Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_N_290903.html
Texte:
Alain Juppé choisit une défense discrète au procès de l' ex-RPR Le président de l' UMP comparaît , à partir de lundi 29 septembre , devant le tribunal correctionnel , poursuivi pour « prise illégale d' intérêt » . Il n' assistera pas à toutes les audiences et compte invoquer l' ancienneté des faits . Il a bénéficié , in extremis , de l' abandon d' une partie des charges Le tribunal correctionnel de Nanterre ( Hauts-de-Seine ) juge , à partir du lundi 29 septembre et durant trois semaines , plusieurs ANCIENS DIRIGEANTS du RPR dont son ancien secrétaire général , Alain Juppé , aujourd'hui président de l' UMP . Affichant sa confiance depuis plusieurs semaines , après l' ABANDON par la justice d' une partie des charges qui le visaient , l' ancien premier ministre ne devrait pas assister à l' intégralité des audiences et plaider que les pratiques contestées - la prise en charge des SALAIRES de permanents du parti par des entreprises et par la Ville de Paris - relèvent du passé . Ex-intendante du RPR , Louise-Yvonne CASETTA , elle aussi poursuivie , s' est confiée au Monde avant le procès : « J' attends que ceux qui étaient les responsables prennent enfin leurs responsabilités » , déclare -t-elle . LA PRÉÉMINENCE , pour une fois , ne lui siéra pas . A l' ouverture du procès du financement de l' ex-RPR , lundi après-midi 29 septembre au palais de justice de Nanterre ( Hauts-de-Seine ) , Alain Juppé sait que les regards seront braqués sur lui . Il redoute l' image qui immortaliserait l' instant de sa comparution sur le banc des prévenus . Son défenseur , Me Francis Szpiner , a obtenu du tribunal que la salle d' audience soit interdite aux photographes et aux caméras de télévision , même avant le début de l' audience . « Il y a des images qui valent condamnation » , a plaidé l' avocat . La même discrétion devrait être de rigueur durant tout le procès . La présidente de la juridiction , Catherine Pierce , a consenti à ce que M. Juppé n' assiste pas à l' intégralité des débats . S' il sera bien là , lundi , au milieu des vingt-six autres prévenus - anciens dirigeants , trésoriers , cadres du RPR et chefs d' entreprise - , il ne devrait plus , ensuite , reparaître devant le tribunal qu' au début de la semaine suivante , lorsque seront examinés les faits qui lui sont personnellement reprochés . Au cours d' une réunion préparatoire avec l' ensemble des avocats , lundi 22 septembre , Mme Pierce n' a exigé la présence permanente que de l' ancien ministre Robert Galley , trésorier du parti gaulliste de 1984 à 1990 , et de Louise-Yvonne Casetta , jadis « intendante » du RPR et déjà poursuivie dans plusieurs enquêtes relatives à son financement . Fort de ce consentement , l' entourage de M. Juppé parie que le déroulement des audiences évitera la focalisation sur l' ancien premier ministre et parle , à son propos , d' un « procès en pointillé » , dont l' issue pourrait être clémente . Depuis plusieurs semaines , le président de l' UMP affiche une grande sérénité face à l' épreuve qui l' attend . « INFRACTION TECHNIQUE » Le 6 septembre , à Moliets-et-Maa ( Landes ) , devant l' université des jeunes de son parti , il a revendiqué le « soutien » des militants et réduit le procès à la mise en cause de pratiques passées . Le 17 septembre , à Maisons-Alfort ( Val-de-Marne ) , il a repris les mêmes termes lors d' un séminaire qui réunissait les cadres et les employés de l' UMP , convoyés en cars spécialement affrétés et invités avec leurs conjoints . Devant eux , il a évoqué les audiences à venir pour souligner l' ancienneté des faits , qui remontent à la fin des années 1980 - mais se sont poursuivis jusqu'en 1995 - et en minimiser l' importance , parlant de « quelques emplois » contestés plutôt que du « système » dévoilé par l' enquête . Il a insisté sur le non-lieu qui lui a été accordé dans la partie du dossier relative aux permanents du RPR salariés par des entreprises privées . Se disant « responsable , [ mais ] coupable sûrement pas » , il déclarait le même jour au Monde n' être « concerné