Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_I_041003.html
Texte:
A l' ONU , Kofi Annan s' oppose frontalement au projet de résolution américain sur l' Irak Le secrétaire général déplore que ses « recommandations » n' aient pas été suivies Kofi Annan n' est pas Boutros Boutros-Ghali . En six ans de mandat , on a rarement vu le secrétaire général des Nations unies s' opposer de front aux Etats-Unis . Encore moins au Conseil de sécurité dont il n' est , statutairement , que l' exécutant . Kofi Annan n' en a pas moins pris sur lui , jeudi 2 octobre , de créer une situation inédite , annonçant au Conseil qu' il n' avait pas l' intention de se conformer à ses recommandations et de renvoyer des personnels en Irak si l' ONU n' a pas la charge du processus politique . En clair , il préfère que l' ONU ne joue aucun rôle dans la transition irakienne plutôt que de se retrouver de nouveau dans une situation ambiguë , telle que celle qu' a dû affronter Sergio Vieira de Mello , mort le 19 août à Bagdad . Le secrétaire général a fait cette mise au point lors de son déjeuner mensuel avec le Conseil . Dès le matin , il avait indiqué que le projet de résolution révisé présenté le même jour par les Américains ne correspondait pas à ses « recommandations » . Pendant le déjeuner , il a expliqué aux quinze ambassadeurs que le nouveau texte ne représentait pas un changement dans la logique actuelle de la coalition en Irak et qu' il ne voulait pas exposer de nouveau ses personnels à une situation floue . « Il faut un responsable , explique une source de l' organisation . C' est ou la coalition ou l' ONU . » Le secrétaire général pense que l' ONU ne peut s' engager valablement que dans une configuration à l' afghane , c' est-à-dire où elle maîtrise la transition vers des élections , pendant qu' une force multinationale s' occupe de la sécurité . Il a pris position , sentant le Conseil prêt à s' incliner devant les propositions américaines comme lors du vote unanime de la résolution 1483 . « On ne veut pas d' un mandat impossible décidé sur la base d' un faux consensus du Conseil » , dit un responsable onusien . Le seul domaine dans lequel Kofi Annan ait le droit de prendre des décisions est celui du management et de la sécurité de ses personnels . C' est en vertu de cette responsabilité qu' il a prévenu le Conseil qu' il n' hésiterait pas à s' opposer à ses desiderata . Cela a fait l' effet d' une « douche froide » , a dit l' ambassadeur chilien Heraldo Munoz à la sortie du déjeuner . Aucun diplomate ne savait jeudi soir quelles conséquences aurait la prise de position de Kofi Annan . Le texte américain serait -il maintenu ? Voté ? Aurait -il les neuf voix nécessaires alors que plusieurs « petits » pays se rangent traditionnellement derrière le secrétaire général ? De source proche de la coalition , on envisageait que le texte puisse être de toute façon passé au vote , rien d' impératif n' étant demandé à l' Organisation et le poste de représentant de l' ONU en Irak ayant déjà été créé par la résolution 1483 . Il resterait la création de la force multinationale . Les réticences de l' ONU seraient portées au compte du choc psychologique subi le 19 août , indiquait -on . L' Organisation pourrait se joindre ultérieurement quand la sécurité serait améliorée , un schéma que n' a pas exclu Kofi Annan lui-même . Le Conseil de sécurité doit reprendre ses discussions lundi . La première journée de discussions sur le nouveau texte américain a fait apparaître une certaine déception face à la minceur des changements . L' ambassadeur de France , Jean-Marc de La Sablière , a estimé que ce texte « ne répond pas à nos espoirs » . « Nous ne retrouvons pas les propositions que nous avions faites avec l' Allemagne sur des points essentiels » , a -t-il ajouté , la même remarque étant faite par l' ambassadeur d' Allemagne Gunther Pleuger . Le Russe Sergueï Lavrov a aussi exprimé des réserves , particulièrement sur la question de la force multinationale . Si les responsables à Washington avaient voulu ressouder l' ex-camp de la paix , légèrement distendu , ils ne s' y seraient pas pris autrement .