Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_120402.html
Texte:
Les mots de Sharon IL Y A , d' abord , la dérive des mots , et elle n' est pas la moins grave . Quand Ariel Sharon assure , comme il l' a fait mardi 9 et mercredi 10 avril , qu' il mène en Cisjordanie une guerre pour la " survie " d' Israël - il a aussi parlé de celle du peuple juif - , il assène une énorme contre-vérité . Si ignoble et monstrueux , à tous points de vue , que soit le terrorisme palestinien , la survie d' Israël n' est pas en jeu dans l' affrontement en cours . Le premier ministre israélien a peut-être parlé sous le coup de l' émotion provoquée par un nouvel attentat-suicide . Mais sa façon de galvauder les mots , d' en tordre le sens , n' est pas neutre ; elle est la marque de tous les extrémismes . Car si la " survie " du pays est en jeu , alors tout est justifié ... Et , notamment , la dérive qui s' ensuit , celle de la politique du pire : à quelques heures de l' arrivée du secrétaire d' Etat américain à Jérusalem , jeudi , M. Sharon s' emploie à torpiller à l' avance sa mission de médiation . Il dépêche à Washington l' ancien premier ministre Benyamin Nétanyahou , son rival de droite , et celui -ci , au Congrès et dans la presse , tonne que Colin Powell perd son temps au Proche-Orient , qu' il faut bannir Yasser Arafat des territoires palestiniens et poursuivre l' offensive en Cisjordanie ... Au service de ce discours , M. Nétanyahou emploie lui aussi des mots et des métaphores inquiétants , quand il parle d' " éradiquer " le terrorisme , de " purger " les territoires et insulte à demi-mot l' ensemble des gouvernements européens . Mais cette dérive sémantique correspond , là encore , à une dérive politique à Jérusalem . Soutenu , pour le moment , par une très forte majorité de ses concitoyens , Ariel Sharon vient de faire entrer dans son gouvernement certains des éléments les plus extrémistes de la droite israélienne . Un homme comme Effi Eitam , par exemple , qui dit tout haut ce que doit penser tout bas le premier ministre : l' Etat palestinien existe déjà , en Jordanie ; la Cisjordanie et Gaza doivent rester pour l' éternité sous souveraineté israélienne ; la colonisation doit se poursuivre etc . Et la dérive politique accompagne celle qui a lieu sur le terrain des opérations . En dix jours d' offensive , Tsahal laisse un paysage de dévastation dans les villes comme dans les camps de réfugiés , à Ramallah , à Naplouse , à Jénine . Les rares témoignages directs font , tous , état d' une politique consistant à empêcher régulièrement les ambulances de venir au secours des blessés . Les morts palestiniens se compteraient par centaines . Le vandalisme serait pratique courante ; l' humiliation de la population civile également . Le gouvernement israélien ne peut pas accuser la presse de ne colporter que rumeurs et fausses informations . Comme tant d' autres gouvernements , il entend empêcher la presse de se rendre sur place . Ariel Sharon veut vaincre le terrorisme par la seule force . Mais dans les ruines de la casbah de Naplouse , dans les décombres de tel ou tel camp , il laisse des milliers de jeunes Palestiniens qui n' auront qu' une obsession : se venger .