Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_C_200504.html
Texte:
CANNES 2003 . Les Mains vides , de Marc Recha Les musiques dissonantes de Port-Vendres , devenu territoire de fictionUne oeuvre foisonnante au parcours heurté C' EST À MOURIR de rire . D' ailleurs elle meurt , la vieille madame Catherine . On ne comprend pas tout de suite , ce n' est qu' un début . Le train démarre , il ne fera qu' un bref arrêt , une minute , là . Là , c' est Port-Vendres , entre France et Espagne , entre montagne et mer , entre passé et absence d' avenir . Territoire de fiction , théâtre à ciel ouvert où se croisent , s' esquivent , s' attirent , s' engueulent et se font rire une douzaine de personnages . A la gare , un christ voyageur est descendu , y avait -il besoin de lui pour que l' histoire commence ? Pas sûr . Pas sûr même qu' il y ait une histoire . Le spectateur , autant que les habitants de Port-Vendres , restera les mains vides . Il semble que Marc Recha a , lui , la tête pleine . Pleine d' une musique étrange et dissonante , dont il donnerait l' improbable transcription , en situations , en lumières , en éclats de voix , en bribes romanesque , en traces de l' histoire . Il filme comme on plaquerait des accords , les dix doigts ensemble , en comptant plus sur l' intensité du geste que sur la justesse des écarts . Cinéma free , difficile à suivre , mais pourquoi s' agirait -il de suivre ? Il s' agit , si on veut bien , de laisser chanter en soi sa propre musique , stimulée par les accidents de terrain du film , ses cahots grotesques ou tendres , ses ruptures et ses harmoniques avec les histoires comme il est d' usage de raconter des histoires , ailleurs . Dans les histoires , souvent , il y a un cadavre , des policiers , une arme qui circule , un perroquet qui en sait trop , un trésor , plusieurs jolies femmes , un jeune homme en danger et un amoureux transi , un bel inconnu , des unités de lieu et de temps , des coïncidences et des coups du sort . Là aussi . Mais bon , ce n' est pas comme dans les histoires . D' abord , là , il y a Olivier Gourmet , qui s' appelle Eric . On ne peut pas en dire beaucoup plus . Enfin si , quand Eric a bu , il rit beaucoup , sinon , il se fâche contre Axel qui est gentil , insulino-dépendant et en liberté surveillée pour avoir braqué un cinéma ( lui aussi ) . Eric se fâche aussi contre la postière qui est si belle , comme la contrôleuse du train qui elle aussi se fera enguirlander . Pauvre jeune Marc Recha , à peine commencé d' être reconnu par les amateurs de beau cinéma . Il était l' homme qui savait invoquer la présence physique de la nature et des êtres , grâce à son sens de la composition et de la durée . Voilà qu' il tourne ostensiblement le dos à ce qui semblait le chemin tout tracé . C' est courageux , pas de doute , c' est casse-gueule aussi . Avec Les Mains vides , Recha ne se casse pas la gueule , il se fait des bleus aux coudes et aux genoux pour s' évader de ce qui aurait pu devenir un système . Qui l' aime le suive , le parcours est heurté , mais riche en sensations fortes , grandes rasades de sourires et inconnu roboratif . Film franco-espagnol , avec Olivier Gourmet , Jérémie Lippmann , Eduardo Noriega , Eulalia Ramon , Mireille Perrier , Pierre Berriau , Sébastien Viala . ( 2 h 10 . ) Un certain regard .