Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_N_040902.html
Texte:
Jean-Pierre Raffarin décide d' assouplir les 35 heures en augmentant le quota d' heures supplémentaires Au sortir d' un entretien avec François Fillon , ministre des affaires sociales , le président du Medef , Ernest-Antoine Seillière , a jugé , lundi , la politique du gouvernement très préoccupante LE PREMIER MINISTRE a tranché . Le président du Medef a tonné . En décidant , lundi soir 2 septembre , que l' assouplissement des 35 heures passerait par un décret provisoire augmentant le contingent annuel d' heures supplémentaires , actuellement fixé à 130 heures , Jean-Pierre Raffarin n' a pas donné satisfaction aux chefs d' entreprise , qui attendaient une mesure définitive . Dès la parution de ce décret , qui réglera la question pour une durée de douze à dix-huit mois , a précisé le ministre des affaires sociales , François Fillon , mardi , dans Le Parisien . Il appartiendra aux partenaires sociaux d' ouvrir des négociations de branche pour ajuster le dispositif , notamment en ce qui concerne le contingent . Le ministre justifie le décret par la situation actuelle . L' économie française a besoin de décisions rapides , et ce texte permettra , selon lui , de donner une souplesse immédiate aux entreprises , qui pourront faire travailler leurs salariés 180 heures ou 200 heures de plus . Mais en laissant la porte ouverte à de futures négociations sur les heures sup , principal moyen de contourner les lois Aubry sur la réduction du temps de travail , M. Fillon se conforme aux promesses électorales de Jacques Chirac . Les partenaires sociaux seront invités à négocier avant toute intervention éventuelle de la loi , avait déclaré le chef de l' Etat au cours de la campagne présidentielle , jugeant que l' assouplissement des 35 heures devait s' adapter à la diversité des aspirations des salariés et aux réalités des entreprises . Président du Medef , Ernest-Antoine Seillière a porté , dès lundi soir , de nouvelles critiques sur ce sujet contre le gouvernement de M. Raffarin , qu' il juge depuis plusieurs semaines trop précautionneux . Il y a tout de même eu une alternance politique , lance -t-il volontiers . Deux jours après la fin de l' université d' été du mouvement patronal , il est passé des mises en garde à une attaque frontale contre la politique sociale du gouvernement . La situation est très préoccupante , a -t-il déclaré d' un ton grave , à l' issue d' un entretien d' une heure et demie avec M. Fillon , qui concluait ainsi une série de consultations des partenaires sociaux . Ni l' assouplissement des 35 heures , ni le mécanisme de retour à un smic unique au 1er juillet 2005 , ni le nouveau dispositif d' allégement des charges patronales ( dégressif jusqu'à 1 , 7 fois le smic ) ne correspondent aux attentes des entreprises , a dénoncé le patron des patrons . Ils ne servent pas la croissance et l' emploi . La décision de ne prendre qu' un décret temporaire sur les heures supplémentaires , ainsi que le projet de loi sur le smic et la baisse des charges , qui a été transmis pour avis aux caisses de Sécurité sociale , ont été de véritables détonateurs . Le deuxième dossier qui oppose le patronat au gouvernement porte sur l' harmonisation du smic . En prévoyant un retour à un salaire minimum unique ( contre six actuellement avec une différence pouvant atteindre 55 euros ) , MM. Raffarin et Fillon vont lui donner un sérieux coup de pouce . Deux smicards sur trois verront leur salaire augmenter de manière importante avec , en trois ans , une hausse de 11 , 4 % pour les 40 % de salariés aujourd'hui au smic horaire , annonce le ministre des affaires sociales dans Le Parisien . HAUSSE ILLUSOIRE C' est précisément cette harmonisation par le haut qui a provoqué la colère de M. Seillière . Le projet d' augmentation du smic de 5 % par an dans les trois prochaines années ( ... ) détruirait de nombreux emplois peu qualifiés , menacerait la hiérarchie des salaires et provoquerait l' inflation en France , a -t-il lancé , lundi , sur le perron de la Rue de Grenelle . Et la baisse des charges censée compenser cette hausse est , selon lui , illusoire , le gouvernement admettant lui-même que la revalorisation du smic alourdira le coût du travail dans certaines entreprises . Le projet de loi relatif aux salaires , au temps de travail et au développement de l' emploi , qui sera présenté au conseil des ministres du 18 septembre , prévoit tout de même une simplification des différents allégements ( ristourne Juppé , aides pour les 35 heures ) . Ces baisses de charges , maximales au niveau du smic , seront désormais dégressives jusqu'à 1 , 7 smic . Et d' ici à 2006 , le budget qui leur est consacré ( 15 milliards d' euros ) bénéficiera , selon M. Fillon , de 4 à 6 milliards supplémentaires . Le ministre présentera son projet , vendredi , aux partenaires sociaux réunis au sein de la commission nationale de la négociation collective . D' ici là , le Medef en appelle au gouvernement pour qu' il réexamine ce texte . Il lui demande , en outre , de prendre des engagements fermes sur l' abrogation de la loi de modernisation sociale , qui durcit les conditions de licenciement . En octobre 1997 , Jean Gandois , alors président du CNPF , s' était senti berné par Lionel Jospin sur les 35 heures . Cinq ans plus tard , son successeur se sentirait plutôt trompé par une droite dont les promesses électorales tardent , selon lui , à entrer dans les faits .