Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_N_280404.html
Texte:
Les réseaux féministes défrichent de nouveaux territoires Le féminisme prend un nouveau visage et veut conquérir de nouveaux territoires . A la fin des années 1990 , le débat sur la place des femmes s' est focalisé sur la parité en politique , avec le vote de la loi du 6 juin 2000 . Or ses effets ont été décevants , l' Assemblée nationale de juin 2002 ne comptant que 8 élues de plus que celle de juin 1997 . De nouveaux mouvements apparaissent , plus proches du terrain et travaillant en réseau ( avec Attac , les Verts , etc. ) . Ils s' implantent dans les cités , mais aussi dans les entreprises pour y défendre l' égalité professionnelle . Dans son dernier ouvrage ( Fausse route , Odile Jacob ) , la philosophe Elisabeth Badinter dénonce la " rhétorique de la victimisation " de certaines associations et invite les femmes à " lutter pied à pied " dans tous les domaines . Quel n' a pas été son agacement quand Isabelle Alonzo , présidente des Chiennes de garde , a entendu cette auditrice à la radio dénigrer " les féministes " , " trop occupées par la parité pour s' occuper du problème des retraites des femmes " ... Cette anecdote illustre le malaise qui a saisi le mouvement féministe ces derniers mois . Au lendemain des élections législatives de juin 2002 , les militantes de la parité ont fait l' amer constat que la loi du 6 juin 2000 n' a pas permis de féminiser les bancs de l' Assemblée nationale , faute de volonté politique des partis . Quelques mois plus tard , alors que les parlementaires votaient la pénalisation du racolage passif , elles se sont divisées entre " abolitionnistes " et " réglementaristes " . FOSSÉ SOCIAL Plus récemment , le succès de la marche des femmes des quartiers , qui s' est achevée le 8 mars , a fait apparaître le fossé social qui sépare ces exclues des générations de féministes traditionnelles . " Le mouvement féministe a déserté les quartiers " , dénonce leur pétition nationale . Un mois et demi plus tard , sa présidente , Fadela Amara , assure que la polémique est retombée . Elle a rencontré " toutes " les têtes de file du mouvement féministe , à commencer par Maya Surduts , présidente de l' active Coordination des associations pour le droit à l' avortement et à la contraception ( Cadac ) . " Elles étaient derrière nous à la manif du 8 mars . De notre côté , on a visité 23 villes . On a vu que l' omerta n' était pas que dans les cités " , reconnaît la jeune femme . Elle prépare l' Université des femmes de quartier , qui devrait avoir lieu à la rentrée . " Nous attendons des réponses concrètes à nos propositions . Pour l' instant , nous n' avons obtenu que les hébergements d' urgence " pour les jeunes femmes en détresse , précise -t-elle . Comme si elle avait tiré la leçon , la nouvelle génération de féministes ne jure que par le terrain . Tout en revendiquant l' héritage de leurs aînées , les jeunes militantes privilégient l' action au sein de petites structures , flexibles , pour préserver leur autonomie . Elles s' attaquent en priorité aux questions économiques et sociales . " Les féministes ont délaissé le champ de la vie quotidienne " , regrette Clémentine Autain , adjointe ( app . PCF ) au maire de Paris , chargée de la jeunesse et fondatrice de l' association Mix-cité , qui organise , samedi 26 avril , un colloque sur la parentalité . " On fonctionne en réseau , tantôt avec Attac et les jeunes Verts sur la mondialisation , tantôt avec Mix-cité et les Pénélopes -autre structure féministe- pour dénoncer le sexisme dans les jouets " , explique pour sa part Cécile Diguet , étudiante à Sciences-Po Paris et animatrice de Les Sciences-Potiches se rebellent , une association née en 1996 . Une des fondatrices des Marie-pas-claire ( 1992 - 2000 ) , Marie-Anne Jurisic anime , depuis 1997 , une émission de radio , " Planète féministe " , sur Fréquence Paris Plurielle ( 106 , 3 FM ) : tous les premier et troisième mardis du mois , elle s' entretient avec un sociologue , historien , politologue . " RINGARDISER LE MACHO " Cette " nouvelle vague " ne se reconnaît pas dans la philosophie universaliste d' Elisabeth Badinter , qui dénonce la " fausse route " des féministes dans son dernier