Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_C_280302.html
Texte:
Hommage au batteur Oliver Johnson Paris A force de le croiser dans les rues , les clubs , sur scène ou dans le métro , on pensait qu' Oliver Johnson était là , comme un voisin ou ami . Perdu de vue cinq jours , trois semaines , un mois , mais par là . Et puis , le matin du 6 mars , il a été retrouvé mort , recroquevillé sur un banc de la rue Pierre-Lescot , dans le 1er arrondissement de Paris . Après autopsie , il est apparu que le larynx et les côtes avaient été broyés par des coups . Oliver Johnson , dont il est impossible qu' en quarante ans d' activité en Europe quelqu' un d' encore vivant n' ait jamais entendu son art des cymbales et des peaux , s' était fait tabasser à mort . Le vagabond soupçonné d' avoir commis cette agression a été écroué peu après . Un humain comme lui , employé à quitter l' humanité . Personne n' avait pu arrêter Oliver Johnson , né à Oakland ( Californie ) , le 5 décembre 1944 , dans sa finalement très rapide descente : depuis trois ou quatre ans , il voulait se noyer dans l' alcool et par tous les moyens devenir clochard . Il dormait dans la rue , dans le métro , sur les bancs . C' est Steve Lacy qui donne des nouvelles . Oliver Johnson avait été le batteur de son orchestre pendant seize ans . A la fin , il semblait qu' on ne pouvait plus rien pour lui : On a tout essayé . Ni Irene Aebi compagne et violoncelliste de Steve Lacy ni personne au monde . Oliver Johnson avait tout , le goût , le feeling , le drive , la couleur , les nuances et la force . J' ai trop aimé jouer avec lui . A la fin , ce n' était plus possible , il n' arrivait plus à tenir les baguettes , mais je ne l' ai jamais viré . Avant de quitter la Californie , Oliver Johnson avait fait le tour de tous les avant-gardistes et s' était même lancé dans la musique électro-acoustique . Recherche scientifique à fleur de peau . En Europe , il a travaillé avec Jean-Luc Ponty ( 1971 ) , Anthony Braxton , Gato Barbieri , Archie Shepp , David Murray , l' Art Ensemble of Chicago , Big Mama Thornton , Memphis Slim , Robin Kenyatta ... Son trio , TOK , avec Takashi Kako au piano et Kent Carter à la basse , a été de toutes les manifestations au milieu des années 1970 . Steve Lacy lui ouvre l' autre voie : On avait un morceau de guerre , pour le Vietnam , très dur , avec des bruits de combat , et je n' ai trouvé qu' Oliver pour tenir le coup assez fort . A la fin , mais personne n' imaginait la fin , au plus fort de sa déchéance , dans les clubs de la rue des Lombards , on l' accueillait comme le seigneur qu' il était : au Duc des Lombards ; au Baiser salé , où une trentaine de musiciens participeront , mercredi 27 mars , à un concert dont les fonds récoltés permettront de financer les obsèques d' Oliver Johnson Johnson ; au Sunset , où il a passé sa dernière soirée avec son âme damnée , son alter ego d' un soir , lequel , après quelques jours à la campagne ou en Allemagne , a refait surface sur les lieux mêmes . Mauvais roman noir . Il est désormais à la Santé . Un musicien déchu qu' un compagnon de bière bat jusqu'à ce que mort s' ensuive , on ne s' y fait pas . Archie Shepp , pourtant , alertait tristement son monde , racontant la mise à mort de Jackie Byard ( pianiste de Charlie Mingus ) il y a moins de cinq ans , par des voyous . Dans un film de Bunuel ( Los Olvidados ? ) , un accordéoniste aveugle est buté par des voyous dans un terrain vague . En temps réel , on a pris ça pour une fable aggravée : du Bunuel .