L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_I_200103.html
Texte:
Paix " Bush , ta guerre on n' en veut pas . De très nombreux manifestants ont défilé samedi contre la guerre à Paris et dans tout le pays . Le collectif contre la guerre en Irak a réussi son pari . À Paris , des milliers de manifestants ont battu le pavé plusieurs heures durant , derrière les banderoles des quelque quarante organisations qui y appelaient . Récit de mobilisation . Il est 15 heures passées au pied de la tour Montparnasse , et nombre de manifestants piétinent encore en attendant de s' élancer dans les rues de la capitale , tandis que la tête du cortège est déjà à plusieurs centaines de mètres . Il y a foule ce samedi à Paris , tout comme dans de nombreuses autres villes de France , venue crier le refus de voir un tapis de bombes à nouveau déversé sur l' Irak . Pas moins de 200 000 personnes étaient recensées par les organisateurs dans les différentes manifestations de samedi , et près de 20 000 pour la seule mobilisation parisienne . Remonter le cortège est , dans ces conditions , un véritable exercice physique . Il faut jouer des coudes et se glisser dans les maigres espaces disponibles , en désespérant de ne jamais en voir le bout . Enfin , après bien des efforts , apparaissent les dossards blancs des militants du Mouvement de la paix qui ouvrent la manif . On y croise des figures connues du mouvement pacifiste . Ainsi Alban Liechti , premier soldat qui refusa à l' époque de faire la guerre en Algérie , et qui se trouve là avec sa fille Stella . Aux côtés de ces militants de toujours , on trouve aussi nombre de simples citoyens venus crier avec eux leur refus de la guerre . Bras dessus , bras dessous , Simon et Alexandra sont de ceux -là . Chacun porte à la veste un autocollant " Non à la guerre en Irak " , dont ils ont soigneusement ôté le sigle . " Nous sommes venus pour qu' on soit le plus nombreux possible cet après-midi " , déclare Simon . Pour lui , les préparatifs de guerre sont synonymes avant tout d' un deux poids-deux mesures qu' il récuse . " Les États-Unis ont des armes de destruction massive , bien d' autres pays également , mais personne ne les traite de la façon dont on s' apprête à le faire avec l' Irak " , s' emporte -t-il . " Americans against the war " : une banderole annonce fièrement la couleur , comme un pied de nez fait à Bush par-delà l' Atlantique . Américains et contre la guerre : les jeunes militants qui l' arborent tiennent à ce que ça se voit et que ça se sache . Stephen , vingt-deux ans et Ana , trente ans , parlent un français impeccable . Lui est étudiant à l' antenne française de l' université de Boston , elle est professeur de langues . " Avant de venir , j' ai cherché sur Internet pour voir si mes compatriotes seraient présents , déclare Stephen . Beaucoup ici sont membres du Parti démocrate , même si moi je ne le suis pas . " Ana non plus n' est pas encartée . " Les Américains commencent à s' émouvoir de ce que Bush prépare . Mais cela reste difficile d' exprimer publiquement ses divergences aux USA " , déplore Stephen , qui se sent pourtant tout à fait patriote . " Mais l' état d' esprit des Américains va basculer dans l' hostilité à la guerre sitôt les premières images diffusées d' enfants morts sous les bombardements , prédit Ana , quand la guerre montrera son vrai visage . " Pour elle , la mobilisation est cruciale . " W. veut être réélu . Il a en tête que la guerre de son père , même si elle était très populaire , a mis par terre l' économie du pays et lui a coûté sa réélection , analyse -t-elle . Et aujourd'hui , même le prétexte de guerre pour la démocratie ne tient plus , Bush dit ouvertement dans les médias qu' il s' agit de sécuriser les puits de pétrole . " Derrière eux s' avance Najet , elle aussi fière d' arborer les couleurs de son pays , un drapeau tricolore sur l' épaule . Najet , citoyenne française née à Tunis , a la république chevillée au corps . Elle est de tous les combats pour l' image et les valeurs de son pays , aujourd'hui comme lors du 1er mai durant la présidentielle . Elle défile aujourd'hui , " pour que mon pays ne se renie pas , tienne un discours différent de Bush et use de son droit de veto à l' ONU " , explique -t-elle . Et tant pis pour le devoir de réserve " de la fonctionnaire que je suis " . Le ballon rouge censé marquer l' emplacement du PCF dans les manifs semble aujourd'hui dérisoirement petit , comme un point noyé loin derrière la banderole qui ouvre le cortège de ses militants , parmi lesquels on note la présence de Marie-George Buffet . Les communistes ont répondu nombreux à l' appel , et cela réjouit Nicolas , vingt-huit ans et militant à l' Île-Saint-Denis . Il y voit un lien avec la position ferme de son parti sur l' Irak , dont il se dit " beaucoup plus satisfait que celle sur le Kosovo " . La position quasi unanime de la gauche sur la question le réconforte aussi , en espérant toutefois que cela ne soit pas lié " à sa présence dans l' opposition . De toute façon , poursuit -il , la mauvaise foi de Bush crève tellement les yeux que personne ne peut sensément le soutenir " . Reste que " Chirac mène une ligne en zigzag . Mais l' opinion est une donne qu' il ne pourra ignorer , même l' électorat de droite ne sera pas derrière lui s' il ne tient pas une conduite ferme " . Nicolas dit enfin l' importance d' être " solidaire des pacifistes américains . Leur mobilisation est beaucoup plus difficile et pourtant peut-être encore plus cruciale que la nôtre " . Marie , elle , emmène sa bande de JC de Seine-Saint-Denis . Le cortège s' est ébranlé dans une joyeuse pagaille et des groupes de JC se trouvent disséminés ici et là côte à côte avec les militants du PCF . Marie n' en a cure , elle se félicite de la " bonne ambiance " et voudrait bien estimer précisément le nombre des manifestants tant elle a " l' impression qu' il y a énormément de monde " . Pour elle aussi , le but est " de contraindre Chirac à opposer son veto " . Magali approuve à ses côtés . Le jour baisse à l' angle du boulevard Raspail et de la rue du Bac . Fin de manif , un cordon de CRS indique qu' elle n' ira pas plus loin . Les deux militantes se le promettent : le 15 février , elles seront à nouveau dans la rue .