Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_121202.html
Texte:
Culture pour tous APRÈS le rapport Kriegel , voici le rapport Clément . Jean- Jacques Aillagon , ministre de la culture et de la communication , a choisi , pour nourrir la réflexion de son ministère sur la télévision et l' aider à définir sa politique , deux philosophes étiquetées plutôt à gauche , deux " républicaines " attachées à la défense du service public , deux intellectuelles dont la notoriété était susceptible de lui valoir une certaine bienveillance dans les milieux de la culture . Blandine Kriegel a été chargée d' étudier les effets de la violence et de la pornographie sur les jeunes téléspectateurs et d' élaborer des propositions pour en limiter la nocivité . Catherine Clément a reçu pour mission d' analyser l' offre culturelle de la télévision publique et de formuler des recommandations pour l' élargir à un plus vaste public . Une double initiative qui témoigne de l' insatisfaction des pouvoirs publics à l' égard de la télévision et de leur volonté d' y introduire des changements . Autant le rapport de Blandine Kriegel , en appelant à restreindre ou à interdire la diffusion de certains programmes , était de nature à déplaire aux créateurs , autant celui de Catherine Clément devrait les rassurer et les enchanter . Ce document propose en effet de rendre à la culture , sur les chaînes de télévision publique , la place qu' elle a perdue au fil des années sous la pression de l' Audimat et des contraintes commerciales . Il va même jusqu'à suggérer que , à l' instar de l' enseignement public , le service public de l' audiovisuel soit reconnu par la Constitution comme " un devoir de l' Etat " . En se réclamant , après Jean Vilar et Antoine Vitez , de " l' élitisme pour tous " , Catherine Clément reprend , au fond , l' ambitieux projet de démocratisation culturelle qui fut , dans les années d' après-guerre , celui de la décentralisation théâtrale et qui devrait être aujourd'hui celui de la télévision publique . La culture à laquelle elle se réfère est ouverte et diverse : elle va de la chanson au théâtre , de la musique à l' architecture , du livre aux arts visuels , du documentaire à la fiction , autant de genres qui , dit -elle , sont pour beaucoup d' entre eux relégués à des heures impossibles quand ils n' ont pas purement et simplement disparu des écrans . Il suffit de se rappeler " Le Grand Echiquier " de Jacques Chancel ou " Apostrophes " de Bernard Pivot pour admettre que la culture peut être populaire si elle est présentée dans des formes accessibles et si la télévision sait en transmettre le désir . L' audience baissera ? Moins qu' on ne le craint , affirme Catherine Clément , qui donne l' exemple des chaînes allemandes ou britanniques . Un " pacte clair " doit être conclu entre l' Etat actionnaire et la télévision publique : " Améliorez l' accès à la culture , nous accepterons une légère baisse d' audience " . La première exigence serait d' avancer les horaires pour présenter , en première partie de soirée , de grands événements artistiques et , en deuxième partie , des émissions plus difficiles . Fera -t-on revenir ainsi la culture sur le petit écran ? En tout cas , le pari vaut d' être tenté .