Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_040403.html
Texte:
Le moment Raffarin LE MOMENT CHOISI par le premier ministre pour venir expliquer sa politique sur France 3 est le bon . La guerre en Irak , la faible croissance économique , la remontée du chômage , les avertissements de Bruxelles sur les déficits publics , les grèves de fonctionnaires créent un climat de forte inquiétude dans l' opinion , devant laquelle le gouvernement paraît désemparé . Jean-Pierre Raffarin a fait de la " communication " , allant répétant que sa politique est la bonne et sa détermination entière , mais sans plus convaincre tant ce discours ne correspond pas aux impératifs de l' heure . Reconnaître comme il l' a fait , lundi , devant les élus d' Auvergne , que la France fait face " à une rupture de croissance comme nous n' en avons jamais vu dans l' histoire récente " c' est commencer à prendre conscience qu' il faut changer de politique économique . Non que cette assertion soit juste : la croissance a été de 1 , 2 % l' an passé , elle sera de 1 , 3 % cette année , où est la " rupture " ? Mais elle démontre que le gouvernement commence enfin à admettre que l' absence de croissance contrarie ses plans et va le forcer à faire des choix . Par exemple renoncer à continuer de baisser des impôts puisque l' Etat n' en a plus les moyens . Toute la stratégie économique reposait sur la croissance , qui devait permettre de tenir , sans douleur , les engagements électoraux du candidat Chirac et d' amorcer les réformes armé de compensations . Faute d' expansion , faut -il renoncer aux cadeaux électoraux et aux réformes ? Faut -il attendre que la croissance revienne , vers 2005 ? Ou au contraire faut -il , justement pour déclencher cette croissance , accélérer la réforme ? Telle est la question de fond aujourd'hui posée à la France . L' autre question , liée , est celle de la remontée du chômage , que le gouvernement a mésestimée . Quelle politique mettre en oeuvre d' urgence pour en limiter les dégâts ? En vérité , le doute n' est pas entièrement levé sur la prise de conscience du gouvernement et , surtout , de Jacques Chirac sur la gravité de la situation économique et sociale française . On sent que le désir demeure de prolonger la stratégie dilatoire . La question des retraites en fournit un exemple , puisque le gouvernement discute et rediscute avec les partenaires sociaux depuis des mois , hésite sur la tactique en évoquant tantôt des " consultations " tantôt des " négociations " et ne livre toujours pas ses orientations , laissant le champ libre aux démagogies et aux faux espoirs des fonctionnaires d' échapper à des sacrifices . Il en est de même pour le remplacement des fonctionnaires partant en retraite , sujet de débat jamais tranché clairement . Le balancement du gouvernement entre son aile libérale et son aile sociale et la position ambiguë du chef de l' Etat sur la question provoquent une incertitude , qui est devenue un problème majeur de l' économie française : les Français , inquiets de l' avenir de leur emploi et de leur retraite épargnent comme jamais , les industriels n' investissent plus .