que par une partie des faits » ( nos éditions du 20 septembre ) . Au regard du dossier renvoyé au tribunal , la distinction est justifiée . M. Juppé n' est plus accusé que du délit de « prise illégale d' intérêt » , mis en cause pour la prise en charge illicite de sept permanents du RPR - dont il était secrétaire général ( 1988 - 1995 ) - par la Ville de Paris - dont il était l' adjoint chargé des finances ( 1983 - 1995 ) . Présenté par ses proches comme une « infraction technique » dénuée de connotation financière , ce délit est toutefois inscrit , dans le code pénal , au chapitre des « manquements au devoir de probité » susceptibles d' être reprochés aux seuls titulaires de mandats publics ; il lui fait encourir une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison , assortie d' une sanction d' inéligibilité dont son entourage cache peu qu' elle constitue , à ses yeux , la menace principale . Si ses défenseurs ont examiné à la loupe la jurisprudence du tribunal de Nanterre dans les cas comparables , ils n' ont pas oublié le précédent du socialiste Henri Emmanuelli , condamné en 1996 à deux ans de privation de ses droits civiques dans l' affaire Urba . Marquant un revirement complet dans l' instruction , l' abandon de la partie des charges liée aux entreprises a été obtenu in extremis , à la faveur d' un changement de têtes au sein du tribunal de Nanterre . UN SUCCÈS INATTENDU Seules les promotions successives du juge d' instruction Patrick Desmure , nommé à la tête du parquet de Chartres ( Eure-et-Loir ) en septembre 2002 , puis du procureur Yves Bot , à la tête du parquet de Paris deux mois plus tard , ont rendu possible ce changement de cap. La conviction des deux magistrats était devenue évidente et trop solidement forgée durant l' enquête . Promu au mois de février dernier , le nouveau procureur de Nanterre , Bernard Pagès , a signé , le 5 mai , le réquisitoire qui réduisait l' accusation , estimant - à rebours de son prédécesseur , quoique sur la base des mêmes éléments - que la connaissance qu' aurait eue M. Juppé des contrats frauduleux n' était pas démontrée . Le juge Alain Philibeaux , qui a succédé à M. Desmure , a fait sienne cette appréciation . Ce succès inattendu a partiellement effacé , pour la garde rapprochée de M. Juppé , quatre années de tentatives destinées à obtenir l' annulation de la procédure , puis à en orienter l' avancement afin d' éviter qu' elle ne finisse par compromettre M. Chirac lui-même . Dès avant la validation de l' enquête de M. Desmure par la Cour de cassation , le 30 juin 1999 , l' Elysée avait discrètement prié Mme Casetta , Robert Galley , puis Michel Roussin , ancien directeur du cabinet de M. Chirac à la Mairie de Paris , de bien vouloir assumer la responsabilité des infractions dévoilées . Aucun n' a accepté de se sacrifier . La première invoqua avec constance les « ordres » de sa « hiérarchie » ; le second cita le premier le nom de M. Chirac dans la procédure ; le troisième nia toute responsabilité dans les financements occultes mis au jour - les poursuites ont d' ailleurs été abandonnées à son encontre dans le dossier de Nanterre . Interrogé dans l' enquête sur les lycées d' Ile-de-France , qui met aussi en cause le financement du RPR , M. Galley avait fini par suggérer , le 2 mai 2001 , que M. Roussin et Mme Casetta avaient pu solliciter les entreprises « à l' insu » de M. Chirac . Le dimanche précédent , l' ancien trésorier , qui s' est toujours prévalu d' une « solide intimité » avec M. Chirac , avait été reçu à l' Elysée . Quelques jours plus tard , son fils avait été recruté par les services administratifs du RPR . Ces manoeuvres auront davantage profité au président qu' à son favori . Si Patrick Stefanini , ancien bras droit de M. Juppé , sera lui aussi sur le banc des prévenus , aucun des collaborateurs directs de M. Chirac qui furent visés par l' enquête n' a finalement été poursuivi . Quant au chef de l' Etat lui-même , les échos du procès de Nanterre ne pourront causer davantage que quelques parasites dans la quiétude judiciaire que garantit son immunité constitutionnelle .