L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_N_280902.html
Texte:
Prostitution . Ces dernières années , les réseaux se sont internationalisés , rendant difficile les traques policières . Sur les trottoirs , mafia , violence et esclavage Les filières africaines et d' Europe de l' Est tournent à plein régime , le nombre de prostituées augmente ... jusqu'à provoquer parfois des réactions des riverains . Depuis la chute du mur de Berlin et l' effacement des frontières de l' espace Schengen , des milliers de jeunes filles et de jeunes femmes venues de l' Est se prostituent dans les pays de l' Union européenne et , notamment , en France . A Brest , elles ont fait leur apparition , venues de Sierra Leone , du Ghana , du Zaïre , du Cameroun ou du Nigeria . Réseau albanais à Nancy , bulgare à Paris , lituanien en Guadeloupe , c' est une véritable internationale de la prostitution qui s' est mise en place . En France , à Paris , mais aussi à Orléans , Metz , Bordeaux , Strasbourg et dans d' autres villes de province , le nombre de prostituées a augmenté d' environ 30 % en cinq ans ( on estime leur chiffre entre 15 000 et 20 000 ) et 70 % d' entre elles seraient étrangères . Au point que les anciennes , les " traditionnelles " , ont souvent préféré laisser le trottoir pour travailler dans des bars , des salles de massage ou des clubs . Les nouvelles ont en commun leur jeunesse , leur situation précaire , leur dépendance totale à des proxénètes et à des réseaux violents qui les contrôlent . En province , elles arrivent parfois en train , pour la nuit , de Paris , et repartent au petit matin . D' autres s' entassent à plusieurs dans des chambres d' hôtels minables et le souteneur les dépose , à la nuit tombée , sur leur lieu de travail , la rue , où elles officient , soit à l' air libre , soit dans les voitures des clients , vite fait , à prix cassés , ou encore dans des camionnettes installées sur des quais ou en périphérie des villes . Pas de grandes différences avec ces maisons closes que l' on appelait " les tôles d' abattage " . Quand , au bout de quelques semaines , les jeunes femmes sont repérées par les services de police , elles changent de ville , circulant ainsi du sud au nord , ou d' est en ouest , toujours contrôlées par l' une d' entre elles ou par des hommes à la solde des réseaux . Ce sont de véritables marchés aux femmes qui se sont organisés dans les Balkans et les anciennes républiques socialistes avec , pour plaque tournante , l' Albanie . Un " recruteur " fait d' abord miroiter aux jeunes filles la possibilité de devenir danseuse , mannequin ou hôtesse . Elles sont ensuite vendues à d' autres trafiquants qui les envoient dans de véritables centres de dressage où elles subissent un traitement destiné à les assouplir et à les rendre dociles et dépendantes . Elles sont alors battues et contraintes sexuellement . Si elles se rebellent , les viols et les mauvais traitements continuent jusqu'à ce qu' elles se soumettent . Puis elles sont envoyées dans les pays d' Europe ( elles y seraient 500 000 ) où la prostitution n' est pas illégale , ce qui est le cas de la France . Là , elles sont mises sur le trottoir , obligées à un rendement minimum par nuit . Récemment , 24 personnes ont été interpellées à Arras , Paris et Chartres , soupçonnées d' appartenir à un réseau franco-bulgare . Selon les enquêteurs , les recettes des proxénètes s' élevaient à plus de 350 000 euros sur six mois . La situation des jeunes Africaines n' est guère plus enviable que celles de leurs consoeurs venues de l' Est . Les réseaux mafieux nigérians qui en contrôlent une grande partie s' appuient sur la peur de violences contre les familles restées au pays . Il y a peu , l' un de ces réseaux , actif dans plusieurs villes de France et en Corse , fort de 45 personnes , a été démantelé . Avant toute chose , les jeunes filles doivent travailler au remboursement du prix de leur passage vers l' Europe ( parfois jusqu'à 50 000 euros ) sous peine de représailles . Quand elles ont payé , elles sont théoriquement libres de travailler à leur compte . Elles sont , en réalité , remplacées par de nouvelles venues qui , à leur tour , enrichissent les mafieux . Car les filières n' ont jamais autant brassé d' argent , argent qui repart en général dans les pays d' origine par le biais de mandats internationaux anonymes . D' après Philippe Dorcet , juge d' instruction à Nice , une jeune femme travaillant toute l' année rapporte entre 75 000 et 150 000 euros . C' est le nombre de prostituées et leur visibilité qui ont provoqué la mobilisation de riverains contre les " nuisances " qu' elles provoquent , et ont relancé le débat sur la prostitution .