Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_E_201103.html
Texte:
Le risque dollar UN SEUL ÉVÉNEMENT pourrait rompre la reprise mondiale actuellement en cours : une glissade du dollar . Or le niveau de la monnaie américaine repose , pour une très grande part , dans les mains d' une administration Bush que l' on peut qualifier de peu expérimentée et dont les regards sont tournés exclusivement vers la scène intérieure et l' élection présidentielle à l' automne prochain . Le bas niveau record atteint par le dollar , mardi 18 novembre , face à l' euro ( la monnaie européenne a coté 1 , 1978 dollar ) est , dès lors , très inquiétant . La reprise mondiale s' appuie sur certains facteurs assez durables : aux Etats-Unis , sur des gains de productivité ; en Europe , sur une bonne consommation et des entreprises profitables ; au Japon , sur les premiers fruits après dix ans de purge . Mais elle avance au bord d' un immense gouffre : un déficit de la balance des paiements des Etats-Unis de 500 milliards de dollars qui traduit un déséquilibre considérable dans l' évolution de l' économie-monde . De 1995 à 2002 , l' Amérique , première puissance en volume et première en taux d' expansion , a « trusté » 96 % de la croissance mondiale , a calculé l' économiste Steven Roach , de Morgan Stanley . Les Etats-Unis fonctionnent comme une immense pompe à capitaux . Les investisseurs , notamment les banques centrales du Japon et de la de la Chine , placent leurs avoirs en bonds du Trésor américains et en titres divers permettant ainsi aux Américains de vivre à crédit au-dessus de leurs moyens dans des proportions considérables . Pour lutter contre les déficits , l' administration Bush a une première solution : relever les impôts en 2004 , maintenant que la reprise est là , pour calmer l' appétit de consommation des 285 millions d' Américains . Elle a décidé d' en utiliser une seconde : faire baisser graduellement le dollar pour grossir les exportations et réduire les importations . Une voie électoralement plus payante pour George W. Bush , mais qui présente de gros risques . D' abord parce que réussir à contrôler la baisse d' une monnaie est un pari audacieux : les marchés , en anticipant , accélèrent les glissades . Ensuite , parce qu' un recul trop important du billet vert va rendre les produits européens et japonais peu compétitifs , menaçant de casser l' expansion qui éclôt doucement sur le Vieux Continent et l' archipel nippon . Enfin , parce que les investisseurs asiatiques - qui aujourd'hui financent les déficits américains - peuvent s' effrayer , ce qui remettrait en cause la croissance américaine elle-même . Cette hypothèse semble se concrétiser : en septembre , les achats par les étrangers de titres américains ont chuté à 4 milliards de dollars , contre 50 milliards en août . Ce n' est pas encore la panique sur les marchés des changes , le dollar pourrait ne pas « dévisser » . Mais il va sûrement baisser encore , et nettement . Les Européens doivent d' urgence trouver des ressorts internes de croissance et ne plus compter seulement , comme le fait le gouvernement français , sur les seuls bienfaits importés de la reprise américaine .