMI souhaitent , maintenant , que la Banque centrale cesse d' intervenir en puisant dans ses réserves pour endiguer la hausse du dollar qui s' échange autour de 3 , 6 pesos . Durant dix ans , la parité un dollar-un peso a permis de maintenir l' inflation à un niveau proche de zéro . Mais la mesure , associée aux privatisations sauvages de l' ère Menem ( 1989 - 1999 ) , au gonflement de la bulle financière et à un endettement étouffant , a ruiné l' industrie traditionnelle et élevé le taux de chômage à des niveaux inconnus . En cet hiver austral , plus rigoureux que de coutume , l' Argentine vit les pires heures de son histoire . La pauvreté , on calcule qu' une famille en franchit le seuil si elle perçoit moins de 650 pesos ( 185 euros ) par mois , touche 45 % des habitants , 52 , 8 % dans le Grand Buenos Aires . Des milliers de personnes vivent dans la rue , la violence s' étend aux zones les plus huppées de la capitale . Ceux qui refusent de sombrer dans la délinquance s' organisent en clubs de troc ( 87 000 adhérents ) ou se transforment en récupérateurs : le soir venu , les rues de Buenos Aires s' emplissent de 155 000 " cartoneros " qui trient les ordures pour 5 centimes de peso le kilo . Le chômage affecte 21 , 5 % de la population active et le sous-emploi 18 , 6 % , soit 3 millions de personnes . Les salaires , bloqués depuis 1992 , ne permettent plus de faire face à l' inflation . Trois millions de personnes gagnent moins de 200 pesos ( 60 euros ) , alors que le prix du panier de la ménagère a augmenté en six mois de 90 % , augmentation d' autant plus incompréhensible pour les gens de la rue que les produits qui le composent proviennent des riches terres agricoles de l' intérieur . Dans ce climat de dépression , la préparation des élections de mars 2003 prend un tour dérisoire tant les partis traditionnels , PJ et Union civique radicale ( UCR ) s' auto caricaturent à force de corruption , de coups tordus , de renoncements . A gauche , les candidatures tardent à se dessiner . La principale figure , le député Luis Zamora , repousse pour l' heure les propositions d' union d' Izquierda unida , prétendant que tout accord de sommet irait à l' encontre de l' esprit des assemblées de quartier , des marches de " piqueteros " qui , depuis décembre , manifestent une volonté de faire de la politique autrement . Cette nouvelle donne ne semble pas ébranler les dirigeants argentins et uruguayens , engoncés , comme les fonctionnaires du FMI , dans leur dogme . Ainsi , en Uruguay , le président Battle adopte les mêmes mesures que l' Argentine . Les sacs de supermarchés s' étendent . Chacun aujourd'hui dans les cercles économiques autorisés feint de découvrir que l' Uruguay et ses trois millions d' habitants développent les mêmes maux que le pays voisin , que le chômage affecte 18 % de la population active , que des milliers d' habitants souffrent de la faim . Le miroir ocre du Rio de la Plata dans lequel se mirent Montevideo et Buenos Aires , réfléchit une crise économique et sociale identique , quand George W Bush , et avec lui les experts , affirmait , il y a peu encore , qu' il n' y aurait pas de contagion . Les non spécialistes , ceux qui pâtissent des effets d' une politique imposée par des dirigeants liés par intérêt aux grands groupes financiers , estiment eux que le modèle est entré en phase terminale .