Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_C_121102.html
Texte:
La Coupole , à Saint-Omer , pour apprendre l' histoire sur le terrain ; Cet ancien site de tir allemand , devenu un centre historique , déborde du cadre du deuxième conflit mondial et propose une exposition photographique sur la guerre d' Algérie Le monstre de béton émerge à peine de la colline où il est enfoui . Seule apparaît l' énorme coupole qui a donné son nom à l' édifice . Elle est nichée au flanc d' une ancienne carrière , désormais envahie par la végétation . Sous la carapace de 5 mètres d' épaisseur se dissimule un extraordinaire écheveau de galeries et de salles creusées dans la craie . Pour les emprunter , il faut passer à travers un petit bâtiment blanc banal , surmonté d' une batterie de drapeaux flottants au vent . Puis gagner , à pied , une ouverture béante qui s' enfonce sous la terre . On chemine alors longtemps , croisant au passage des amorces de galeries mystérieuses . L' eau suinte à travers la roche et le béton brut . Un ascenseur incongru conduit le visiteur dans une haute salle illuminée qui aurait pu servir de modèle à P . - J . Jacobs pour la base secrète de Basam Baldu , le tyran mégalomane du Secret de l' Espadon . Nous sommes sur la commune d' Helfaut , à 5 kilomètres de Saint-Omer ( Pas-de-Calais ) . Ce bâtiment énigmatique est à lui seul un symbole : il fut construit à la fin de la seconde guerre mondiale , par les nazis , pour servir de base de lancement aux fusées V2 , fabriquées pour l' essentiel dans le camp de concentration de Dora . Londres , cible principale des V2 , n' est qu' à 190 kilomètres par la voie des airs . Or ces travaux titanesques , effectués en dépit des bombardements alliés , ont été conduits en vain . Le centre de tir d' Helfaut n' a jamais servi . Le chantier fut arrêté à quelques semaines de sa conclusion , les Allemands préférant lancer leurs fusées à partir de camions mobiles , moins repérables . Après des années d' abandon , cette gigantesque taupinière fut affectée à un centre historique qui a ouvert ses portes en 1997 . Centre historique bien sûr dédié à la seconde guerre mondiale mais qui , comme ses aînés , le Mémorial de Caen et l' Historial de Péronne , a tendance à déborder de son strict cadre historique . La Coupole ne présente -t-elle pas aujourd'hui une exposition photographique consacrée à la guerre d' Algérie ( Le Monde du 17 juillet ) ? L' aménagement du lieu a été compliqué . Il fallait préserver son ambiance de catacombes et concilier la topographie de ce labyrinthe souterrain avec une muséographie moderne . Les volumes ont donc été conservés . Un circuit cohérent a été créé et un espace pour les expositions temporaires trouvé . Grâce à une mezzanine , on a même pu caser deux salles de cinéma , baptisées Rex et Cinéac . Mais l' inquiétante magie du lieu est préservée : elle apporte une dimension supplémentaire au programme présenté par la Coupole . Expliquer l' occupation Ce centre historique travaille sur deux axes : expliquer ce qu' est une guerre totale et ce que signifie l' occupation d' un territoire par une armée ennemie . Les V2 sont en effet l' expression de la mobilisation générale de tout un pays , dans le domaine militaire , bien sûr , mais aussi dans les secteurs économique , scientifique , et social . Sans parler de l' existence d' un système concentrationnaire . L' occupation du nord de la France , rattaché au commandement militaire de Bruxelles , fut particulièrement éprouvante . Ces deux fils conducteurs permettent de dépasser largement le cadre de la seconde guerre mondiale . L' aventure des V2 se prolonge en effet aux Etats-Unis , en URSS et même en France . La conquête spatiale a été partout entamée avec les ingénieurs et la technologie allemands . Quant à la guerre d' Algérie , Yves Le Maner , le directeur de la Coupole , rappelle que ses prodromes ont eu lieu à Sétif , le jour de l' armistice du 8 mai 1945 . Il n' est pas innocent , ajoute -t-il , que Ben Bella , l' un des futurs chefs du FLN , ait participé à la campagne d' Italie , dans les rangs de l' armée française . A la Coupole , le principal outil de communication et d' éducation est l' audiovisuel . Une dizaine de films , montés en boucle , ponctuent le parcours où sont exposées quelques icônes : d' authentiques fusées V1 et V2 , une Traction 15 Citroën de la Libération , mais aussi quantité de témoins en deux ou trois dimensions , armes , mobiliers , uniformes , photos , affiches , archives diverses . Les explications destinées aux visiteurs se font par l' intermédiaire d' un casque infrarouge . Le concept de ce centre historique a été mis au point par trois historiens : Jean-Pierre Azéma , Etienne Dejonghe et Yves Le Maner , avec un parcours fixe , dont des sections sont régulièrement renouvelées , et une grande exposition temporaire par an - actuellement , l' Algérie ; hier , Dora avec les photos inédites du camp de concentration en activité , ou Enigma , l' histoire de la machine à crypter les messages ; demain , celle de la bataille de Stalingrad . On ne s' interdira pas de remonter dans le temps , indique Yves Le Maner . Par exemple , d' explorer les années 1930 quand il s' agit d' aborder des questions qui sont traitées à la Coupole . Comme la guerre faite aux civils , de l' Ethiopie à l' Espagne . Comment expliquer la multiplication de ces centres historiques liés à la seconde guerre mondiale ? Le basculement du siècle n' a pas été anecdotique , note le directeur de la Coupole . La seconde guerre devient lointaine . Le syndrome de la mémoire gaullo-communiste est en train de s' effondrer . Les derniers procès liés à cette période ont eu lieu ; du coup , les tabous ont sauté , tout peut-être analysé , expliqué . On est passé de la mémoire à l' histoire . De la même façon , mais beaucoup plus rapidement , le phénomène de la guerre d' Algérie est en train de se débloquer . Le succès ( plus de 100 000 visiteurs en 2002 , dont un tiers de scolaires ) s' explique notamment par la pression du milieu enseignant , qui doit gérer de nouveaux programmes - on retrouve ces proportions au Mémorial de Caen et à l' Historial de Péronne . Or ces centres historiques livrent des clés pour comprendre le XXe siècle . De son côté , la Coupole essaie de tisser des liens avec les universités de Lille , d' Arras et de Dunkerque . Intégré aux circuits touristiques de la région , le monstre de béton , à l' allure toujours vaguement menaçante , est en passe de devenir un outil pédagogique .