L'Humanité

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
L'Humanité
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_H_S_280902.html
Texte:
Coupe de l' America : 151 ans de folies Alors que les éliminatoires du plus ancien trophée sportif au monde débute mardi 1er octobre , retour sur la fabuleuse histoire d' une compétition pas comme les autres . Cela fait 151 ans que ça dure . Certains y ont laissé leur fortune , d' autres leur raison ou leur honneur , et tout ça pour la gloire . Mais tous ont connu le frisson . Entre argent , technologie , trahison et génie , le plus vieux trophée sportif du monde , la Coupe de l' America , continue de déchaîner les passions . Car la conquête de ce pichet victorien représente plus qu' un compétition ( il n' y aucune dotation pour le vainqueur ) , c' est une histoire de suprématie maritime entre les nations . Pour cette 31e édition organisée en baie d' Auckland ( Nouvelle-Zélande ) , neuf syndicats ( voire infographie ) s' apprêtent à se disputer dès le 1er octobre le Graal de la voile en s' affrontant lors de Coupe Louis-Vuitton , les éliminatoires de la Coupe de l' America , afin de défier en duel le " defender " ( détenteur ) , Team New-Zealand à partir du 15 février prochain . L' aiguière d' argent à laquelle des générations de marins et de milliardaires ont fait et continuent de faire les yeux doux ne s' est pas toujours appelée Coupe de l' America . L' histoire commence un certain vendredi 22 août 1851 . Le Royal Yacht Squadron de sa très gracieuse majesté la reine Victoria met en jeu un trophée , la Coupe des 100 guinées , oeuvre du bijoutier Garrard's . Personne ne se doute le moindre instant que cette coupe va faire tourner les têtes et ridiculiser la flotte anglaise qui domine les océans . " Britannia rules the waves " " La Grande-Bretagne dominent les mers . " et il faut être sacrément audacieux ou inconscient pour aller défier les Anglais et en plus chez eux . C' est pourtant ce que va faire la goélette America ( 39 , 60 m , 153 tonnes , 540 m2 de toile et 21 hommes d' équipage ) avec à la barre Richard " Old Dick " Brown accompagné de John Cox Stevens , commodore du New York Yacht Club . Après une traversée de vingt jours pour rejoindre Le Havre et la fatigue que l' on peut imaginer , America rallie Portsmouth en face de l' île de Wight à l' extrémité Sud de l' Angleterre . La régate consiste à faire le tour de l' île dans le sens des aiguilles d' une montre en partant de Cowes . Malgré un mauvais départ , America revient sur ses onze adversaires , goélettes et cotres pour la plupart . Avec son étrave plus effilée et ses voiles en coton qui permettent de mieux exploiter le vent alors que les Britanniques utilisent encore du lin , America boucle son tour en 10 heures et 34 minutes . La légende veut que la reine Victoria demande alors confirmation : " Mais qui est le second ? " " Majesté , il n' y a pas de second ... " répond l' officier du yacht royal ancré sur la ligne . Bien qu' à 8 minutes seulement , le voilier britannique Aurora ne fut jamais classé . Il s' agit de la première humiliation d' une longue série pour la Vieille Europe . La coupe change de main et de nom . Pendant 132 ans , l' épreuve se résume à un duel entre les États-Unis et la Grande-Bretagne ( sauf deux tentatives canadiennes ) qui essaie de récupérer en vain son bien. & 194;& 183; chaque fois , les Anglais traversent l' Atlantique et à chaque fois repartent après une rouste . En 1870 , les Britanniques se trouvent face à 17 bateaux américains . L' année suivante , alors qu' ils rament depuis vingt ans , les Anglais acceptent à contrecoeur le principe du duel ( pas encore appelé match-racing ) avec la possibilité exclusivement américaine de choisir chaque matin dériveur ou quillard , en fonction de la météo , et le plan d' eau . Le " deed of gift " ( acte de donation ) , qui définit l' esprit de l' épreuve comme " une compétition amicale entre pays étrangers " et les règles , est déjà à l' avantage du " defender " avec notamment l' obligation du challenger de dévoiler ses caractéristiques à l' avance alors que le détenteur ne les révèle que le jour de la première régate . C' est l' époque des cathédrales de toiles avec des mats inclinés de 50 mètres de haut . Le plus grand de tous fut le navire yankee Reliance ( un Classe J de 43 , 80 m de long et 1 501 m2 de voilure ) vainqueur en 1903 du Shamrock-III de sir Thomas Lipton , magnat du thé et premier " tycoon " de la Coupe de l' America - nom que donnent les Anglo-Saxons aux hommes partis de rien et qui bâtissent des empires financiers . Lipton , qui engloutira une grande partie de sa fortune en tentant de conquérir l' aiguière d' argent à cinq reprises ( entre 1899 et 1930 ) sans aucun succès et mourut en pleine préparation de sa sixième campagne , inaugure une longue liste de milliardaires ayant trouvé enfin une épreuve à la hauteur de leur mégalomanie . L' Anglais TOM ( Thomas Octave Murdoch ) Sopwith , célèbre constructeur d' avions , tente sa chance en 1934 et 1937 avec Endeavour . Même punition . Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale , les Classe J sont remplacés par des " 12 m jauge internationale " en rapport avec le contexte économique mais cela n' empêche pas les hommes les plus fortunées de la planète de s' y fourvoyer . L' Américain Ted Turner qui défend avec succès la Coupe en 1977 mais prend un revers en tant que challenger en 1977 et se console avec Jane fonda et CNN ; le baron Marcel Bich , inventeur de la stylo à bille qui défie les Américains à quatre reprises ( 1970 , 1974 , 1977 et 1980 sur France , France 2 et France 3 ) et reste comme l' instigateur des éliminatoires en 1970 , Karim Aga khân ou encore Giovanni Agnelli ... Pour la première fois en 1962 , un Australien se mêle à la partie , un certain Franck Packer , magnat de la presse de Sydney . Son Gretel est battu par le Weatherly américain . Mais l' Australie est piquée par le virus . Après sept tentatives des kangourous , c' est Alan Bond , puissant promoteur immobilier de Perth , et son barreur John Bertrand sur Australia II avec sa quille à ailettes révolutionnaires qui mettent fin à 132 ans d' hégémonie américaine ( et 25 tentatives avortées de challengers ) face à Dennis Conner et son Liberty ( 4 - 3 ) . La coupe est déboulonnée de son socle qui trône au milieu du salon du New York Yacht Club , la légende voulant que la tête du perdant la remplace dans la vitrine ... Alan Bond a à peine le temps de savourer sa victoire : il est envoyé en prison pour détournement d' argent . Quatre ans plus tard , " Big Bad " Dennis prend sa revanche ( 4 - 0 ) à Freemantle ( Australie ) et revient en héros accueilli par Ronald Reagan en personne . Brouillé avec le New York Yacht Club , Conner ramène la Coupe à San Diego . En 1988 , les Néo-Zélandais , menés par le banquier d' affaire Michael Fays , débarquent en Californie avec un monocoque géant de 130 pieds . En se plongeant dans les textes du " deed of gift " , les Kiwis ont interprété le règlement à leur manière . Ce qu' ils n' ont pas prévu c' est que Conner et les siens en ont fait autant et leur opposent un catamaran ultra léger qui les élimine sans problème . La Coupe sombre dans le ridicule . On définit alors une nouvelle jauge plus rapide et évolutive : le Class America , toujours en usage , est né . 1991 . Raoul Gardini , prince de Montedison et de Venise , se fait construire pas moins de cinq bateaux . Avec Paul Cayard à la barre , Il-Moro-de-Venezia remporte la Coupe Louis-Vuitton face aux Néo-Zélandais ( 5 - 3 ) dont une victoire plus que discutable sur tapis vert après avoir contesté , avec l' appui des meilleurs avocats , un détail de jauge peu évident . En finale , la vraie , America III ne leur laisse aucune chance ( 4 - 1 ) . Peu de temps après , Gardini se suicide alors que vient d' être lancée en Italie l' opération " mains propres " . Quatre ans plus tard , les Kiwis qui l' ont gardé en travers de la gorge lancent leur raid victorieux . Peter Blake et son Team New-Zealand avec à la barre Russel Coutts remportent les deux finales 5 - 0 contre Conner puis Cayard . Ils remettent ça en 2000 mais , cette fois , à domicile face à Prada en tenant les lieux et conditions de courses secrètes jusqu'au dernier instant . La nouvelle édition de cette " compétition amicale " qui débute mardi prochain n' a pas encore commencé qu' elle sent déjà le souffre . Un des grands favoris , le défi Alinghi ( un des plus gros budget avec 85 millions d' euros ) a été celui qui a eu le plus de mal à obtenir sa qualification . Officiellement parce que la Société des régates de Genève n' est pas un club de mer . Officieusement parce que les Néo-Zélandais Russel Coutts et Brad Butterworth ont trahi en quittant le navire kiwi pour rejoindre , à prix d' or et en se faisant naturaliser , l' équipe de l' homme le plus riche de Suisse , Ernesto Bertarelli . La suite promet d' être passionnante .