L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_S_120603.html
Texte:
Golf . Le paradoxe français de la petite balle blanche Malgré un développement rapide de ce sport dans l' Hexagone , aucun Français ne dispute l' US Open qui débute aujourd'hui à Olympia Fields ( Illinois ) . Alors que la Fédération française de golf ne cesse de se renforcer et devrait fêter cet été le cap des 325 000 licenciés , les pros français sont aux abonnés absents dans les tournois majeurs . Hubert Chesneau , directeur général de la fédération française de golf , répond à nos questions . Comment expliquez -vous ce paradoxe ? Hubert Chesneau . C' est une question de moyens financiers et de temps . Il faut du temps , de l' argent et être en plus sûr de soi pour tenter les pré-qualifications de l' US Open qui sont extrêmement difficiles . Ceux qui sont un peu aguerris comme Van de Velde ou Levet y vont , un coup ça passe un coup ça casse , mais les autres ne le tentent même pas ... Vous verrez beaucoup plus de Français aux pré-qualifications du British Open qui sont pourtant aussi difficiles , parce que c' est plus proche et dans un environnement qu' il connaisse mieux . C' est un peu comme au tennis : on a vu beaucoup d' Argentins et d' Espagnols à Roland-Garros , mais on ne les verra pas à Wimbledon . Pour les dames , c' est pareil . Patricia Meunier-Lebouc a choisi de vivre aux États-Unis pour disputer le circuit américain , c' est la seule . Les autres Françaises préfèrent rester sur le circuit européen pour une question de moyens et de mode de vie . Se balader toute l' année aux États-Unis sur le circuit d' hôtel en hôtel , il faut pouvoir et en avoir envie . Alors que sur le circuit européen , le dimanche , ils rentrent tous chez eux . La solution ne serait -elle pas d' être dans les trente premiers mondiaux pour être qualifié d' office aux tournois majeurs ? Hubert Chesneau . C' est sûr . Mais ça viendra peut-être ... C' est de la masse que viendra l' élite . Si vous comparez la masse américaine , où il y a douze millions de joueurs , à nos 300 000 licenciés , vous comprenez vite . Mais par rapport à l' an passé , nous avons 7 % de licenciés en plus . Nous devrions atteindre 350 000 licenciés à la fin de l' année . Cela prouve que le golf en France est passé à la vitesse supérieure . On commence même à chatouiller les grandes fédérations , comme le rugby , qui compte désormais à peu près autant de licenciés que nous ! Comment expliquez -vous qu' aucun Français n' a jamais remporté un tournoi du grand chelem ? Hubert Chesneau . On est passé tout près à deux reprises . Le jour où il y aura le déclic , tous ceux qui seront derrière se diront : " Je joue avec lui toute la semaine , il l' a fait , je peux le faire ! " Mais si vous regardez au tennis aucun joueur français n' a remporté un tournoi du grand chelem depuis vingt ans . Ça viendra , on fait tout pour ça . Les Français ne seraient -ils pas dépassés en matière de préparation ? Hubert Chesneau . Non . Pour la préparation mentale , ils choisissent les préparateurs qu' ils veulent . Pour la préparation technique , ils vont chercher les coachs qu' ils souhaitent et qui sont les mêmes que pour les autres . Jean Van de Velde de Velde a même travaillé pendant trois mois cet hiver avec l' Américain Butch Hamon , préparateur de renom . Peut-être , mais on ne peut pas s' empêcher de se demander si les Français ne sont pas condamnés à regarder les autres gagner ... Hubert Chesneau . Depuis trois ans , il y a du mieux . Jean Van de Velde de Velde et Thomas Levet sont passés tout près de remporter un tournoi du grand chelem ( le British Open - NDLR ) , et chez les dames , Patricia Meunier-Lebouc a remporté un majeur aux États-Unis en mars dernier ... On progresse . Je suis optimiste . Le déclic peut survenir pourquoi pas dès cette année . L' Open de France ( du 26 au 29 juin ) serait une bonne rampe de lancement surtout que l' on va en faire leur cathédrale . À eux de prendre leurs marques . La dotation augmente . Elle est aujourd'hui à 2 , 5 millions d' euros et l' objectif c' est de la porter pour le centenaire , en 2006 , à 4 millions d' euros . On veut être le premier Open européen au niveau continental et on le sera . Je dis continental car le Bristish Open , tradition oblige , sera toujours un petit peu au-dessus . L' Espagne a connu Ballesteros , puis aujourd'hui Sergio Garcia , pourquoi la France n' est pas capable de produire des joueurs de telle qualité ? Hubert Chesneau . Un important tourisme golfique s' est développé ces vingt dernières années en Espagne . Tous ces joueurs d' exception , les Balesteros , Jimenez , etc. , sont des anciens caddies pour touristes . Ils avaient besoin de manger et se sont certainement plus battus que les autres joueurs . Pour Sergio Garcia , c' est différent . Il est issu d' une famille de golfeurs . C' est le seul . L' autre méthode , c' est la méthode suédoise : des gammes , des gammes ... Il y en a toujours un qui marche , mais ce n' est jamais le même . La France se situe entre les deux . Notre problème , c' est qu' on a le tempérament latin . Donc impossible de faire travailler les joueurs à la façon forcenée des Suédois . De plus , on ne peut pas empêcher certains de vouloir voler de leurs propres ailes , mais ça c' est la nature humaine , et française en particulier . Soyez plus précis ... Hubert Chesneau . Il y a des joueurs qui passent pros et qui ont envie de vivre tout seul . Et puis après avoir ramé un an ou deux ans , ils reviennent taper à la porte , qui leur est ouverte . Est -ce un manque de rigueur et de discipline de la part des Français ? Hubert Chesneau . Non , c' est un métier très dur . Quand on passe du statut amateur où l' on est encadré au statut professionnel , ce n' est plus pareil . Ce n' est pas le manque de rigueur , mais ils ont besoin de retrouver les bases et l' encadrement qui les avaient tranquillisés dans le giron fédéral . Au haut niveau , nous n' avons pas cinquante places , mais on s' occupe tout de même d' une trentaine de jeunes pros , surtout au niveau du circuit . On va bientôt entendre parler d' eux , vous verrez ... Le golf se démocratise , mais malgré tout les prix restent un peu prohibitifs , ne croyez -vous pas ? Hubert Chesneau . Comme toute activité qui se développe . Il y a 530 golfs en France . Il y en a de très chers et de très bon marché . Bien sûr , il y en a de très fermés . Et alors ? Aux États-Unis et en Angleterre aussi . Quand vous voulez aller dans un bon restaurant , ça se paie , idem pour une voiture haut de gamme . Mais il y a aujourd'hui en France un panel très large de golfs avec tout un tas de formules , ce qui illustre bien la démocratisation de sport . La Seine-Saint-Denis qui est l' un des cinq départements les plus peuplés en France n' a pourtant qu' un seul golf ... Hubert Chesneau . C' est quelque chose que je ne m' explique pas . Probablement en raison d' un problème foncier . Malheureusement , on n' a pas encore trouvé les moyens de jouer au golf sur 2 000 mètres carrés . En région parisienne , et surtout dans les départements limitrophes avec Paris , trouver de l' espace c' est le plus difficile . On aurait pu en aménager un sur les zones de remblais de la Courneuve . Mais on aurait dû le faire au moment des travaux . C' est trop tard ...