Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_040302.html
Texte:
Les Saoud et la paix LE PLAN n' est pas vraiment sur la table . Son auteur hésite encore à le sortir du tiroir où il l' a remis après en avoir parlé , le 17 février , à un journaliste du New York Times . Mais si elle est présentée au sommet arabe de Beyrouth , fin mars , la proposition du prince héritier d' Arabie saoudite , Abdallah Ben Abdel Aziz , prendra la forme de la plus sérieuse offre de paix adressée à Israël depuis longtemps . Elle sera la seule et unique lueur d' espoir depuis dix-sept mois qu' Israéliens et Palestiniens s' affrontent quotidiennement . C' est pourquoi elle a d' ores et déjà été saluée par les Etats- Unis , approuvée par l' Union européenne , soutenue avec enthousiasme par Yasser Arafat , défendue par la Russie , la Chine , l' ONU et d' autres encore . Cela fait beaucoup de monde . De quoi s' agit -il ? D' une offre d' échange . Si Israël restitue l' ensemble des territoires occupés depuis la guerre de juin 1967 ( Cisjordanie , bande de Gaza , plateau du Golan syrien , partie orientale de Jérusalem ) , le prince Abdallah assure que l' ensemble du monde arabe " normalisera " ses relations avec l' Etat hébreu . Normalisation - en arabe comme en anglais - , ce n' est pas simplement la paix ou un cessez-le-feu . Cela veut dire établissement de pleines relations diplomatiques ; cela veut dire acceptation politique et juridique de l' Etat d' Israël comme une donnée permanente de la région . C' est , au plus profond d' eux-mêmes , ce que demandent les Israéliens . Ils sont nombreux à dire qu' ils ne veulent pas céder le moindre territoire palestinien de peur d' être victimes d' un marché de dupes : l' Etat palestinien ne sera qu' une étape , craignent -ils , dans la guerre éternelle que les Arabes entendraient mener contre Israël . Abdallah propose de sortir de ce cercle de haine et de méfiance . Il offre un compromis historique . Il a eu - au moins devant le New York Times - des mots que bien peu de dirigeants arabes ont tenus en public : les Israéliens doivent savoir , jure -t-il , que " les Arabes ne les rejettent ni ne les méprisent " . C' est un ton sans précédent . On dira que l' étrange maison des Saoud - dont nous dressons le portrait dans notre dossier spécial - a bien besoin de redorer son blason auprès de Maison Blanche . On sait celle -ci encore stupéfaite de l' implication de nombre de Saoudiens dans les attentats du 11 septembre et dans la promotion de l' islamisme militant en général . Il n' empêche : la personnalité et la fonction mêmes d' Abdallah ajoutent à l' importance de sa proposition . Il est le prince héritier de la nation gardienne des Lieux saints de l' islam : sa parole compte dans tout le monde musulman . Et , contrairement à ses prédécesseurs à la tête du royaume , il a su prendre quelque distance avec les Etats-Unis : sa parole est celle d' un nationaliste arabe . Du bout des lèvres , Ariel Sharon a qualifié la proposition d' " idée intéressante " . Si Abdallah ose la formuler devant la Ligue arabe , à Beyrouth , le premier ministre israélien sera confronté à une offre de paix impossible à rejeter d' un revers de main . M. Sharon pourrait avoir à prendre ses responsabilités devant l' histoire .