Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_120203.html
Texte:
Francophobie l' image de la de la France dans la presse américaine RÉSUMONS pour éviter les effets de répétition . Nous autres Français sommes profondément lâches , « munichois » dans l' âme , singulièrement vénaux , passablement antisémites et , cela va de soi , antiaméricains avec acharnement . On oublie : nous sommes « vieux » aussi . C' est ainsi qu' une certaine presse américaine voit les Français . L' un des plus célèbres commentateurs du Washington Post écrit que la France n' a cultivé qu' un seul art depuis 1870 , celui de la retraite ou de la fuite . Le New York Post accuse la France d' ignoble ingratitude : oublié le sacrifice des GI de la deuxième guerre mondiale ! Dans sa page « Libre opinion » , le Wall Street Journal publie un journaliste britannique , Christopher Hitchens , qualifiant Jacques Chirac de « rat hurlant » en passe de transformer la France « en proxénète de Saddam » . Tout cela pour quel crime ? Paris ose ne pas adhérer à la politique irakienne de l' administration Bush ... Le commentaire de presse le plus répandu est qu' il ne saurait y avoir qu' une explication à la position de Paris : des intérêts bassement matériels , une odeur d' essence . On ne se consolera pas en relevant que ce portrait pourrait passer pour la réponse du berger à la bergère . Il ne serait que la réplique d' une Amérique trop souvent présentée de ce côté de l' Atlantique comme une bande de cow-boys le doigt sur la détente , dirigée par un pasteur fondamentaliste simplet . On trouvera de même peu de réconfort à relever que la francophobie est , comme le relève le chercheur américain Simon Serfaty ( lire page 4 ) , un sentiment largement partagé dans le parti du président George W. Bush . De même serait -il inutile d' observer que la France est un pays où les livres dénonçant l' antiaméricanisme font les gros succès de librairie . Et sans doute vain de relever que deux des éléments -clés de la position de Paris méritent au moins d' être débattus : 1 . l' Irak ne présente pas un danger tel qu' il mérite une guerre ; 2 . une guerre contre un pays arabe est exactement ce que souhaite Oussama Ben Laden . L' heure est à la caricature . Et ce qui pourrait n' être que procédés de mauvaise presse est tout de même révélateur : le ton des médias outre-Atlantique recouvre souvent ce que l' on dit en privé de la France ( et de l' Allemagne ) dans certains milieux officiels à Washington . Pas tous . En public , mardi , le président Bush s' est voulu serein , désireux de relativiser le différend franco-américain . Et Jacques Chirac rappelle à ses interlocuteurs que le conflit sur l' Irak ne doit pas occulter ce qui unit les Etats-Unis et la France . On dressera une dernière conclusion de la bordée d' élégances tirée par la presse américaine à l' intention de la France . A l' heure de la mondialisation de l' information , de la multiplication des échanges , de la communication instantanée , de CNN et d' Internet , des « nouvelles » vingt-quatre heures sur vingt-quatre , le stéréotype n' est pas mort . Au contraire . Le « village global » , c' est toujours le règne du cliché .