Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_C_120203.html
Texte:
CULTURE - PORTRAIT . Pascal Cribier , de jolies vues sur le paysage Ce Jardinier et paysagiste a travaillé aux Tuileries et au château de Méry-sur-Oise . Il déplore la tendance à dessiner sur ordinateur une nature idéale sans tenir compte de l' oeuvre du temps SES FENÊTRES , situées sous les toits , dominent comme il se doit un jardin , celui du Luxembourg . La pièce blanche où vit et travaille Pascal Cribier est toute en longueur , meublée sommairement . Son seul luxe est sa vue . Mais le paysagiste est plus souvent sur le terrain que derrière sa table à dessin . Sec , nerveux , volubile , l' oeil clair , il ne tient pas en place . En dépit de son allure juvénile , presque fragile , il va fêter cette année son cinquantième anniversaire . La Normandie où il est né reste sa base arrière . Il a pourtant passé toute son enfance dans une HLM de la porte de Vincennes , à proximité du boulevard périphérique . Il en a gardé une sainte horreur du bruit . Et un goût poussé pour les grosses cylindrées . Passionné de sport automobile , Pascal Cribier quitte le lycée à l' âge de 14 ans et intègre l' équipe de France de kart . Est -ce le souvenir de son grand-père , ancien garde-chasse et jardinier , qui a su lui inculquer l' amour des plantes et des bois ? Il abandonne les circuits et , dans l' heureuse confusion de l' après-Mai après-Mai 68 , fréquente l' université de Vincennes avant d' intégrer , sans son bac , une section d' arts plastiques à l' Ecole nationale supérieure des beaux-arts . Deux ans plus tard , il bifurque vers l' architecture . En 1978 , il décroche son diplôme d' architecte DPLG . Mais plutôt que de « gratter en agence » , le jeune architecte travaille d' abord chez un pépiniériste : « J' y suis resté presque deux ans , c' est là que j' ai appris la botanique , sur le tas. » Il entre ensuite dans le bureau d' études d' un paysagiste , Edouard d' Avdeew . Ce dernier a une clientèle fortunée . On peut croiser chez lui Catherine Deneuve ou Alain Delon . En 1982 , il s' installe à son compte . Sa première commande publique , entreprise avec l' urbaniste Patrick Ecoutin , est une analyse du pays de Caux , pour le compte de la DRAC Haute-Normandie . Mais l' essentiel de ses travaux ressort du domaine privé . Il réalise le jardin du Donjon du Vez ( Aisne ) pour le commissaire-priseur Francis Briest . Puis il imagine des jardins suspendus sur les toits de Paris . L' un d' eux a les honneurs de la presse . Jean-Paul Pigeat , qui prépare une exposition sur les jardins au Centre Pompidou , le remarque . L' exposition ne se fera pas mais le futur inventeur du Festival de Chaumont-sur-Loire se souviendra de lui quand , conseiller de Jack Lang pour les jardins , il organisera avec Patrick Bouchain le concours pour le réaménagement des Tuileries . Conseillés par Monique Mosser , historienne chevronnée des jardins , Pascal Cribier et Louis Benech - deux inconnus associés pour l' occasion - seront les lauréats de la consultation . Pendant dix ans , il va s' occuper du parc historique , râlant beaucoup contre les pesanteurs de l' administration et l' utilisation mercantile du jardin . « Si je ne suis pas entièrement satisfait du résultat , le jardin des Tuileries est au moins sauvé. » Ce concours va également le faire travailler à une autre échelle . En 1993 , il remporte le concours destiné à réaménager le Fort d' Aubervilliers . Un an plus tard , avec l' architecte Dominique Perrault et le plasticien Jean-Pierre Raynaud , il gagne celui de l' aménagement de la bretelle autoroutière d' Evry . Les deux projets ne seront jamais réalisés . Pas plus que celui des terrains Renault à Boulogne où il fait partie , avec Patrick Ecoutin , de l' équipe de l' urbaniste Bruno Fortier . oxford , bora bora , le montana ... Pascal Cribier multiplie les réalisations privées . Il imagine , avec Patrick Blanc , un jardin expérimental à Méry-sur-Oise , pour Vivendi Universal . Il s' attaque au réaménagement du jardin de Zola , à Médan . On le voit en Grande-Bretagne , à Woolton House près d' Oxford , où il crée un énorme potager . Il saute dans un avion pour Bora Bora où « la défiscalisation a esquinté le paysage en multipliant les bungalows sur pilotis » . Au passage il s' arrête dans le Montana , pour restructurer un ranch de 35 000 hectares . « Plutôt que de ficeler un programme sur le papier , je préfère me rendre sur le terrain . Pour sonder les désirs du commanditaire , prendre la mesure de l' histoire du lieu , imaginer surtout la gestion du futur jardin. » Côté commande publique , il gagne , avec Muriel Pagès , un concours pour la réhabilitation d' un quartier difficile de la périphérie de Saint-Etienne . Et la Mairie de Paris vient de confier à la même équipe l' étude d' impact sur la zone que traversera la future ligne de tramway au sud de Paris . A la fois jardinier et paysagiste , Pascal Cribier s' interdit de confondre ces deux métiers . « Je me refuse à jardiner le paysage qui a toujours été le résultat d' une activité économique , qu' il soit rural ou urbain , qu' il s' agisse d' un champ de colza ou d' une vallée industrielle. » Pour lui , le jardin est la superposition de plusieurs moments , le télescopage de plusieurs séquences temporelles : « Il y a d' abord le temps long , celui de l' arbre qui dépasse la vie humaine , puis celui des arbustes , plus court , et enfin celui des plantes qui marquent les saisons . Idéalement le visiteur doit traverser cette superposition du temps qui peut se lire au même endroit , au même moment . De plus , le visiteur est aussi un acteur puisqu' il déambule dans un lieu où ses cinq sens sont sollicités. » Evoquant les jardins , Michel Foucault parlait d' « hétérotopie » , rappelle Pascal Cribier , c' est-à-dire , indiquait le philosophe , « le pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel , plusieurs espaces , plusieurs emplacements qui sont eux-mêmes incompatibles » . En revanche , le paysage est façonné par la société dont il est l' instrument . Ici l' économie et les décisions administratives se conjuguent . « On peut néanmoins le gérer avec plaisir » , souligne Pascal Cribier . Il constate que , dans ce domaine , nous sommes à un moment de rupture . « Naguère , le paysage était source de profit , aujourd'hui il coûte à la collectivité . L' agriculture a basculé dans l' industrie , pour le meilleur et sans doute le pire . Ce paysage se délite sous nos yeux . On est en train de confondre progrès et performance. » Cette course en avant touche également l' exercice de la profession de paysagiste . « L' approche physique et sensuelle de l' environnement est désormais supp lantée par l' image , note Pascal Cribier . Nous sommes de plus en plus confrontés à la tyrannie du virtuel . Celle -ci nous donne une image idéale , mais fausse du paysage puisqu' elle ne tient pas compte de cette gestion quotidienne indispensable pour donner de l' épaisseur au temps . Je rêve d' élaborer des jardin sans avoir à les dessiner . Nos sens sont plus puissants que le plus puissant des ordinateurs. » BIOGRAPHIE 1953 Naissance à Louviers ( Eure ) . 1990 Lauréat du concours pour l' aménagement des Tuileries . 1997 Membre de l' équipe lauréate du concours des terrains Renault à Boulogne . 2000 Jardin expérimental de Méry-sur-Oise ( Val-d'Oise ) .