Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_N_050503.html
Texte:
Un an après la réélection de M. Chirac , ses proches mesurent les limites de son importante popularité L' UMP déçoit , mais le premier ministre tientBilan des relations entre l' Elysée , le Premier Ministre et l' UMP L' INFORMATION vient du numéro d' avril du magazine américain Time , rapportée par Paris Match du 2 mai . Demandant aux internautes de désigner les héros du Vieux Continent , le mensuel a eu la surprise de voir Jacques Chirac arriver en tête de la liste des hommes politiques , désigné par les lecteurs pour sa position sur la guerre en Irak . « Ils n' ont pas dû être déçus ! » Ce sera l' unique commentaire de Claude Chirac . La modestie , vivement recommandée aux ministres et à la droite par le président de la République dès sa réélection , le 5 mai 2002 avec 82 % des suffrages , est toujours de mise à l' Elysée , un an après . Une affaire de tempérament et d' habileté sans doute , mais aussi de pragmatisme , qui caractérise si bien M. Chirac . Car après avoir retrouvé tous les leviers que peuvent lui donner les institutions - une majorité écrasante , un parti dominant , un premier ministre à sa main , un gouvernement mieux choisi qu' en 1995 - M. Chirac n' ignore pas que sa situation reste à consolider chaque jour . Et peut brusquement basculer , après l' exceptionnelle popularité que ses prises de position internationales lui ont valu . « Oui , il a récupéré tous les leviers . Ce n' est pas pour cela que les choses sont nécessairement plus faciles » , confirme son conseiller , Jérôme Monod . Il lui faut compter avec bien d' autres facteurs extérieurs , dit -il . La faible croissance économique , que M. Monod cite en premier lieu et qui rend hasardeuse la promesse des baisses d' impôts et fragilise l' emploi ; mais aussi toute une période « de tâtonnement , de mise au point , de réflexion » , qui a caractérisé les débuts du quinquennat et de la législature . Il évoque plusieurs dossiers , comme la décentralisation et , maintenant , la laïcité et les drogues . Sans compter « le problème mythologique de l' éducation , qui concerne tout le monde » et qui préoccupe beaucoup l' Elysée . Il n' est d' ailleurs pas exclu que M. Chirac en fasse l' un des sujets de son intervention du 14 juillet , alors qu' il s' était limité , l' an dernier , à des sujets consensuels . M. Monod dresse néanmoins ce bilan : « Un , les objectifs sont affichés ; deux , entre le président et le premier ministre , la confiance n' a jamais manqué et le soutien jamais faibli ; trois , la méthode s' est construite : après une certaine lenteur , le rythme des réformes s' accélère. » En particulier celle des retraites , dont le conseiller du président pense qu' elle peut se passer « sans difficulté monstrueuse ou majeure » . Ce qui n' empêche pas l' Elysée de s' attendre à quelques grandes manifestations et à redouter les difficultés dans le domaine de la santé . choisi pour sa fidélité Alors qu' une période plus dure s' annonce , Jean-Pierre Raffarin , qui apparaissait comme l' homme de la situation le 6 mai 2002 , sera -t-il celui du quinquennat ? La question se pose désormais à M. Chirac . « Il va l' user jusqu'à la corde . En espérant que la corde ne se voie pas trop vite » , estiment plusieurs proches du président . « Fusible , le premier ministre protège le président ; fidèle , il est protégé par lui » , écrit le premier ministre dans son livre d' entretiens , La France de mai ( Grasset ) . Fidèle , il l' est indéniablement ; c' est même pour cela que le président l' a choisi . « Jacques Chirac l' a nommé en étant sûr qu' il ne lui tirerait pas dans le dos dès qu' il serait occupé ailleurs » , confie un conseiller de l' Elysée . Un ami du président renchérit : « Il correspondait à ce que souhaitait Chirac : un homme nouveau , capable d' être proche des préoccupations quotidiennes , bon en communication. » Néanmoins , les critiques , à droite , commencent à poindre . Le voyage éclair du premier ministre en Chine - une réussite - n' efface pas sa faible prestation sur l' Irak à l' Assemblée nationale , estiment certains . « Il n' a pas su profiter de la réussite de Nicolas Sarkozy sur la sécurité » , soulignent d' autres , tandis que ses ministres divergent sur le rythme et la profondeur des réformes ( Le Monde du 2 mai ) . Car la gestion du calendrier , toujours si importante en politique , est devenue cruciale depuis l' instauration du quinquennat , qui lie plus étroitement les destins des deux chefs de l' exécutif . M. Chirac s' y est plié à contrecoeur , mais il doit faire avec . « Cinq ans , c' est très court . Les réformes , il faut les expliquer . Et la pédagogie , ça demande du temps » , souligne Antoine Rufenacht , qui dirigeait la campagne présidentielle de 2002 . Mais si M. Raffarin s' usait trop vite , M. Chirac aurait -il d' autres possibilités , en tenant compte du fait que les élections ( cantonales , régionales et européennes ) de 2004 vont provoquer des reclassements au sein de la droite ? « Il n' a pas voulu nommer Sarkozy et y répugnera toujours . Sauf si le rapport de force et son propre intérêt le lui imposent » , analysent plusieurs amis du président . Reste la question de l' UMP , confiée à Alain Juppé . « Pour l' instant , cela reste un conglomérat insolite » , jugent beaucoup d' anciens du RPR : un parti traversé par des clivages idéologiques sur l' Europe , le rôle de l' Etat , les questions de société , auxquelles s' ajouteront des luttes pour les places et des écuries présidentielles . « Il est trop tôt pour dire si de cette union sortira tout ce que l' on espère » , tempère M. Monod . Mais preuve que cette bataille fait déjà rage , les interrogations sur une nouvelle candidature de M. Chirac en 2007 refont surface , destinées à faire taire les ambitions personnelles . M. Chirac dispose de tous les pouvoirs . Aura -t-il , pendant les quatre ans qui lui restent , celui de tenir ses promesses , face à des Français si paradoxaux ? « Ils veulent toujours , tout en étant conservateurs , des réformes en profondeur et qui soient indolores » , soupire M. Monod .