Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_040402.html
Texte:
Richesse et trop-plein QUE n' a -t-on entendu depuis quelques semaines sur le système de validation des candidatures à la présidence de la République ! Obsolète , injuste , arbitraire , l' obligation faite aux postulants à l' Elysée d' obtenir le parrainage de 500 élus - sur les 45 000 habilités à le faire - a été considérée par certains candidats ou commentateurs comme une grave entrave à la démocratie . Le plus bruyant a été le président du Front national . Accusant les partisans de Jacques Chirac de faire pression sur les parrains pour l' empêcher de se présenter , Jean-Marie Le Pen a réussi la performance de faire toute sa campagne sur ce thème et d' apparaître comme la victime potentielle d' un déni de démocratie . Bon nombre de " petits " candidats ont compris que la course aux signatures n' était pas un mauvais moyen d' attirer l' attention . La Ligue des droits de l' homme , elle-même , s' en est mêlée en déplorant que le système des parrainages puisse " conduire à priver les électeurs d' un choix pluraliste " . Or que constate -t-on , au lendemain de la date limite de dépôt des précieux sésames ? Tout bonnement un record de 17 candidatures ! Sous réserve de leur validation par le Conseil constitutionnel , toutes les familles politiques françaises se présenteront donc aux suffrages des Français le 21 avril : les trois tribus trotskistes , les cinq composantes de la gauche plurielle ( si l' on y inclut Jean-Pierre Chevènement ) , toutes les nuances de la droite parlementaire , les frères ennemis de l' extrême droite , sans oublier les chasseurs . Renforcé il y a vingt-cinq ans , au lendemain de la présidentielle de 1974 qui avait enregistré le précédent record de douze candidatures , dont deux ou trois fantaisistes , le filtre des parrainages a donc rempli son office : préserver la dignité de la fonction présidentielle en évitant que la course à l' Elysée ne se transforme en Concours Lépine et en exigeant des postulants qu' ils bénéficient d' un minimum d' assise politique . Bref , favoriser un débat sérieux à l' occasion de l' élection majeure sur laquelle reposent les institutions . La démonstration est faite que ce tamisage ne bride ni la démocratie ni le pluralisme . Le record de candidatures enregistré cette année est , en revanche , révélateur d' un double effritement . Il démontre en premier lieu que la majesté d' essence monarchique de la fonction présidentielle a vécu . Le moindre parti politique n' a plus de complexes et entend désormais figurer au premier tour de l' élection pour se compter . On ne saurait regretter cette démocratisation . Plus énigmatique est le constat politique auquel conduit cet émiettement des candidatures : les deux grandes familles - regroupées autour des socialistes et des gaullistes - qui président aux destinées du pays depuis plus de quatre décennies ne sont plus assez crédibles et convaincantes pour dissuader les candidatures minoritaires ou marginales au premier tour . Si elles parviennent à s' imposer au second , ce n' est plus guère que par défaut . Au risque d' aiguiser les frustrations .