Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_I_280303.html
Texte:
LE CONFLIT EN IRAK L' OFFENSIVE MILITAIRE La 4e division d' infanterie américaine , préparée pour la Turquie , est envoyée en renfort au Koweïtdans 8 pages - mercredi 26 mars 2003 : les Etats-Unis annoncent l' envoi de 12 000 soldats LES AUTORITÉS américaines ont annoncé , mercredi 26 mars , l' envoi au Koweït de 12 000 hommes et femmes de la 4e division d' infanterie , stationnée en temps normal à Fort Hood ( Texas ) . Dotée de chars lourds Abrams M1 et de véhicules blindés Bradley , cette unité , avec des effectifs totaux de quelque 21 000 hommes et femmes , aurait dû , selon les plans initiaux , se déployer en Turquie pour intervenir dans le nord de l' Irak . Ankara ne l' a pas voulu . Les équipements de cette division , à bord de trente-cinq cargos qui attendaient en Méditerranée , devraient commencer à être débarqués au Koweït tout début avril . Donald Rumsfeld , secrétaire à la défense , et le général Richard Myers , chef d' état-major interarmées , ont nié que ces renforts aient été décidés pour faire face à la résistance , plus forte que prévu , des Irakiens . De fait , le déploiement de cette nouvelle division a été reprogrammé par les états-majors américains . Sans les GI qu' il lui fallait en Turquie , Washington ne pouvait plus escompter attaquer Bagdad dans les deux directions conçues au début de la planification , par le nord et le sud de la capitale , pour obliger les Irakiens à s' affaiblir en se battant au moins sur deux fronts principaux . Sur le terrain , l' absence de cette division au sein du dispositif américain global a perturbé la manoeuvre du général Tommy Franks . Il a dû recourir à un double remaniement de ses plans : un positionnement , plus tôt que prévu , de la 101e division parachutiste aux côtés de la 1 re division de marines et de la 3e division d' infanterie , devant Bagdad , et l' engagement , dans une enclave kurde au nord de l' Irak , de parachutistes de la 173e brigade basée en Italie . On s' éloigne , en l' adaptant aux circonstances , du plan initial qui était - comme le reconnaît aujourd'hui le général Victor Renuart , directeur des opérations au commandement central de Tampa ( Floride ) - d' en finir rapidement , en fonçant sur Bagdad et certaines villes , avec la Garde républicaine , le véritable pilier du régime irakien . Si ce fut bien le plan initial , le dispositif anglo-américain mis progressivement en place n' était pas nécessairement le plus judicieux . En lançant son offensive terrestre en parallèle avec les raids aériens , sur un choix de la Maison Blanche qui a voulu frapper d' emblée la tête du régime , le général Franks innovait par rapport à la première guerre du Golfe , en 1991 , sans avoir de surcroît son dispositif au complet . Il lui manquait , de l' avis de nombreux experts , notamment aux Etats-Unis , une division blindée au moins , sinon deux divisions mécanisées ou motorisées , indépendamment de l' apport britannique qui n' est pas négligeable . le « hérisson » de Bagdad Le général Franks a commencé et continue ses opérations avec un peu moins de 100 000 combattants ( sur quelque 250 000 à 300 000 hommes au total , soutien logistique compris ) pour contrôler un territoire grand comme la France . Face à lui , une Garde républicaine , des forces de sécurité et une armée régulière irakienne qui se battent chez elles , avec des unités paramilitaires et des milices déterminées , qui pratiquent la guérilla . Le Pentagone a peut-être péché par optimisme en sous-évaluant les capacités de résistance irakiennes . Il lui faut recompléter son dispositif pour affronter le « hérisson » de Bagdad , assurer ses arrières et contrôler les secteurs stratégiques , telles les infrastructures aéroportuaires et les installations pétrolifères . C' est fréquent qu' un plan des opérations soit remanié en cours d' exécution . « Il n' est jamais coulé dans le marbre , reconnaît un officier américain , car un adversaire , dans son pays , garde l' initiative. » Pour autant , il ne faudrait pas oublier un autre aspect de cette guerre qui , selon M. Rumsfeld , est « différente de toutes les autres » . A l' origine de la planification , il y a aussi la conception , avancée par le secrétaire à la défense , qui vise à transformer de fond en comble l' armée de terre des Etats-Unis . M. Rumsfeld est partisan d' avoir beaucoup d' effet sur un théâtre des opérations avec , désormais , peu de moyens engagés , mais avec un outil militaire radicalement nouveau . Selon la vision prospective que le général Eric Shinseki , chef d' état-major de l' armée de terre , a exposée à ses subordonnés , l' armée américaine doit devenir « plus apte à réagir , facile à déployer , mobile , agile , souple , efficace , capable de survivre [ en milieu hostile ] et plus aisée à soutenir » . D' une certaine façon , la seconde guerre du Golfe est sans doute , aussi , un terrain d' expérimentation pour ces brigades d' un nouveau type . Un champ de mise à l' épreuve de la doctrine , qui n' ose pas se présenter comme tel . Appelées « intérim forces » , ces unités plus légères sont censées combler les lacunes de mobilité stratégique de l' armée actuelle - encore accrochée à la guerre froide Est-Ouest - et préfigurer les forces de demain .