Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_121203.html
Texte:
Révolution à la suisse JUSQU'À maintenant , les Suisses intéressés par les joutes politiques devaient se tourner vers les pays voisins qui donnaient le spectacle de l' instabilité ministérielle , des divergences gouvernementales , des petites phrases assassines . Ils étaient amusés par le contraste avec la vie politique helvétique marquée par la stabilité , la continuité et , au moins au niveau central , le consensus . L' élection au Conseil fédéral ( gouvernement ) de Christoph Blocher , tribun populiste et xénophobe , mercredi 10 décembre , trouble cette quiétude . Pour la première fois depuis 1959 , la " formule magique " régissant la formation de l' exécutif a été bouleversée . Traditionnellement , trois partis , les socialistes , les démocrates-chrétiens et les radicaux ( droite ) s' attribuaient deux portefeuilles . Le septième allait à un petit parti , l' UDC . Mais aux dernières élections législatives d' octobre , Christoph Blocher , appuyé sur sa fortune personnelle et fort de son discours démagogique , a fait de l' UDC le premier parti de Suisse , avec 26 , 6 % des voix et 50 sièges sur 200 au Conseil national ( Chambre basse du Parlement ) . Il a donc exigé un deuxième ministère , qu' il a obtenu pour lui-même au détriment des démocrates-chrétiens . Le gouvernement de sept membres , qui existe depuis la fin du XIXe siècle , a été préservé au prix d' une entorse sérieuse à la " formule magique " . La ministre de la police et de la justice , Ruth Metzler , qui devait devenir présidente de la Confédération pour l' année 2004 , selon le principe de la rotation , a été battue . Une première depuis 1872 ! Jusqu'alors , les ministres suisses ne perdaient leur place qu' en mourant ou en démissionnant . Et ils étaient immédiatement remplacés par un membre de leur formation . D' un point de vue strictement démocratique , il n' est pas aberrant que le parti le plus fort ait autant de ministres que ses concurrents plus faibles . S' il n' avait pas été élu , Christoph Blocher menaçait de passer dans l' opposition . Ce qui aurait été une autre révolution dans la vie politique suisse . L' ascension du milliardaire zurichois , qui a fait de la lutte contre l' Europe , contre le droit d' asile , pour le maintien de la neutralité et du secret bancaire , pour la défense de l' " exception suisse " pour la protection de l' argent sale , n' en reste pas moins inquiétante . Son succès électoral témoigne des incertitudes qui ont gagné la Confédération helvétique au cours des dernières années . Les Suisses ont peur de la montée du chômage et de la baisse du niveau de vie moyen qu' ils ont tendance à attribuer à la présence des immigrés et à la mondialisation . Ils ont été déstabilisés par les polémiques sur l' attitude de leurs banquiers dans l' affaire des biens juifs en déshérence , polémiques qui ont rouvert les plaies de la seconde guerre mondiale . A cette occasion , la fracture entre la Suisse alémanique d' une part , les Romands et , dans une moindre mesure , les italophones du Tessin , d' autre part , s' est accentuée . Si l' accession de Christoph Blocher a un mérite , c' est d' avoir déchiré le voile de l' apparente tranquillité suisse .