Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_C_040203.html
Texte:
Jacques Chirac célèbre la diversité culturelle Le président de la République propose l' adoption par l' Unesco , au plus tard en 2005 , d' une convention mondiale qui proclamerait l' égale dignité de toutes les cultures . Il réaffirme que « les oeuvres de l' esprit » doivent être mises à l' écart des négociations commerciales internationales La plupart du temps , ils sont l' oeuvre d' artistes travaillant étroitement avec des petites structures qui parient sur le temps pour développer le talent . Les Rencontres de Paris entendent exiger des Etats qu' ils refusent de prendre des engagements dans le domaine culturel et dans les négociations en cours à l' OMC . Le slogan de ces Rencontres , « la culture n' est pas à vendre » , n' est ni étranger ni nouveau pour le président de la République . Répondant par avance au débat sur la mondialisation libérale , sous-jacent sous cette expression lapidaire , M. Chirac avait déclaré à l' hebdomadaire américain Time le 4 décembre 1995 : « Je ne veux pas que , pour des raisons économiques , et qui n' ont rien de culturel , la culture européenne soit stérilisée ou effacée par la culture américaine. » Sept ans plus tard , dans un contexte particulier où la France tente de résister aux Etats-Unis sur la scène diplomatique , le chef de l' Etat a développé un thème désormais familier : celui de la « mondialisation maîtrisée » , en l' occurrence dans le domaine de la culture et de la création , « activités irréductibles aux lois du marché » . M. Chirac a ainsi proposé que la communauté internationale adopte , avant 2005 , une « convention mondiale sur la diversité culturelle » préparée par l' Unesco . Il a réaffirmé une ferme opposition au vote à la majorité qualifiée dans les négociations des accords commerciaux internationaux portant sur les services culturels et audiovisuels et appelé de ses voeux une « Europe de la culture » . « D' habitude , j' ai horreur des discours . Mais là , j' ai écouté d' un bout à l' autre . Très bien parlé » , a commenté l' actrice Judith Magre derrière ses lunettes fumées . Dominique Pinon , le clone inquiétant de La Cité des enfants perdus , film de Jean-Pierre Jeunet , dont il est un acteur fétiche , est juste venu « pour voir l' Elysée » , mais garde espoir : « Si tout se passe comme Jacques Chirac le dit , parfait. » Vincent Lindon , vieux complice de Claude Chirac , est arrivé avec Jean Reno , enchanté du discours présidentiel . Celui -ci s' est penché vers un journaliste coréen pour lui confier : « It's a good speech. » Il n' y avait pas que les familiers de l' Elysée et les valeurs traditionnelles de la chanson française , Line Renaud , Yves Duteil et Mireille Mathieu , mais aussi la cinéaste Coline Serreau , l' écrivain Jorge Semprun , le PDG d' Arte , Jérôme Clément . L' actrice sourde et muette Emmanuelle Laborit s' est approchée du président . Un rapide ballet avec ses mains que son traducteur en langue des signes a aussitôt transmis : « Votre discours sur la diversité culturelle m' a beaucoup touchée . Cette diversité comprend aussi les sourds » , lui a dit la comédienne . Les deuxièmes Rencontres internationales des organisations professionnelles de la culture , qui se tiennent au Carrousel du Louvre , à Paris , et rassemblent quelque 300 participants venus de 35 pays , représentent la deuxième grande initiative du Comité de vigilance pour la diversité culturelle . Les premières Rencontres , tenues à Montréal en septembre 2001 , avaient été éclipsées par les attentats du 11 septembre . Créé en 1997 contre l' Accord multilatéral sur les investissements ( AMI , négocié à l' OCDE ) , ce Comité rassemble les organisations professionnelles de la culture - cinéma , télévision , spectacle vivant , édition , musique , arts visuels . Il est constitué des principales sociétés de créateurs , depuis celles qui gèrent les droits , telle la Sacem , jusqu'aux regroupements tel l' ARP ( auteurs , réalisateurs , producteurs de cinéma ) . Il entend défendre la diversité culturelle face aux négociations commerciales internationales . « Les oeuvres de l' esprit ne sauraient être réduites à leur seule dimension marchande . La globalisation en cours tend à les soumettre aux seules lois du marché . Le droit des peuples à des cultures vivantes , patrimoine commun de l' humanité , doit être pérennisé » , affirme le Comité . Il estime qu' une démarche « offensive » est nécessaire pour consolider la notion d' exception culturelle née du cycle de l' Uruguay de 1993 , sous la pression des professionnels . Un appel du Comité en faveur de la diversité culturelle a été signé par plus de 200 artistes de renom , dont les cinéastes Chantal Ackerman , Yamina Benguigui , Claude Berri , Yves Boisset , Michel Deville , Catherine Corsini , Costa-Gavras , les frères Dardenne , Jacques Doillon , Nicole Garcia Garcia , Amos Gitaï , Robert Guédiguian , Cédric Klapisch , Coline Serreau , Jean-Paul Rappeneau , Bertrand Tavernier ou Andrzej Wajda ; les écrivains Julien Gracq , Michel Tournier , Jorge Semprun , Henry Bauchau , Tahar Ben Jelloun , Edmonde Charles-Roux , Hélène Cixous , Régine Deforges , Milan Kundera , Erik Orsenna ; « Une saine notion de la diversité doit prévaloir » , affirme le musicien Manu Dibango , pour qui « il y a des succès inattendus , heureusement non prévisibles , car ils parlent directement au coeur , sans paillettes . UNE MUSIQUE assez douce aux oreilles du monde culturel a retenti , dimanche 2 février , sous les ors de l' Elysée . Sans subventions , ces structures sont condamnées » . L' acteur de la Comédie-Française Andrzej Seweryn rappelle que « l' art a besoin d' argent . Si l' on ne saurait le réduire à une marchandise , en le soumettant aux lois économiques , il ne peut tout à fait s' y soustraire . C' est la collectivité qui le porte à bout de bras , consciente de son importance , mais aussi vigilante et exigeante . Le soutien à la culture , la protection de sa liberté , font partie des fonctions essentielles de l' Etat , mais l' argent que celui -ci nous verse nous impose une lourde responsabilité à l' égard de la cité dont nous faisons partie » . Pour maintenir une alternative à « la fast food culture » , la chorégraphe Blanca Li espère que de nombreux Etats vont suivre la politique culturelle de la France . Pour elle , la danse a toujours été ce « passeport magique qui [ lui a permis ] de franchir toutes les frontières , réelles ou mentales » : « Dans des pays en guerre , à Zagreb ou Jérusalem , j' ai pu susci ter un regard différent sur l' autre , faire respecter des cultures proscrites ou méprisées. » Or , précise la jeune artiste , « sans la politique culturelle volontaire de la France , je n' aurais jamais pu créer mes spectacles comme je le fais depuis dix ans » . « La culture ne doit pas plier devant le commerce » , a notamment dit Jacques Chirac aux acteurs , cinéastes , chanteurs , écrivains et producteurs , qui avaient répondu à son invitation , à l' occasion des deuxièmes Rencontres internationales des organisations professionnelles de la culture , organisées du 2 au 4 février par le Comité de vigilance pour la diversité culturelle . Elles souhaitent l' instauration d' un instrument juridique international contraignant , « qui permettra d' exclure définitivement la culture de toute instance de négociations commerciales , OMC ou autre » . Comité de vigilance pour la diversité culturelle , adresse e-mail : contact@comitedevigilance.org