Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_I_210703.html
Texte:
Un gouvernement de transition est installé en République démocratique du Congo Rébellions , pouvoir en place , opposition politique et société civile forment une fragile coalition chargée de réunifier et de pacifier le pays Kinshasa , la capitale , qui vivait depuis le début de la guerre en République démocratique du Congo ( RDC ) coupée de la moitié d' un pays grand comme l' Europe de l' Ouest , les a vus arriver par petits groupes , jusqu'aux jours derniers . Les rebelles de l' est et du nord du pays , avec leur armée de gardes du corps , ont été les derniers à mettre le pied en ville . Ils avaient été précédés par les partisans de l' ancien maréchal président Mobutu , de retour après des années d' exil . Tous sont rentrés à Kinshasa pour participer à la mise en place des institutions de transition , destinées à intégrer les principales composantes du pays - rébellions , pouvoir en place , opposition politique et société civile - pour mettre fin à cinq années de guerre . Dans la cascade de cérémonies destinées à marquer cette normalisation , la prestation de serment , vendredi 18 juillet , des nouveaux membres du gouvernement devait être l' ultime étape avant le premier conseil des ministres , samedi . Mais les chanteurs et les danseuses déployés devant le Palais de la nation , à Kinshasa , ont attendu en vain . Les 22 ministres et vice-ministres issus des deux principales rébellions sont restés dans leurs hôtels , refusant de faire allégeance au président Joseph Kabila , leur ennemi d' hier , qui les avait pourtant nommés le 30 juin , jour anniversaire de l' indépendance du pays , en déclarant que la guerre était désormais « sans objet » . La phrase , alors , avait fait date . Il ne pouvait y avoir de meilleure nouvelle en RDC , après cinq années d' un conflit ayant impliqué jusqu'à huit pays africains , marqué par des exactions à l' encontre des civils incluant des actes de cannibalisme , et dont le bilan , dans les combats ou par effets indirects , pourrait se monter à plusieurs millions de morts . Face aux espoirs de paix , le refus des ministres issus des rébellions de prêter serment à Joseph Kabila n' est encore qu' un incident illustrant les difficultés du processus . En plus de quatre postes de vice-présidents , le pouvoir en place et les principales rébellions se partagent 36 ministères et 25 postes de vice-ministres avec l' opposition « non armée » et la société civile . Parmi eux , des responsables de crimes contre l' humanité , qui pourraient être poursuivis demain par la Cour pénale internationale , et de grands absents , comme certaines formations politiques ou des groupes de guerriers maï maï . La justice , à Kinshasa , a été mise de côté pour laisser le mastodonte des institutions , avec son gouvernement étendu et son Parlement de près de sept cents sièges , s' atteler à l' impossible : « Restaurer l' autorité de l' Etat sur l' ensemble du territoire national » , réussir « la réunification et la pacification » d' un pays où l' administration , les routes , les écoles et les hôpitaux ne sont plus qu' un souvenir et préparer la tenue , d' ici deux ans , d' élections générales afin d' élire le président de la République et l' Assemblée , pour la première fois depuis l' indépendance , en 1960 . Désormais , la lutte pour le pouvoir est ouverte à Kinshasa pour les groupes armés affaiblis . A court de moyens dans son fief de l' Equateur , région du nord du pays , le Mouvement de libération du Congo ( MLC ) était au bord de la scission . Dans la capitale , son président , Jean-Pierre Bemba , peut espérer se refaire une santé financière et devenir le concurrent de Joseph Kabila . Quant au Rassemblement congolais pour la démocratie ( RCD ) , la plus importante des rébellions , sous tutelle du Rwanda , son impopularité ne lui a valu d' exercer jusqu'ici qu' une autorité de la terreur dans son fief de l' Est . Dans la capitale , le mouvement espère se constituer la légitimité qui lui fait défaut . Qui gouvernera réellement à Kinshasa ? L' algèbre subtile de la distribution des postes , destinée à ce qu' aucune des parties ne s' adjuge le contrôle d' un des pôles stratégiques - sécurité et ressources publiques - , ouvre la voie à toutes les rivalités , au risque de la paralysie . Il reste aussi à déterminer sur quelle partie du territoire le gouvernement d' union nationale exercera son autorité . L' optimisme de Kinshasa risque de se perdre sur la route des provinces de l' Est , où pullulent des mouvements armés qui n' ont pas été intégrés aux négociations , et pourraient continuer la guerre , pour leur compte ou celui des pays voisins , Ouganda et Rwanda . Au-delà de ses querelles internes , le premier risque qui guette le gouvernement de transition est donc de ne régner que sur un tronçon de pays , entérinant la sécession de fait de l' est du Congo , contre l' avis de la population .