Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_F_200503.html
Texte:
La croissance française est toujours à la recherche de son moteur Les entreprises vont donner la priorité à l' assainissement financier et aux gains de productivité , avant de renforcer leurs capacités de production Le repli de l' excédent commercial français au mois de mars , annoncé par les douanes le jeudi 14 mai , confirme les prévisions pessimistes des économistes sur les évolutions de la demande extérieure pour l' année 2003 . La situation économique de notre principal partenaire commercial , l' Allemagne , qui vient de rentrer en récession , et l' appréciation de l' euro par rapport au dollar , ne permettent pas d' espérer un retournement de tendance . Le moteur « commerce extérieur » serait donc en panne . La France dispose -t-elle de piles de rechange ? Côté gouvernement , situation budgétaire oblige , il n' y a guère de relève à attendre . Côté ménages , la consommation demeure stable , mais les inquiétudes grandissantes sur le chômage et la retraite ne permettent pas d' anticiper d' amélioration à court terme . Reste alors l' investissement des entreprises . Pour le directeur de la veille stratégique du groupe de la Caisse des dépôts et des consignations , Christian de Perthuis , la question n' est pas de savoir si le redémarrage de l' investissement des entreprises aura lieu - après sept trimestres consécutifs de baisse , ce dernier semble avoir atteint un point plancher et ne pourrait que remonter - mais plutôt de savoir quand il aura lieu . Question d' autant plus primordiale que la reprise en est tributaire . Qu' est ce qui militerait en faveur d' un redémarrage de l' investissement des entreprises françaises ? Premier point positif pour Caroline de Tinguy , économiste à la Société générale , « la situation financière des entreprises est meilleure que prévu » . Selon cette spécialiste , les entreprises ont déjà engagé la restauration de leurs marges financières , comme le montre la légère amélioration du taux de marge fin 2002 ( 32 , 1 % en 2002 contre 31 , 6 % en 2001 ) , qui devrait continuer à augmenter en 2003 . En outre , les conditions financières sont relativement favorables , avec des taux d' intérêt réels qui n' ont jamais été aussi faibles , de l' ordre de 0 , 7 % . Enfin , l' appréciation de l' euro par rapport au dollar incite les exportateurs à une recherche accrue de compétitivité , et implique donc des investissements de productivité plus importants . Pourtant , Caroline de Tinguy estime que ces éléments constituent plus une base nécessaire à un redémarrage de l' investissement qu' un catalyseur de la reprise . « Il n' y a pas de sursaut à attendre , la reprise sera graduelle » . En effet , la frilosité des entrepreneurs reste forte . Economiste à la société de Bourse Aurel Leven , Jean-Louis Mourier s' attend à un redémarrage de l' investissement d' ici deux trimestres , c' est-à-dire au début de 2004 . Selon l' Observatoire français des conjonctures économiques ( OFCE ) , après une décroissance de 1 , 2 % en 2002 , l' investissement des entreprises reculera cette année de 2 , 4 % , avant de repartir sur un rythme de croissance de 2 , 2 % en 2004 . Au-delà des risques que perçoivent leurs dirigeants ( inquiétudes géopolitiques , incertitudes quant aux conséquences de la pneumonie atypique , peur de la récession allemande ... ) , les entreprises n' ont pas tout à fait achevé leur période d' ajustement financier . D' autre part , Jean-Louis Mourier insiste sur le fait que le coût , même faible , du capital pèse moins sur les décisions d' investissement que les anticipations plus ou moins bonnes des entreprises quant à leurs débouchés éventuels : la dégradation du marché de l' emploi , les tensions sociales grandissantes et la bonne tenue du taux d' épargne , ne devraient pas permettre à la consommation de rebondir avant la fin de l' année . En somme , les spécialistes s' accordent à penser que les investissements de l' année 2003 iront plutôt dans le sens de la rationalisation du processus de production et du remplacement des équipements , que dans celui d' un développement de capacités productives supplémentaires . Pour Caroline de Tinguy , il s' agit - entre autres - de moderniser l' appareil de production dans son ensemble . Pour Jean-Louis Mourier , « il ne suffit pas de réduire la voilure » , il faut aussi mettre en place un processus d' ajustement qui peut s' avérer coûteux . Une partie des ressources dégagées seraient donc affectées à l' effort de consolidation des bilans financiers . « La recherche de gains de productivité prendrait le pas sur l' investissement véritablement productif » . Les perspectives de croissance semblent donc grippées , d' autant que la recherche de gains de productivité ainsi engagée rendra la faible reprise qui se profile encore moins riche en emplois . Tout semble reposer sur un retournement de la confiance pour qu' une dynamique vertueuse s' impose . Sans leviers budgétaires et monétaires , c' est vers cette variable psychologique que se tourne le gouvernement . Une méthode Coué de la croissance en quelque sorte .