Le Monde

Corpus:
Chambers-Rostand (E)
Nom de fichier:
Le Monde
Contact:
Angela Chambers, Séverine Rostand, Université de Limerick, Irlande
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
presse écrite
Sous-type de texte:
presse quotidienne nationale
Modalité:
écrit
Sample address:
/annis-sample/chambers-rostand/1_M_S_290402.html
Texte:
Alain Miquel , juge international de patinage artistique A sa demande , j' ai surnoté les Français ALAIN MIQUEL est appelé à témoigner , mardi 30 avril à Lausanne ( Suisse ) , devant le conseil de l' Union internationale de patinage ( ISU ) , dans le cadre de la comparution de Didier Gailhaguet et Marie-Reine Le Gougne . Agé de 33 ans , il exerce une profession libérale à Annecy ( Haute-Savoie ) et est juge de championnat ISU depuis 1995 . Vous avez adressé à l' ISU , le 15 avril , une lettre mettant en cause Didier Gailhaguet , le président de la Fédération française des sports de glace ( FFSG ) . Pourquoi maintenant ? Cette démarche est le fruit d' une lente maturation . Après les championnats du monde 1998 , j' avais déjà eu envie de révéler les pratiques en cours au sein de la FFSG , mais , pour de multiples raisons - notamment la peur et les échecs des personnes qui ont voulu avant moi dénoncer ces pratiques - , je n' ai rien dit jusqu'à présent . Ce qui est arrivé à Salt Lake City m' a fait penser que c' était le moment . Il y avait un préalable à cela : il fallait que j' accepte l' idée de ne plus exister dans le patinage artistique . Ma démarche tient du suicide : le fonctionnement monarchique de la FFSG fait que la moindre déclaration n' allant pas dans le sens de Didier Gailhaguet est aussitôt sanctionnée . Je faisais jusqu'à maintenant partie des quatre ou cinq juges internationaux français en lesquels Didier Gailhaguet pensait pouvoir avoir confiance , les seuls auxquels il laisse le droit de juger dans les championnats internationaux . Car , pour juger , il faut plaire au roi et montrer que l' on est capable d' entrer dans le système , en favorisant les patineurs français . C' est ce que vous avez fait lors des championnats du monde de Minneapolis , en 1998 ... A Minneapolis , je jugeais l' épreuve de couples . Les Russes , champions olympiques à Nagano le mois précédent , et le meilleur couple américain avaient déclaré forfait . Une médaille devenait envisageable pour les Français Sarah Abitbol et Stéphane Bernadis . Didier Gailhaguet m' a demandé de tout faire pour obtenir cette médaille en surnotant le couple français et en intervenant auprès des autres membres du jury . J' étais jeune , inexpérimenté , terrifié par le système , et j' ai cédé . Je n' ai pas cherché à influencer mes confrères , mais j' ai surnoté Sarah Abitbol et Stéphane Bernadis . Quelque temps avant , j' avais dîné chez un ami entraîneur et il m' avait dit qu' il avait un message de Didier Gailhaguet pour moi . Il m' avait fait comprendre que c' étaient mes premiers championnats du monde et que Didier Gailhaguet allait essayer de savoir s' il pouvait travailler avec moi . C' était une sorte de test : si je ne me montrais pas capable d' exécuter ses ordres , je ne rejugerais jamais . Didier Gailhaguet vous a -t-il aussi demandé de sous-noter les adversaires d' Abitbol-Bernadis ? Après le programme court , il était furieux de la façon dont j' avais noté le couple russe , qu' il estimait que j' avais sous-noté . Il m' a dit : Fais très attention , on ne peut pas noter comme cela un couple russe . Il m' a demandé de sous-noter le couple allemand Schwarz- Muller , alors troisième . Les Allemands n' acceptent pas ce qu' on leur demande . On va leur montrer qui on est , m' a -t-il dit . Lors des championnats d' Europe 1999 , le même type de demande vous a été fait . Après le programme court , le Français Laurent Tobel était huitième , mais la quatrième place était encore accessible . Didier Gailhaguet était venu me voir avec la feuille de classement , car je jugeais cette épreuve , et m' avait dit : Tu peux y aller . J' ai surnoté Laurent Tobel . J' avais également eu une demande de Marie-Reine Le Gougne , qui faisait partie du jury des couples . Elle m' avait demandé de donner un coup de pouce au patineur azéri Sergueï Rilov . Je ne connais pas la raison de cette demande , mais je n' y ai pas donné suite . Après les championnats d' Europe 1999 comme après les championnats du monde 1998 , j' ai reçu un avertissement du conseil de l' ISU pour avoir surnoté les patineurs français . Le premier avertissement était une lettre de conseils , le second une lettre de critiques . Un juge est suspendu au bout de quatre avertissements . Les échanges de bons procédés entre juges de différentes nationalités sont -ils fréquents ? Mon expérience personnelle me fait penser que ce sont des pratiques en cours à la FFSG . Existe -t-il une attente ou des réponses des autres pays ? Je ne sais pas . Je n' ai eu de rapports qu' avec Didier Gailhaguet , pas avec des personnes étrangères . Je n' ai été que l' instrument de telles pratiques . Mais ce que l' on m' a demandé de faire était bien dans cet esprit -là . L' un des arguments de Didier Gailhaguet est d' affirmer que le lobbying est une pratique courante dans le patinage . Est -ce parce qu' on n' est pas le seul à être coupable que l' on est pour autant innocent ? Les juges sont désignés par leurs fédérations nationales . Peuvent -ils dans ces conditions rester indépendants ? A ma connaissance , il existe de nombreux pays dans lesquels les présidents de fédérations n' interviennent pas dans la désignation des juges . Mais , en France , un juge international ne peut exister que si le président de la FFSG le veut bien . Aucune autre personne n' a son mot à dire . Didier Gailhaguet , y compris lorsqu' il était entraîneur , a toujours fonctionné selon les principes du secret , de la peur et de l' intimidation . Déjà , quand j' étais jeune patineur , on m' avait fait comprendre que , si je voulais faire carrière , il fallait que j' aille m' entraîner avec lui . Qu' avez -vous pensé de l' affaire de Salt Lake City ? Je n' ai jamais officié aux Jeux olympiques , mais je peux dire que la première version de Marie-Reine Le Gougne correspondait étrangement à des choses que j' avais moi-même vécues . Cette version était crédible . Sa deuxième version fait sourire , car on voudrait conforter la position du président de la FFSG qu' on ne s' y prendrait pas autrement . Vos affirmations ainsi que celles de certains de vos collègues ne risquent -elles pas d' être fatales à Didier Gailhaguet ? Je le crois suffisamment intelligent et puissant pour s' en sortir .