L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_N_041002.html
Texte:
Le Moulin Rouge sans honte Le Palais de justice de Paris s' intéresse , aujourd'hui , à un fleuron parisien , le restaurant du Bal du Moulin-Rouge . Elle avait répertorié ses intérimaires selon la couleur de leur peau , pour ne pas avoir à faire le tri , sans doute , au moment de répondre à ses clients . Pour discrimination . Il ne suffit pas de connaître une renommée mondiale pour être bien sous tous rapports . En particulier sur le respect de la législation du travail . La direction du restaurant du Bal du Moulin-Rouge comparaît en effet , aujourd'hui , devant le tribunal des prud'hommes de Paris pour avoir voulu réserver les emplois de cuisine et de plonge , bien cachés , à ses salariés de couleur et n' embaucher , en salle , devant le public , que des jeunes gens " européens " . François Masson prend donc son téléphone et présente Abdoulaye Marega à la secrétaire du lieu . En apprenant qu' il est Sénégalais , la secrétaire précise : " Nous ne prenons pas des étrangers en service en salle . Nous prenons des étrangers , des Européens , mais pas de gens de couleur . Nous prenons des gens de couleur en cuisine , par exemple , mais pas comme serveurs . " Et elle explique : " Je n' ose pas trop vous le dire car je sais que , dans les missions locales , il y a des étrangers qui travaillent . " François Masson n' est pas étranger , mais il n' en revient pas . SOS Racisme , alerté , s' inquiète de recueillir des preuves . Abdoulaye Marega et Mickaël de Fondomière , cuisiniers français des Antilles , se présentent et se font refouler . Le maître d' hôtel s' emporte , déchirant le CV d' Abdoulaye et précisant : " Pour ce poste , il faut des diplômes et parler au moins l' anglais et l' espagnol . " SOS Racisme veut en avoir le coeur net et se présente avec une équipe de France 3 . On répète à l' association que , pour être recruté comme commis de salle , " il faut avoir entre 18 et 22 ans , des notions d' anglais et une bonne présentation . A la cuisine ou à la plonge , on prend des Sénégalais . En salle , actuellement , on n' a que des Européens . " La secrétaire explique qu' on ne peut pas mélanger tout le monde en salle parce qu' il faut une bonne entente dans une brigade qui compte 80 à 100 serveurs , tout en précisant qu' ils ne peuvent pas mettre dans l' annonce qu' ils n' utilisent en salle que des Européens . A qui , d' ailleurs , on ne demande pas de savoir parler correctement le français . Les accents nordiques ou germaniques trop prononcés sont même tolérés sans difficulté . L' inspection du travail , après avoir contrôlé la composition des serveurs , transmet un rapport au parquet , en avril 2001 . Résultat : le directeur du restaurant est poursuivi pour discrimination et la secrétaire pour complicité , malgré la tentative de son employeur de faire croire qu' elle aurait agi de sa propre initiative . Le procès s' ouvre donc aujourd'hui , devant les prud'hommes . Mais pour SOS Racisme , si cette affaire est exemplaire du courage de l' agent de la mission locale ( d' autres se sont fait remercier pour s' être mêlés de " ce qui ne les regardait pas " , ou parce qu' " ils n' avaient qu' à répondre à ce que demandait l' employeur " ) , si elle est exemplaire , aussi , de la volonté de l' inspectrice du travail , elle ne sera pas la dernière du genre . Abdoulaye a trouvé du travail . En cuisine , dans un restaurant du 16e arrondissement . C' est toute la profession qui est minée . Adecco Paris Restauration , l' agence d' intérim , est sous le regard de la justice .