ouvrage , publié ces jours -ci aux éditions Odile Jacob . De même , ses travaux ne font pas toujours recette dans l' entreprise , où l' esprit paritaire est en train de souffler - à la nuance près que l' on utilise ici le mot " mixité " , jugé plus réaliste . " Qu' est -ce que l' universalisme quand 95 % des patrons des grandes entreprises sont des hommes ? Les idées de Mme Badinter servent nos adversaires " , explique Eliane Moyet-Laffon , qui dirige le cabinet de conseil en management HRM . En 1998 , cette chasseuse de têtes a créé le club HRM Women , qui regroupe des femmes cadres d' entreprises diverses . Consciente , là encore , des limites des lois sur l' égalité professionnelle , elle mise sur " la carotte plus que le bâton " pour faire " changer les mentalités des hommes " . " Il faut mettre en évidence les entreprises qui féminisent leur encadrement et vendre le modèle aux autres . Il faut ringardiser le macho " , résume -t-elle . Certaines sociétés s' inspirent d' expériences d' entreprises américaines qui ont leur " diversity manager " . Membre du cercle InterElles - qui regroupe IBM , General Electric Medical Systems , Schlumberger , l' Hôpital américain et Essilor - , France Télécom a créé un poste de " chargé de mission de la mixité " pour veiller aux carrières des femmes dans cette entreprise technologique où seulement 15 % d' entre elles occupent des fonctions dirigeantes . A l' origine du projet , Marie-Claude Peyrache , directrice exécutive déléguée , explique que rien n' aurait pu se faire si l' ancien président Michel Bon n' avait donné le " la " , en 1999 . Comme en politique , tout part du sommet . " En mars 1999 , j' avais alpagué Lionel Jospin à Matignon : - Il faut faire quelque chose pour les femmes en entreprise . '' Il a répliqué : - Je ne peux rien sur le privé . '' J' ai répondu : - Donnez l' exemple dans le public ! '' " , raconte Mme Moyet-Laffon . Coïncidence ou pas , quelques mois plus tard , Anne Lauvergeon , l' ancienne sherpa de François Mitterrand à l' Elysée , était nommée à la tête de Cogema . Fondatrice du club Administration moderne , Agnès Arcier veut féminiser la haute fonction publique . Tita Zeïtoun , qui dirige une société de commissariat aux comptes , fait du lobbying , au sein d' Action de femme , pour dénoncer la quasi-absence de femmes ( 5 % ) dans les conseils d' administration des entreprises du CAC 40 . Cette approche rejoint celle de la ministre déléguée à la parité et à l' égalité professionnelle , Nicole Ameline , qui n' entend pas " contraindre " les chefs d' entreprise mais les " convaincre " de l' intérêt de féminiser les postes à tous les niveaux , à travers le " dialogue social " . Réunis lors d' une table ronde sur l' égalité professionnelle , le 19 décembre 2002 , les partenaires sociaux se sont dits prêts à " réfléchir " à l' idée d' un " label égalité " qui serait décerné aux entreprises oeuvrant en faveur de la mixité . " Cet indicateur pourrait devenir un label au même titre que la qualité , le développement durable " , souligne la ministre . Geneviève Ferone , présidente de Core Ratings , une agence de notation sociale , y pense déjà : " Si vous dites à une entreprise que la féminisation de ses instances dirigeantes peut être perçue comme une innovation , là vous pouvez faire passer un message . " IBM condamné pour discrimination sexiste La chambre sociale de la cour d' appel de Montpellier ( Hérault ) a condamné la société IBM , jeudi 24 mars , pour discrimination sexiste à l' encontre d' une salariée qui se plaignait d' avoir été freinée dans son déroulement de carrière , contrairement à certains de ses collègues masculins . La société informatique a été condamnée à lui accorder immédiatement le statut de cadre et à lui verser une provision de 30 000 euros au titre du préjudice subi . Elle avait été déboutée , il y a un an , par le tribunal des prud'hommes . Cette salariée avait été embauchée comme agent de fabrication , en 1985 , avec une vingtaine de techniciens ( dont quatre femmes ) ayant le même niveau de compétence . Elle avait décidé de porter plainte - avec le soutien de la CFDT , qui a obtenu 1 500 euros de dommages et intérêts - après avoir constaté que la plupart des hommes avaient été promus cadres .